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À cause d’une œuvre en soutien à Julian Assange, Ai Weiwei affirme avoir été censuré.

Publié le

par Lise Lanot

© Daniel Leal-Olivas/AFP

Appelé à participer à une expo collaborative, Ai Weiwei s’est vu désinviter une fois son œuvre envoyée au musée.

Alors qu’il devait faire partie d’une exposition collaborative britannique visant à pousser le public à créer ses propres œuvres d’art et les exposer à ses fenêtres, Ai Weiwei a vu sa participation annulée par le musée programmateur, le Firstsite.

L’artiste chinois s’est fendu d’un texte explicatif disponible sur son compte Instagram et sur Artnet, sous le titre : "Les organisateurs d’une grande exposition britannique ont usé de mon nom pour promouvoir leur événement. Mais ils ont eu trop peur d’accepter mes idées."

Selon le célèbre activiste, le Firstsite l’aurait désinvité à cause de sa proposition d’œuvre, Postcard for Political Prisoners. Celle-ci s’inspire d’une exposition de 2014 au sein de laquelle Ai Weiwei proposait au public d’envoyer des cartes postales à des prisonnier·ère·s politiques. Cette année, l’artiste comptait présenter une carte postale destinée à Julian Assange.

Le recto de la carte affiche une photo du tapis de course utilisé par le fondateur de WikiLeaks alors qu’il s’était réfugié dans l’ambassade d’Équateur, à Londres, avant d’être offert à Ai Weiwei. Le verso montre "un croquis à l’envers provenant de la série [d’Ai Weiwei] All Fingers Must Point Down de 2015".

Au bas de la carte, une phrase en petits caractères indique l’information suivante : "Tapis de course de Julian Assange, octobre 2014, pendant qu’il demandait l’asile à l’ambassade d’Équateur de Londres, avant d’être emmené de force par les autorités britanniques en avril 2019. Il est toujours emprisonné aujourd’hui."

"Postcard for Political Prisoners". (© Ai Weiwei)

Explications sincères ou mensongères ?

L’équipe en charge de l’organisation de l’exposition "The Great Big Art" a décliné la proposition artistique d’Ai Weiwei, arguant qu’il avait envoyé son œuvre trop tard et que cette dernière s’éloignait du "concept du projet [qui consiste] à encourager les Britanniques à réaliser des œuvres et les exposer à leur fenêtre".

Pour Ai Weiwei, ces explications ne sont que des excuses. Il explique d’une part n’avoir jamais été prévenu d’une quelconque limite de temps (et avoir envoyé son œuvre rapidement). D’autre part, il déclare ne pas comprendre en quoi son travail enjoindrait moins le public à créer que "les peintures abstraites d’Anish Kapoor" ou les "instructions [d’Antony Gormley] pour réaliser une figurine de chien à partir d’une boule d’argile".

"Pourquoi mon travail conceptuel Postcard for Political Prisoners n’inspirerait pas des gens à créer des œuvres d’art sous la forme de cartes postales et à se mettre à l’art-activisme ? Qu’est-ce qui empêcherait les participants de s’envoyer les cartes à eux-mêmes et de les coller sur leur fenêtre ?", interroge-t-il.

"Mon travail a encore une fois montré à quel point le monde de l’art est corrompu"

L’artiste, qui se considère comme "un grand supporter d’Assange", affirme être "très honoré" que son projet n’ait pas été accepté. "Leur rejet a donné un véritable sens à mon œuvre", ajoute-t-il.

"Je crois fermement en l’importance du journalisme d’investigation dans une société civile. Comme je sentais que je n’avais pas eu la chance de faire honneur à l’histoire d’Assange, la combinaison de ma rencontre avec lui et mon intérêt constant pour l’envoi de lettres à des prisonniers politiques a été cristallisé au sein de 'Postcard for Political Prisoners'.

C’est un projet qui n’est pas seulement fait pour les détenus politiques, il encourage aussi les participants à réfléchir au lien entre la liberté dont ils jouissent et le prix payé par ces combattants pour cette liberté."

L’artiste chinois Ai Weiwei posait avec des manifestant·e·s le 28 septembre 2020 devant le tribunal Old Bailey à Londres, où se tenait l’audience d’extradition de Julian Assange. (© Daniel Leal-Olivas/AFP)

Pour Ai Weiwei, ce retournement de situation est une preuve supplémentaire du "whitewashing [censure, ndlr] constant du monde de l’art". "Mon travail a encore une fois montré à quel point le monde de l’art est corrompu. Donc je voudrais remercier Firstsite et l’expérience qu’ils m’ont offerte : leur rejet a fait de Postcard for Political Prisoners un projet qui vaut vraiment le coup."

En réponse à cette tribune d’Ai Weiwei, la directrice du musée a réitéré auprès d’Artnet les "deux raisons" susmentionnées ayant entraîné son refus – soit le retard de l’envoi de la proposition et le fait qu’elle ne colle pas à "l’intention" de l’exposition. "[Ai Weiwei] est un artiste extraordinaire pour qui tout le monde à Firstsite a un respect incommensurable", ajoute-t-elle au nom de son musée.

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