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L’art et l’hypnose s’entremêlent le temps d'une exposition qui bouleversa vos repères

Publié le

par Pauline Allione

© Marina Apollonio

Le musée d'arts de Nantes met en lumière une pratique qui inquiète autant qu’elle fascine.

Dans l’imaginaire collectif, l’hypnose, c’est Messmer et sa barbichette, des shows télévisés ponctués de "Oooh !" et de "Aaah !" et des yeux en tourbillon dans les dessins animés. Cet état modifié de conscience et le discours clinique qui l’accompagne inquiètent et intriguent dès leur développement. Ils n’ont jamais laissé le monde de l’art indifférent. Pour toutes ces raisons, le musée d’arts de Nantes propose "une lecture hypnotique de l’art", dans une exposition entièrement dédiée à l’histoire de ce dispositif d’emprise et aux œuvres qu’il a inspirées.

Visible jusqu’au 31 janvier prochain, l’exposition "Hypnose", gérée par son commissaire Pascal Rousseau, professeur à l’université Paris 1 et aux Beaux-Arts de Paris, met en lumière la culture moderne liée à l’hypnose, à travers un parcours rétrospectif qui mêle peintures, objets, performances, films et sculptures. Autant de médias qui témoignent de l’intérêt des arts visuels pour l’hypnose, de la fin du XVIIIe siècle à la scène contemporaine.

Retour sur la naissance de l’hypnose

Gustave Courbet, "La Voyante" ou "La Somnambule", vers 1855.

Divisée en huit sections, l’exposition revient sur les grands moments qui ont marqué l’histoire de l’hypnose, à commencer par le célèbre baquet de Mesmer. Car avant l’hypnotiseur québécois Messmer, vedette des plateaux télé, il y avait Franz-Anton Mesmer, qui posa les bases de la pratique. Dès la fin du XVIIIe siècle, ce docteur viennois développe le "magnétisme animal", un courant de la science expérimentale reposant sur l’existence d’un fluide universel magnétique, qu’il matérialise avec son traitement collectif du baquet.

Vivement critiqué, son discours est finalement remanié par le marquis de Puységur, qui parle désormais de "somnambulisme artificiel". La théorie remporte son petit succès à l’époque du romantisme, puisque des artistes, plongés dans un état modifié de conscience, donnent un nouveau souffle à leur processus créatif et s’émancipent des critères académiques.

"Le Doigt magique ou le Magnétisme animal – Simius semper simius", 1784, anonyme.

Médecine, shot de créativité et manipulation

La fin du XIXe siècle laisse place aux travaux de deux médecins, Jean-Martin Charcot et Hippolyte Bernheim. Tous deux s’opposent dans leur conception de l’hypnose, mais ils n’en deviennent pas moins une source d’inspiration pour Freud et sa théorie du transfert. Les sculptures de Rodin rappellent, quant à elles, étrangement les postures des patientes de Charcot à la Salpêtrière, cambrées selon "l’arc de l’hystérie".

S’ensuit une section consacrée à "l’époque des sommeils" des artistes surréalistes, parmi lesquels René Crevel, Robert Desnos et Marcel Duchamp qui, au début du XXe siècle, se retrouvaient pour des séances d’hypnose collectives pour libérer leur créativité.

Salvador Dalí, "Le Phénomène de l’extase", 1933.

La figure de l’hypnotiseur au cinéma est également abordée à travers Docteur Mabuse, le joueur, sorti en salles en 1922, dans lequel Fritz Lang dépeint un personnage qui hypnotise ses victimes pour servir ses intérêts. Son film nourrira le fantasme de la manipulation des foules, fantasme qui sera renforcé par la montée des régimes totalitaires envahissant l’Europe quelques années plus tard.

Le clou du spectacle : un show hypnotisant

L’exposition nous plonge ensuite dans les sixties et le psychédélisme qui caractérise la décennie. Un courant artistique qui se rapproche de l’hypnose par des jeux de regard, de perception et de fascination. La rétrospective historique se termine finalement sur une note contemporaine et met en lumière les artistes qui explorent le sujet de l’hypnose. On y retrouve ainsi les œuvres expérimentales du pionnier Larry Miller, les chorégraphies de Catherine Contour ou encore les travaux du dessinateur contemporain Alain Séchas.

"Spazio Ad Attivazione Cinetica 6B", 1966-2020. (© Marina Apollonio)

Dernier arrêt dans la chapelle de l’Oratoire, où l’artiste new-yorkais Tony Oursler propose une installation immersive qui occupe tout l’espace. Cette œuvre-scénographie, imaginée spécialement pour l’exposition, donne vie à un décor composé de médias variés grâce à des projections vidéo.

Tony Oursler s’amuse avec l’attention, la distraction et l’emprise du public pour proposer une approche moderne et décalée de l’hypnose, histoire de s’essayer à l’expérience hypnotique à travers la création contemporaine et d’en prendre plein les yeux une dernière fois.

Vue de l’installation de Tony Oursler. (© Musée d’arts de Nantes)

L’exposition "Hypnose" est visible au musée d’arts de Nantes jusqu’au 31 janvier 2021. Crise sanitaire oblige, n’oubliez pas d’organiser votre visite en amont et de réserver un créneau et votre billet sur le site du musée ou directement sur place.

Konbini arts, partenaire du musée d’arts de Nantes.

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