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En escale à Marseille, Amal, marionnette syrienne, alerte sur le sort des enfants migrants

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Nicolas Tucat/AFP

La grande poupée aux yeux écarquillés et aux longs cheveux bruns représente une fillette syrienne à la recherche de sa mère.

Du haut de sa silhouette en bois de 3,5 mètres, Amal, marionnette représentant une enfant syrienne déracinée, a débarqué sur le port de Marseille, l’une des étapes d’un périple commencé en Turquie et qui s’achèvera en novembre 2021 au Royaume-Uni.

Elle a posé le pied le 22 septembre sur l’esplanade du Mucem, dans une ambiance survoltée et sous les applaudissements. "Amal ! Amal ! Amal !", crient des centaines d’enfants des centres de loisirs, qui observent médusé·e·s son arrivée par la mer. Accueillie par l’ONG SOS Méditerranée, dont le siège est à Marseille, et qui, avec son navire l’Ocean Viking, porte secours à des milliers de migrant·e·s tentant comme elle de rejoindre l’Europe pour un avenir meilleur, la marionnette ne laisse pas indifférent·e.

"C’est triste, ce qui lui arrive", confie Julia, 9 ans. "Son histoire m’a beaucoup touchée. J’ai trouvé ce projet magnifique", ajoute sa mère, Vanessa Moughames, d’origine libanaise, qui y voit un parallèle avec son histoire.

Parti de Gaziantep, ville turque à la frontière syrienne le 27 juillet 2021, le pantin doit rejoindre Manchester au Royaume-Uni le 3 novembre, après avoir parcouru 8 000 kilomètres et traversé huit pays, où des centaines d’événements culturels sont programmées pour l’accueillir.

Cette odyssée, baptisée The Walk ("La Marche"), est destinée à sensibiliser l’Europe sur le sort des migrant·e·s, et notamment des enfants non accompagné·e·s ou séparé·e·s de leur famille. Un message : "Ne m’oubliez pas", explique la fondation britannique Good Chance Theatre, née en 2015 dans le camp de migrant·e·s de Calais qui a inspiré la pièce de théâtre The Jungle.

Aylan "avait des rêves"

Calais. Un lieu qu’Amal devrait d’ailleurs découvrir le 17 octobre avant d’embarquer pour l’Angleterre, après avoir tenté de retrouver sa mère en Suisse, en Allemagne et en Belgique. "On a voulu représenter une très, très grande fillette, car ces enfants ne sont pas assez visibles. On espère, par ce contact direct, créer de l’empathie et, grâce à l’art, faire bouger les lignes sur le sort de ces enfants qui n’ont plus le droit de l’être et sont sur les routes au lieu d’être à l’école", explique Claire Béjanin, coproductrice du projet.

Après la Grèce, puis l’Italie, la marionnette a rejoint la France dans une ferme solidaire de la communauté Emmaüs de Breil-sur-Roya, où le militant pro-migrant·e·s de la vallée, Cédric Herrou, lui a lu ses droits. Puis direction Toulon et Marseille, une ville qui s’est "créée par la mer et ses migrations successives", relève la productrice.

Au cours de cette escale dans la cité phocéenne, Amal et son public assisteront sur une plage au Va-et-vient des vagues, un spectacle de danse mis en scène par la chorégraphe palestinienne Samar Haddad King.

Une cinquantaine de danseur·se·s, professionnel·le·s comme amateur·rice·s, muni·e·s de gilets de sauvetage, incarneront ces migrant·e·s dont "chaque histoire est différente", insiste auprès de l’AFP la chorégraphe, dont la famille maternelle a fait partie des réfugié·e·s palestinien·ne·s de 1948.

"Fatigué·e ou triste, chacun·e livre une interprétation personnalisée" de ces migrant·e·s, souvent représenté·e·s comme mort·e·s, note-t-elle, encore marquée par cette photo de 2015 du corps d’Aylan, cet enfant syrien de 3 ans échoué sur une plage turque.

"Or, il y a de la vie, de l’espoir", poursuit Samar Haddad King. Aylan "avait des rêves, ses parents imaginaient des projets pour lui", relève l’artiste, qui partage sa vie entre la Palestine et New York. Une autre image l’empêcher de dormir aujourd’hui : celle de gardes-frontières américains à cheval, repoussant des migrant·e·s au Texas, "comme des animaux".

Avec AFP.

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