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Le marché des enchères est en ébullition, ravivé par les ventes en ligne

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Hester Qiang/Unsplash

"Acheter et revendre est devenu plus naturel : pour affiner sa collection, après un divorce, parce qu’on change de goût…"

Les ventes aux enchères sont un marché en ébullition, comme le montrent les 11,6 millions d’euros pour un manuscrit d’Albert Einstein, rajeunies par des événements en ligne qui attirent un grand public. Estimées entre deux et trois millions d’euros, ces 54 pages de notes du physicien en 1913-1914, qui préparent la théorie de la relativité générale, sont parties pour près de cinq fois plus.

L’estimation devient un métier difficile. Alors que l’expérimenté Christie’s chiffrait à 25 000 ou 35 000 euros un storyboard du réalisateur franco-chilien Alejandro Jodorowsky pour adapter le roman Dune, deux acheteurs se sont lancés dans une bataille féroce, qui s’est arrêtée à 2,66 millions d’euros.

Dans l’art contemporain, la tendance s’est emballée. Artprice estime en octobre que ce marché est passé de 103 millions de dollars par an en 2000 à 2,7 milliards aujourd’hui. Ce spécialiste des cotations d’œuvres l’explique par "une transition réussie vers des ventes en ligne et une orientation tout aussi réussie du marché vers une population nouvelle et émergente d’acheteurs d’art contemporain".

"Les maisons d’enchères avaient une informatique très vieille. C’était papy Mougeot qui découvrait Internet ! Le Covid-19 les a forcées à la moderniser, et le résultat des ventes en ligne a été spectaculaire, en attirant un autre public, rajeuni", d’après Thierry Ehrmann, fondateur d’Artprice. Il cite par exemple des trentenaires qui commencent une collection d’art avant de devenir propriétaires immobiliers.

Pas que l’art

Le marché, gelé lors de la crise sanitaire mondiale de 2020, a redémarré très fort. Et il bénéficie d’un cercle dont on ne sait pas s’il est vertueux ou vicieux. Les prix des artistes classiques ont grimpé à des sommets, comme les 71,3 millions de dollars atteints par une huile sur toile de Vincent Van Gogh, Cabanes de bois parmi les oliviers et cyprès, à New York le 12 novembre. Celles et ceux qui n’ont pas les moyens se rabattent alors, en nombre, vers plus abordable.

Et pour cela, il n’y a pas que l’art. Depuis octobre, entre les baskets de Michael Jordan (1,5 million de dollars), un tricératops (6,6 millions d’euros), l’un des treize derniers originaux connus de la Constitution américaine (43 millions de dollars), et un fût de bourgogne à 800 000 euros lors des enchères des Hospices de Beaune, le choix a été vaste. La montée des NFT, ces "jetons non fongibles", à savoir des objets numériques, a aussi diversifié l’offre.

Naturel de revendre

Une bulle risque-t-elle d’éclater ? La question se posait dès les années 1980, où l’on se demandait à quel moment les milliardaires américain·e·s ou japonais·es se lasseraient de surenchérir les un·e·s sur les autres, et où des fondations privées ont évincé les grands musées publics. Mais le marché, malgré son aspect opaque et disparate, a continué sa hausse jusqu’à la crise financière de 2008.

Début 2014, après une année de records, le Washington Post s’interrogeait : "Alors que le prix de l’art grimpe, est-ce que sa valeur s’effondre ?" Les indices d’Artprice montrent qu’entre 2015 et 2019, les prix ont nettement reflué. Depuis, ils repartent. "Acheter et revendre est devenu beaucoup plus naturel : pour affiner sa collection, après un divorce, parce qu’on a changé de goût… Et il n’y a plus de frein psychologique à payer plus d’un million lors d’une vente en ligne", note Thierry Ehrmann.

D’après le cabinet Deloitte, le réservoir d’acheteur·se·s hyperfortuné·e·s n’est pas près de se tarir. "La richesse des individus à patrimoine ultra-élevé associée à l’art et aux objets de collections étaient estimés à 1 448 milliards de dollars en 2020", écrit-il.

Avec AFP.

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