© Hélène Tchen ; Johanna Tordjman ; Camille Cottier

Les 10 artistes français qui vont faire 2020

Rencontre en mots et en images avec les talents de demain.

Afin de fêter le lancement de Konbini arts et l’ouverture de notre ligne éditoriale à l’art contemporain, au street art, à la sculpture, à la peinture et à l’art numérique – sans mettre de côté notre histoire d’amour avec la photographie –, nous sommes parties à la rencontre de dix artistes français qui vont, selon nous, aider à écrire l’année 2020.

Leurs armes sont la photo, la peinture, le dessin ou la 3D. Leurs œuvres racontent, souvent à travers différents media, le monde et la France en 2020. Pour la grande majorité autodidactes, ces artistes montrent que le microcosme de l’art s’ouvre à des profils de plus en plus diversifiés, afin d’enfin raconter le monde dans toutes ses réalités.

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En mots et en images, bienvenue dans les univers d’Hélène Tchen, Johanna Tordjman, Camille Cottier, Inès Alpha, Garance Vallée, Omizs, Bishop Nast, Goldie Williams, Marc-Henri Ngandu et Rayan Nohra.

De haut en bas, dans le sens des aiguilles d’une montre : Johanna Tordjman ; Inès Alpha, Goldie Williams, Garance Vallée, Bishop Nast, Hélène Tchen, Omizs, Marc-Henri Ngandu, Camille Cottier, Rayan Nohra.

Rayan Nohra, photographe, 22 ans, Paris

Konbini arts | Salut Rayan, comment as-tu commencé la photo ? 

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Rayan Nohra | Cela m’est venu naturellement quand j’étais plus jeune et que je sortais de chez moi pour photographier les lumières, la nuit. Avec le temps, j’ai commencé à demander à mes amis d’être sur le cadre et on s’amusait à organiser des sessions où on prenait beaucoup de photos qu’on imprimait après. On aimait beaucoup en faire des journaux ou des collages. 

"L’usage de la photo est illimité."

© Rayan Nohra

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Que veux-tu transmettre à travers ton travail ?   

Pour l’instant, j’estime que j’apprends encore l’essentiel de cet art même si, à mon avis, c’est un art qu’on apprend tout au long de sa vie. Mais ce que je peux déjà transmettre, c’est que son usage est illimité, qu’il n’y a pas tel ou tel moyen de l’utiliser et que c’est un jeu.

C’est un peu comme un alphabet pour faire des mots, puis une histoire.  C’est cet aspect que je mets en avant pour l’instant. Mais par la suite, mon travail se transformera petit à petit, pour mettre en avant des causes qui me sont plus personnelles.

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Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Composite, texturé, chimique.

© Rayan Nohra/Takashi Murakami

Si tu devais choisir une œuvre emblématique de ton travail, laquelle serait-ce ?

Je devais prendre en photo l’artiste Takashi Murakami pour un magazine. Avant d’y aller, j’ai pris mon Polaroid et je me suis dit qu’il allait peut-être être inspiré ce jour-là, donc j’ai également pris de la colle et du papier à dessin. Après avoir pris les photos, je l’ai de nouveau pris avec mon Polaroid, j’ai collé le film qui est sorti sur du papier, et il a dessiné dessus.

Ce n’est pas ma photo préférée mais je dirais que c’est la plus emblématique parce que j’ai mélangé des media pour créer une pièce plus intéressante, qui va au-delà d’une simple "photo".

© Rayan Nohra

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?  

Aujourd’hui, nous avons accès à des moyens considérables pour créer et surtout pour communiquer. Ce serait prétentieux de ma part de dire ce que doit être un artiste, mais en me basant sur les artistes que je connais, et sur moi-même, je dirais qu’être artiste aujourd’hui c’est : jouer […], communiquer […] et dénoncer ou éduquer. Je sais qu’aujourd’hui, les artistes ont beaucoup d’influence.

Un artiste qui dénonce aura beaucoup plus de pouvoir qu’un politicien ou même un média, ça peut être bon comme ça peut être mauvais en fonction des artistes. J’ai vu beaucoup d’artistes dénoncer des phénomènes de société que je connaissais déjà mais que beaucoup ne connaissaient pas, ce qui permet d’améliorer certaines prises de conscience et d’aider certains à évoluer où à s’informer sur le sujet.

Quels sont tes projets à venir ?

Je travaille sur la création d’un studio avec des talents variés qui y contribueront chacun à leur manière. Il y a déjà un sculpteur, deux programmeurs, des make-up artists, des stylistes, une céramiste et des peintres. Le but sera de donner une nouvelle dimension à nos travaux respectifs en y travaillant ensemble.

© Rayan Nohra

© Rayan Nohra

© Rayan Nohra

© Rayan Nohra

© Rayan Nohra

Johanna Tordjman, peintre, 29 ans, Paris

Konbini arts | Salut Johanna, peux-tu revenir sur ta rencontre avec la peinture ?

Johanna Tordjman | J’ai toujours dessiné jusqu’au plus loin que je me souvienne. Mes premiers souvenirs viennent de la petite chambre de mes grands-parents où je décalquais, grâce à la lumière de la fenêtre. La peinture m’est venue assez naturellement ensuite, mais beaucoup plus tardivement : j’ai commencé quand j’avais 25 ans.

"La différence n’est pas un gros mot."

Que veux-tu transmettre à travers ton travail ?   

J’ai vraiment cette envie de me positionner comme une témoin de ma génération avec mon travail. Parfois, ce sera quelque chose qui reflète ce que l’on traverse, comme avec ma série sur le confinement justement. Ou bien, plus globalement, j’essaie de traiter des valeurs qui me touchent le plus. Pour moi, c’est l’unité au travers de la diversité. La différence n’est pas un gros mot, je la trouve absolument fabuleuse et c’est aussi ce que j’ai envie de montrer, que chacun réalise que sa voix est forte et importante.

© Johanna Tordjman

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Bienveillance, lumière, instant suspendu.

Si tu devais choisir une œuvre emblématique de ton travail, laquelle serait-ce ?

Ouh, c’est dur ! Je vais choisir une toile issue de ma série : Pastèques et Paraboles – Welcome to the Republic of Tordjmanistan. L’œuvre s’appelle "Farah". C’est dans cette série que j’ai commencé à intégrer des captures d’écran de Google Street View. La première fois que j’ai rencontré Farah, elle m’a interpellée pour me dire qu’elle adorait mon travail, sauf qu’elle m’avait confondue avec quelqu’un d’autre, ce que j’ai adoré. On a ensuite partagé un moment au stade rennais pour la Coupe du monde féminine de football. Je la voyais à travers l’écran de mon téléphone et j’ai tout de suite vu une toile naissante. La peinture est née comme ça. 

"Farah". (© Johanna Tordjman)

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?   

On en a tous une définition bien différente et aucune n’est discutable car c’est avant tout une question d’émotion et de sincérité. Mais pour moi, c’est avant tout porter un message, quel qu’il soit, et dans mon cas, c’est de rassembler et de fédérer. 

Quels sont tes projets à venir ?

Je travaille actuellement sur l’acte 3 de Pastèques et Paraboles, qui traite des objets qui nous rappellent notre héritage, ceux dont on ne pourrait jamais se séparer. Lorsque ma grand-mère est venue d’Algérie, elle a emporté avec elle un petit tabouret, elle aurait pu emporter n’importe quoi mais c’est cet objet qu’elle a choisi, et qui nous lie tous désormais. Je plonge dans l’histoire de mes modèles et ça me fascine.

© Johanna Tordjman

© Johanna Tordjman

© Johanna Tordjman

© Johanna Tordjman

© Johanna Tordjman

Bishop Nast, photographe, 22 ans, Clichy-sous-Bois

Konbini arts | Salut Bishop Nast, quand as-tu commencé à t’intéresser à la photo ?

Bishop Nast | J’ai commencé la photo assez jeune, vers 2013. J’ai toujours eu une vision artistique de ce qui m’entourait et c’est la raison pour laquelle je me suis mis sérieusement à la photo au fil des années.

Grâce à mon travail, j’ai eu l’occasion d’initier des plus jeunes que moi, issus de quartiers, à ce genre de métiers qui leur paraissaient pourtant inaccessibles. J’ai pu leur montrer qu’on n’a pas besoin d’être "quelqu’un" ou d’avoir un gros vécu pour raconter une histoire via la photographie (ou tout autre secteur artistique), et pourquoi pas d’en faire son métier.

"L’amour du football dans nos cités… Inexplicable !" (© Bishop Nast)

"Être artiste, c’est transmettre des émotions."

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Authentique, unique et réel.

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?  

C’est transmettre des émotions et pouvoir s’exprimer grâce à autre chose que simplement la parole.

"Un exemple type de ce qui ce passe en été au quartier, pour celles et ceux qui n’ont pas forcément les moyens de partir en vacances ou autre. On bouge peut-être pas, mais rien n’égalera un 'été au tieks'." (© Bishop Nast)

"Je trouve que cette image a beaucoup de liens avec tous les désastres qui ont eu lieu dans nos quartiers. C’est surtout un clin d’œil aux émeutes de 2005, le moment où on a commencé à prendre sérieusement la parole et à dire stop. Nous sommes entendus mais pas écoutés malheureusement." (© Bishop Nast)

"J’ai pris cette photo pour faire comprendre aux jeunes de cité que même dans les endroits les plus chics de Paris, on est aussi chez nous et on existe, de près ou de loin." (© Bishop Nast)

"Cette photo, c’est pour montrer le mélange dans lequel nous avons grandi toute notre vie et qui nous a permis d’acquérir des valeurs de respect et de partage qui nous sont chères aujourd’hui. On a beau être Noir, Blanc, Arabe, Asiatique, peu importe, la chose qui nous unit, ce sont les anecdotes et la vie qu’on mène dans nos cités." (© Bishop Nast)

Hélène Tchen, photographe, 28 ans, Paris 

Konbini arts | Hello Hélène, quel chemin t’a menée à la photo ?

Hélène Tchen | C’est mon intérêt pour le cinéma qui m’a amenée à la photographie. J’ai fait des études d’audiovisuel après mon bac. De fil en aiguille, j’ai commencé à faire de la photo argentique, puis du studio. Je pense que c’est surtout le fait que ce médium soit immédiat et maniable seule (ou en équipe réduite) qui m’a attirée.

"Je veux montrer une manière différente de voir les choses."

"Mao". (© Hélène Tchen)

Que veux-tu transmettre à travers ton travail ?

Une photo, c’est un peu comme une scène de film. Parfois, j’aime amener les gens avec qui je crée à une idée qui m’est chère puis, avec le partage de cette idée, créer une image qui parlera aux personnes qui regardent. Mon envie est de pouvoir transmettre une émotion puis de montrer une manière différente de voir les choses.

Aujourd’hui, ce qui me tient à cœur, c’est de pouvoir faire des portraits intimistes et mettre en lumière une jeunesse hybride et décomplexée, inclure tout type de personnes, genres et origines confondus. 

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Intime, inclusif, onirique.

"Iris". (© Hélène Tchen)

Si tu devais choisir une œuvre emblématique de ton travail, laquelle serait-ce ?

Je travaille beaucoup en studio, "Iris" dénote donc techniquement de ce que je fais habituellement mais représente en même temps parfaitement ce que je cherche à capter dans mon travail. Elle fait partie d’une série photo sur les jeunes femmes chinoises que je réalise en ce moment.

Au moment de prendre cette photo, il y a eu un gros trou de lumière naturelle de trois minutes et ça a tout de suite souligné de manière littérale le propos que je voulais pour cette série, qui est de mettre les femmes chinoises en lumière et de montrer leur beauté.

"Fatou". (© Hélène Tchen)

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?  

Pour ma part, être une artiste en 2020, c’est avoir un moyen d’expression fort. Pour le moment, je m’exprime avec la photo et ce qui est important pour moi, c’est de pouvoir m’exprimer en tant que femme racisée, d’amener un regard différent sur les personnes issues de minorités. 

Avoir le moyen de s’exprimer, c’est également pouvoir changer les choses et, en 2020, je pense que c’est maintenant que les choses doivent changer, quand on regarde ce qu’il se passe autour de nous. Mais on n’a bien sûr pas besoin d’être artiste pour changer les choses ! Pour moi, c’est assez vital de pouvoir créer, rencontrer des personnes, partager des visions, des cultures ou un peu d’espoir sur l’avenir.

Quels sont tes projets à venir ?

Ma série photo sur les femmes chinoises que je compte bientôt sortir, ça fait un an que je travaille dessus ! J’aime la mode mais j’ai envie, pour mes projets futurs, de sortir de temps en temps du studio, de faire des photos sur le monde qui m’entoure dans des situations plus spontanées. Et aussi de revoir ma méthode de création ! Mais je n’ai pas envie de définir exactement ce que ce sera, afin de ne pas m’enfermer dans une seule voie et de me laisser la liberté nécessaire pour créer.

"Jeanne, Val". (© Hélène Tchen)

Camille Cottier, artiste peintre, 29 ans, Paris

Konbini arts | Salut Camille, tu peux nous raconter comment tu as commencé à peindre ? 

Camille Cottier | J’ai exploré différents media en étant aux beaux-arts mais je suis revenue au dessin puis à la peinture. J’aime mélanger ces deux media. La plupart de mes œuvres sont d’ailleurs "des techniques mixtes" (qui mélangent encre, pastel, peinture, stylo…).

"Mon travail est instinctif."

© Camille Cottier

Que veux-tu transmettre à travers ton travail ?

Mon travail est très personnel. L’humain, le corps, le rapport aux autres, à soi-même et les questions d’identité sont au centre de ma peinture. Mes personnages nous regardent, nous interrogent… Alors si je peux transmettre une quelconque émotion ou une certaine remise en question, je suis ravie.

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Composition, instinctif, bonshommes.

© Camille Cottier

Si tu devais choisir une œuvre emblématique de ton travail, laquelle serait-ce ?

Il s’agit d’une œuvre récente [ci-dessus]. Mon travail est instinctif, mais depuis peu les bonshommes sont entrés en interaction. Alors j’observe leur évolution et ils me montrent des choses. Ils assument tout bien mieux que moi. Les joies, les peines. Ils s’enlacent, se déchirent, s’isolent puis, à nouveau, me font face.

Ces derniers temps, une tendresse s’est installée. Ils sont peut-être amoureux. Ou alors, forcés de se côtoyer, ils ont fini par penser qu’ils s’aimaient. Finalement c’est une jolie prison. J’ai choisi cette œuvre car pour la première fois, dans un univers kitch et féerique, ils semblent concernés l’un par l’autre, même s’ils s’adressent toujours à nous par le regard.

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?  

Être artiste, c’est un luxe, c’est pouvoir s’exprimer et évoluer d’une façon libre à travers une passion. C’est faire beaucoup de rencontres enrichissantes et peu communes, c’est développer de nouveaux projets, c’est se remette en question constamment. Artiste en 2020, c’est aussi pouvoir voyager et communiquer facilement.

© Camille Cottier

© Camille Cottier

Inès Alpha, artiste digitale, 3D make-up artiste, 35 ans, Paris

Konbini arts | Salut Inès, comment es-tu devenue artiste ?

Inès Alpha | Je me considère comme artiste digitale car c’est un terme qui englobe plein de choses : la post-production, l’animation, la 3D, la réalité virtuelle et augmentée, le code, etc. J’ai commencé par faire des visuels en full 3D, où l’image entière est faite à partir de logiciels d’images de synthèse, d’effets spéciaux ou de "computer generated images" [des "images générées par ordinateur", ndlr].

J’ai rapidement eu envie de mélanger la 3D au monde réel pour le rendre plus magique et fantastique ! […] J’ai toujours aimé que la frontière entre la réalité et le virtuel soit un peu floue, faire douter notre cerveau sur ce qui existe ou pas, imaginer notre monde de façon augmentée, improbable et en même temps, qu’on puisse presque y croire. 

© Inès Alpha

Dès que j’ai su intégrer de la 3D dans une image ou une vidéo, j’ai naturellement pensé à en rajouter sur des visages. J’ai aussi travaillé dans la direction artistique en publicité spécialisée dans la cosmétique, la mode et le maquillage. Je me suis dit : "Et si je faisais du maquillage, mais en 3D ?"

J’ai commencé par faire de la post-production, ce qui signifie rajouter les éléments en 3D après avoir tourné les vidéos. Et aujourd’hui, le fait de pouvoir le faire en temps réel grâce aux outils de réalité augmentée, c’est un rêve un peu fou qui devient réalité. Ce n’est pas encore aussi crédible et bien fait que la post-production mais la technologie avance vite !

"J’essaie de repousser les frontières des standards de beauté."

© Inès Alpha

Que veux-tu transmettre à travers ton travail ?   

J’essaie de repousser les frontières des standards de beauté. Je pense que je fais partie de toute cette tendance de gens qui s’amusent avec leur apparence, qui aiment se transformer et qui détournent les codes de la beauté traditionnelle, qui créent une illusion, une beauté qui leur est propre. […]

Je pense que notre génération souhaite dédramatiser la beauté, la rendre plurielle, plus diverse, que chacun·e puisse se sentir beau·elle comme il ou elle le souhaite. Pour moi, la 3D n’est qu’un outil de plus pour se maquiller et se transformer. Avec la 3D, je peux créer un nouveau monde, sans code, sans complexe, neuf, drôle et inspirant. Je propose une vision, une beauté futuriste et décomplexée.

© Inès Alpha

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Make-up, digital, fantastique.

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?  

J’imagine que c’est être super présent sur le digital, c’est essentiel aujourd’hui pour partager son travail, avoir un retour et bien sûr de la visibilité. Surtout lorsqu’on n’a pas un parcours traditionnel d’école d’art comme moi !

C’est aussi être engagé dans une des nombreuses causes à défendre de notre époque. Je pense que l’art est beaucoup plus ouvert aujourd’hui. C’est une bonne époque pour créer, sortir des règles traditionnelles. Les technologies étant de plus en plus accessibles, il y a plein de nouveaux styles qui émergent.

Quels sont tes projets à venir ?

J’ai un projet interactif, tactile, en collaboration avec l’artiste Marpi. On a essayé de se rapprocher un peu plus du rituel de maquillage "classique", en donnant la possibilité aux gens de pouvoir placer le maquillage 3D aussi facilement que s’ils se mettaient de l’eyeliner ou du blush, en utilisant leurs doigts.

© Inès Alpha

Omizs, photographe, 22 ans, Fontenay-sous-Bois

Konbini arts | Salut Omizs, peux-tu nous raconter comment tu t’es mis à la photo ?

Omizs | J’ai commencé la photo à l’âge de 14 ans. C’est une passion depuis que je suis petit. Pour moi, c’est une façon de s’exprimer et de capturer un moment unique.

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Beauté, élégance, précision.

"La mixité est possible."

© Omisz

Si tu devais choisir une œuvre emblématique de ton travail, laquelle serait-ce ?

Une de mes photos me tient particulièrement à cœur, c’est une image en noir et blanc qui a été réalisée dans l’une des salles les plus connues du musée du Louvre. C’était un jour de rush dans le musée, il y avait beaucoup de visiteurs et je n’avais ni vrai budget, ni assistant mais cela a quand même été l’une de mes meilleures séries photo. […] Je trouve qu’elle dégage une énergie unique en son genre. La pose du mannequin et le contexte de l’image montrent que la mixité est possible.

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?

C’est changer la mentalité de beaucoup de personnes grâce à son art, mais aussi pouvoir montrer que l’art n’est pas dédié à une certaine classe sociale, et que le monde est en plein changement.

© Omisz

© Omisz

© Omisz

© Omisz

Marc-Henri Ngandu, photographe, 24 ans, Londres

Konbini arts | Salut Marc-Henri, quel chemin t’a mené à la photo ?

Marc-Henri Ngandu | J’ai commencé à faire de la photo via un projet que j’avais créé avec mes frères en 2014 et qui s’appelait Croco & Co. Le but était de mettre en avant la ville de Lyon. […] On avait monté une bonne petite équipe composée de photographes, de vidéastes, de modèles, et puis, il y avait un beatmaker aussi, c’était "cool".

Ce projet nous a permis de taffer pour un concept store, Kapadokya. On créait du contenu pour leurs réseaux sociaux. […] Ce Croco & Co m’a permis de me construire en tant que photographe, de développer mon œil, mes goûts ainsi qu’une partie de ma technique.

© Marc-Henri Ngandu

"J’aime que ce soit réel."

Que veux-tu transmettre à travers ton travail ?   

Que ça soit pour de l’édito, du streetstyle ou du backstage, j’aime qu’on retrouve un effet documentaire. Je capte ce qui est là, sous mes yeux. J’aime que ce soit réel, "no Photoshop". Quand je fais une photo, je me dis toujours que le sujet devrait voir la photo et se dire à la fois : "Oui, c’est moi" et "C’est dingue que ce soit moi".

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Blurry, Momentary, Layers ["Flou, momentané, couches", ndlr].

© Marc-Henri Ngandu

Si tu devais choisir une œuvre emblématique de ton travail, laquelle serait-ce ?

C’est une image prise pendant la Fashion Week parisienne, pendant l’entrée [du défilé] Off White [ci-dessous]. Gunna débarque d’un coup […]. Avec un pote, on lui dit "The drip is hard", en référence à sa musique. Il nous regarde, sourit et pendant que je shoote, je vois dans mon viseur une dame derrière lui, avec son téléphone, qui filmait la scène. Du coup, j’ai fait la mise au point sur elle.

Une fois que j’ai fini, je suis allée la voir pour lui demander si elle savait qui c’était. Elle m’a répondu que non, que de toute manière, ça ne l’intéressait pas vraiment de savoir qui c’était et que, ce qui lui avait donné envie de filmer, c’était toute l’excitation autour de cette personne.

Cette image, et le fait que cette dame ait filmé la scène sans savoir qui elle photographiait, je trouvais que c’était la parfaite illustration […] de ce que je fais. Que ce soit en streetstyle ou en backstage, la grande majorité du temps, on ne connaît pas les personnes qu’on shoote – personnellement ou physiquement. Ce qui me pousse à shooter, c’est une situation, une couleur, un layering, un look, etc.

© Marc-Henri Ngandu

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?  

Je pense que quelle que soit l’année, un artiste, c’est quelqu’un qui cherche à comprendre le sens de ce qu’il fait, quelle que soit la raison de ce qui le motive à le faire. Être capable de le partager avant même de savoir si les gens eux-mêmes vont comprendre.

Quels sont tes projets à venir ?

Pour le moment, c’est le Covid-19 et la quarantaine. Puis, ce sera une paire de shoes en collaboration avec Crocs.

© Marc-Henri Ngandu

© Marc-Henri Ngandu

© Marc-Henri Ngandu

© Marc-Henri Ngandu

© Marc-Henri Ngandu

Goldie Williams, photographe, 26 ans, Créteil

Konbini arts | Hello Goldie, comment en es-tu arrivé à faire de la photo ?

J’ai commencé la photographie à l’âge de 19 ans. Ce qui m’a poussé, ce sont les plateformes comme Tumblr, à l’époque, que j’exploitais énormément pour présenter mes moodboards.

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

La spontanéité, la réalité et l’identité.

© Goldie Williams

"Ce qui fait un vrai artiste aujourd’hui, c’est sa manière de s’imposer en dehors des algorithmes."

Si tu devais choisir une œuvre emblématique de ton travail, laquelle serait-ce ?

Pour moi, la photo visible [ci-dessous], prise à la fin défilé LOEWE Spring Summer 2020, symbolise le mieux mon identité […]. J’ai commencé la photographie en ne faisant que du noir et blanc et, à mes débuts, mes premières silhouettes étaient des statues gréco-romaines. Cette photo illustre le mieux tout cet univers. 

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?  

Je trouve qu’en 2020, on essaie subtilement de t’imposer aux algorithmes. Pour moi, ce qui fait un vrai artiste aujourd’hui, c’est sa manière de s’imposer en dehors de ces algorithmes.

© Goldie Williams

© Goldie Williams

© Goldie Williams

© Goldie Williams

© Goldie Williams

Garance Vallée, artiste designer, 26 ans, Paris

Konbini arts | Hello Garance, tu peux nous raconter ton parcours artistique ? 

Garance Vallée | Je suis architecte de formation et, avec un bagage familial dans le monde de l’art, le mélange de mon éducation, de mes inspirations artistiques, de mes études d’architecture et aussi de mes années de danse et de recherches autour du corps, m’a amenée à porter ma réflexion sur le dialogue entre l’architecture et le corps ainsi que la relation qu’on entretient avec les objets. L’échelle de la main, du geste, du corps et du processus sont essentiels dans mon approche du design d’objets, de la sculpture et du dessin.

"J’aime créer des ponts entre les disciplines et les références."

Que veux-tu transmettre à travers ton travail ?   

J’invite les personnes à se plonger dans un univers global mêlant peinture, design, dessin et architecture. J’aime à croire que je donne des espaces mentaux ou réels pour que chacun se raconte sa propre histoire. Mon idée de processus est qu’il n’y a pas un médium spécifique pour exprimer une idée, le champ des possibles reste ouvert. J’aime créer des ponts entre les disciplines et les références.

© Garance Vallée

Comment définirais-tu ton travail en trois mots ?

Architectural, organique, pluriel.

Si tu devais choisir une œuvre emblématique de ton travail, laquelle serait-ce ?

Un de mes derniers projets était la scénographie du défilé Vivetta pour la Fashion Week de Milan. J’ai créé une installation mêlant références architecturales et formes abstraites. Je l’ai construite comme un parcours dans une ruine où les modules monochromes seraient fossilisés dans le temps.

Pour le processus de création, j’ai fait pas mal de maquettes et j’ai expérimenté en réel le mouvement de mon corps au contact de chaque module. Le corps traverse, occupe et transforme l’espace par sa présence. Corpo e Spazio était un dialogue entre le corps organique, le vêtement en mouvement et l’espace rigide construit. 

L’installation "Vivetta". (© Garance Vallée)

Pour toi, c’est quoi être artiste en 2020 ?  

Être artiste en 2020, c’est… se poser la question de "est-ce qu’on est artiste" ? [rires]. En ce moment, c’est être confinée physiquement dans un appart' tout en ayant la grande liberté mentale de créer et de laisser jaillir ses idées.

Quels sont tes projets à venir ?

Je suis super contente de bosser avec une grande maison de revêtements muraux qui m’a laissé carte blanche pour une collection entière : tout sera peint à la main, les formats seront énormes ! C’est typiquement un projet qui me permet de mêler peinture et design intérieur. Je suis excitée aussi à l’idée de sortir ma première collection de mobilier, autour de l’artisanat et dont la production est entièrement responsable. Et aussi de préparer mon prochain show en solo pour New York, en 2021.

© Garance Vallée

© Garance Vallée

© Garance Vallée

© Garance Vallée

© Garance Vallée

 

Par Lise Lanot, publié le 31/03/2020