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À Varsovie, une exposition sur la "cancel culture" a fait scandale

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Vincentas Liskauskas/Unsplash

L’une des œuvres exposées représente le terroriste d’extrême droite norvégien Anders Behring Breivik.

Des représentant·e·s de la communauté juive en Pologne ont dénoncé l’inauguration d’une exposition à Varsovie comprenant des œuvres de l’artiste suédois Dan Park, condamné pour discours de haine. L’une de ses œuvres faisant partie de l’exposition "Art politique" représente le terroriste d’extrême droite norvégien Anders Behring Breivik en mannequin pour la marque de vêtements Lacoste.

"Nous n’acceptons pas qu’on soutienne les personnes répandant la haine, l’intolérance et l’hostilité", lit-on dans la lettre ouverte signée entre autres par le grand rabbin de Pologne Michael Schudrich et Zygmunt Stepinski, le directeur du musée POLIN de l’histoire des Juif·ve·s de Pologne.

"En Pologne, où à cause de la politique nazie six millions de citoyens ont été tués, les activités de créateurs tels que Dan Park insultent les sentiments de tous les Polonais", ont-ils déclaré. Park a été condamné à plusieurs reprises pour ses propos et ses actes provocateurs, notamment en 1996 lorsqu’il a mis un blouson d’aviateur frappé d’une croix gammée, des mots "Heil Hitler" et "SS", ainsi que du symbole de la tête de mort. Il a déclaré alors au tribunal qu’il l’avait porté comme une provocation et non parce qu’il sympathisait avec le nazisme. Park est populaire auprès des mouvements d’extrême droite.

L’exposition au Centre d’art contemporain du château Ujazdowski, inaugurée fin août, est décrite par les organisateur·rice·s comme une célébration de la liberté d’expression et une plateforme pour les artistes victimes de la "culture de l’effacement" (ou "cancel culture"). "Les artistes qui vont à l’encontre de ces tendances et prônent une expression débridée et des idées anti-mainstream paient souvent le prix le plus élevé pour avoir testé les limites de la tolérance et pour s’être confrontés aux dogmes politiques", selon le musée.

Le directeur de l’établissement, Piotr Bernatowicz, a été nommé en 2019 par le parti populiste nationaliste au pouvoir en Pologne, une nomination controversée qui a soulevé des critiques à l’égard du gouvernement et accusations de tenter d’aligner des institutions culturelles sur son programme conservateur.

L’exposition, financée par le ministère polonais de la Culture, présente 28 artistes, dont le dessinateur suédois Lars Vilks qui, en 2007, avait suscité la controverse avec son dessin du prophète musulman Mohammad. Vilks a été la cible de plusieurs tentatives d’agressions, la dernière à Copenhague en février 2015, lors d’une conférence baptisée "Art, blasphème et liberté".

L’exposition comprend aussi un projet d’art conceptuel de l’artiste danois Kristian von Hornsleth, qui a payé 340 villageois·es pauvres d’Ouganda pour qu’ils et elles changent légalement leur nom en "Hornsleth".

Avec AFP.

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