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L'artiste Takashi Murakami annonce sa faillite dans une vidéo touchante sur Instagram

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

"Je suis un être humain idiot."

Alors que l’on pensait que les comptes en banque de Takashi Murakami se portaient bien, ce dernier a fait une annonce sur son compte Instagram il y a une semaine. Une annonce surprenante car il est connu pour être l’un des artistes les plus cotés du monde de l’art contemporain. Que se passe-t-il ? 

La crise sanitaire y est pour quelque chose, mais il s’agit également d’une simple mauvaise gestion financière de sa part. L’artiste japonais serait un panier percé et aurait investi bien plus d’argent qu’il n’en fallait pour son projet de blockbuster de science-fiction. Dans une vidéo postée sur IGTV, il détaille à ses deux millions de followers les raisons de sa faillite, tandis que ses assistant·e·s travaillent derrière lui, dans son atelier. On peut d’ailleurs voir que cette vidéo de 15 minutes a été tournée le 23 mai dernier, et diffusée un mois plus tard sur son compte Instagram.

Les "rêves d’enfant"… et les impôts

Murakami explique donc que la galerie qui le représente, à savoir Kaikai Kiki, est en train de faire faillite à cause de la pandémie du Covid-19, et qu’il a été obligé d’arrêter toute la production de ses œuvres en cours : c’est-à-dire son projet autour des animaux et son film Jellyfish Eyes Part 2: Mahashankh, dont la production a débutée il y a neuf ans – la Part 1 est sortie au Japon en 2013 et n’avait pas emporté un franc succès commercial, et pourtant, l’artiste voulait poursuivre ce "rêve d’enfant".

"Cela fait neuf ans que je persévère ! Ce film devait réaliser mes rêves d’enfant ! Le gros budget que j’ai consacré à ce projet et ma persévérance tenace ont exercé une pression constante et énorme sur le fonctionnement de mon art. […] Mais en même temps, j’ai pu endurer diverses épreuves justement parce que j’avais ce projet.

Face à la situation actuelle, mon conseiller commercial et mon conseiller fiscal m’ont toutefois persuadé que je devais […] absolument essayer de réduire notre taxe professionnelle en classant le coût de production du film en tant que dépense exonérée d’impôt. Je vais donc produire et publier une série de vidéos pour annoncer publiquement l’arrêt de la production du film (pour être clair, il s’agit d’une procédure tout à fait légale – je n’essaie pas d’échapper aux impôts !).

Ces vidéos seront publiées dans le contexte de notre lutte pour éviter une catastrophe économique, mais cela pourra peut-être avoir un effet cathartique sur les téléspectateurs et mes abonnés qui assisteront à l’échec de ce stupide Murakami. Pour faire court, je suis un être humain idiot qui trouve son bonheur dans ses rêves de science-fiction enfantins. Je ne sais pas combien il y aura d’épisodes à cette série, mais ce sera une série, alors s’il vous plaît, accompagnez-moi dans ce voyage pendant un petit moment."

Pour le moment, Murakami n’a aucune exposition prévue dans les prochains mois et il projette de sortir le nouvel opus de son film sous forme de courts épisodes à moindre coût, pour s’en sortir et faire un peu d’autodérision. En commentaires, ses fans lui conseillent de lancer une campagne de financement participatif.

Ce serait à cause de sa mauvaise gestion financière et de piètres priorités données à des projets coûteux que l’artiste aurait dû quitter sa première galerie Blum & Poe, qui le représentait depuis le début de sa carrière dans les années 1990. Kaikai Kiki semble vivre le même sort mais le Covid-19 n’a pas arrangé les choses. Avec ses relations mondaines et ses projets ambitieux avec des marques prestigieuses et personnalités en vogue telles Virgil Abloh, Pharrell Williams, Louis Vuitton, Supreme, Comme des Garçons, Kanye West ou encore Billie Eilish, Takashi s’est tout de même fait une réputation de panier percé et de grand dépensier.

De nombreux·ses collectionneur·se·s, spécialistes du travail de Takashi Murakami, ont déclaré à Artnet News "qu’une surabondance de son travail sur le marché avait peut-être dilué l’intérêt, conduisant à de mauvaises ventes". "Certain·e·s ont spéculé que la raison de ses nombreux projets avec le monde de la mode était due à ses revenus en baisse côté art."

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