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Les installations monumentales et hypnotisantes de Sarah Sze bouleversent nos sens

Publié le

par Lise Lanot

© Sarah Sze

Ses sculptures colossales interrogent notre rapport au monde avec poésie.

Depuis l’annonce de la fermeture des musées, les deux massives installations signées Sarah Sze patientent au sein de la Fondation Cartier. Privée de public pour le moment, l’exposition se décline virtuellement. En parallèle de son exposition "De nuit en jour", l’artiste a créé Night Vision 20/20, une œuvre en réalité augmentée développée sous la forme d’une application.

De plus, le temps d’une soirée, une conversation à suivre en ligne est organisée autour de l’exposition, le jeudi 15 avril à 20 heures. Sarah Sze s’entretiendra avec l’artiste Anselm Kiefer et le philosophe Emanuele Coccia durant une heure. Le trio discutera du processus de travail de l’artiste contemporaine ainsi que de son catalogue d’exposition, afin de redonner un peu de souffle aux deux œuvres qu’elle a installées de part et d’autre de l’entrée de la Fondation Cartier.

Sarah Sze, "Twice Twilight", 2020. (© Édouard Caupeil)

Lors de notre visite, les sculptures nous avaient transportées dans une nouvelle dimension. L’une d’elles, Twice Twilight, se dresse en une structure sphérique sur cinq mètres de diamètre, accompagnée de sons de nature, de bruits informatiques et mécaniques. Malgré son aspect gigantesque, son essence est la fragilité. Le tourbillon qui compose l’œuvre, faite de tiges de métal et de bambou, abrite une centaine de morceaux de papier sur lesquels des rétroprojecteurs font défiler une multitude d’images du quotidien.

L’œuvre se joue de tous les extrêmes : elle est aussi massive que fragile, incompréhensible qu’interprétable, mathématique que chaotique. L’artiste américaine oscille entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Parmi les objets accrochés à sa structure (et en plus des photos qu’elle a prises ou achetées dans des banques d’images), on trouve des bouts de fil attachés aux tiges, des plantes ou encore des ventilateurs.

Un écosystème en perpétuelle mouvance

Les morceaux de papier qui jonchent le sol et la réplique miniature de l’installation au cœur de l’œuvre, ainsi que la reproduction de la table de l’artiste avec son petit atelier, ses dessins préparatoires et ses outils appuient la sensation du public d’être témoin d’un "travail en cours". Sarah Sze présente un écosystème en perpétuelle transformation sous nos yeux, sans cacher son travail préalable.

Sarah Sze, "Centrifuge", 2017. (© Sarah Sze Studio)

La sculpture est indissociable du lieu : sur les cloisons de l’immense pièce défilent en grand format des images projetées, créant ombres, lumières et dégradés de couleurs. Sarah Sze a monté sa sculpture par rapport à l’architecture de la Fondation Cartier et ses larges façades de verre, signées Jean Nouvel. L’artiste affirme ce lien entre son œuvre et le lieu dans un entretien justement mené par le célèbre architecte :

"C’est avec ces jeux de reflets que vous [Jean Nouvel] avez créés que je veux établir un dialogue. La projection de ce qui est réel ou de ce qui est projeté vient renforcer le sentiment de désorientation : est-ce la lumière d’une voiture qui passe sur le boulevard ? Est-ce l’ombre d’un autre visiteur, présent dans le même espace, ou bien la mienne ? Est-ce la projection d’une vidéo montrant des arbres qui se balancent ou bien s’agit-il des arbres du jardin ? Ces perceptions se confondent et s’entremêlent", détaille Sarah Sze.

De la poésie des étoiles à la banalité du quotidien

Que cette première installation ne nous détourne pas de la seconde, une "peinture présentée en tant qu’objets" qui s’épanouit à même le sol, à plat – à l’exception d’un pendule de Foucault qui oscille au-dessus d’elle, évoquant "avec poésie la rotation cyclique de la Terre, donnant à voir la trajectoire du soleil, les phases de la Lune, le mouvement apparent des étoiles".

Sarah Sze, "Tracing Fallen Sky". (© Lise Lanot/Konbini arts)

Tracing Fallen Sky s’étend sur près de deux mètres de diamètre. Au centre, un cercle est recouvert d’une épaisse couche de sel et de morceaux de roche craquelée. Ici encore, Sarah Sze ne fait pas de secrets quant à son travail de conception. Le pourtour cylindrique de la sculpture est constitué de tous les outils et ingrédients qu’elle a utilisés, mêlant de nouveau pratique et théorie, objet fini et travail en cours, considérations conceptuelles astrophysiques et objets domestiques du quotidien.

Les médiatrices présentes sur place se faisaient un plaisir de raconter chaque œuvre, laissant au public le champ libre de s’imaginer et de ressentir ce qu’il souhaitait. Les œuvres de Sarah Sze interpellent les spectateur·rice·s, sollicitant leurs émotions face à des créations surprenantes et hypnotisantes.

Sarah Sze, "Crescent (Timekeeper)", 2019. (© Geneviève Hanson)

Sarah Sze, "Twice Twilight", 2020. (© Édouard Caupeil)

Sarah Sze, "Images in Debris", 2018. (© Sarah Sze Studio)

Sarah Sze, "Twice Twilight", 2020. (© Luc Boegly)

Sarah Sze, "Centrifuge", 2017. (© Sarah Sze Studio)

Sarah Sze, "Centrifuge", 2017. (© Sarah Sze Studio)

Sarah Sze, "Twice Twilight", 2020. (© Luc Boegly)

Sarah Sze, "Centrifuge", 2017. (© Sarah Sze Studio)

Sarah Sze, "Crescent (Timekeeper)", 2019. (© Geneviève Hanson)

Sarah Sze, "Images in Debris", 2018. (© Sarah Sze Studio)

Sarah Sze, "De nuit en jour", 2020. (© Édouard Caupeil)

Sarah Sze, "Sans titre", 2019. (© Sarah Sze Studio)

Sarah Sze, "Sans titre", 2019. (© Sarah Sze Studio)

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présentera jeudi 15 avril 2021, de 20 heures à 21 heures, une conversation entre Sarah Sze, Anselm Kiefer et Emanuele Coccia, à suivre en ligne.
L’exposition "De nuit en jour" de Sarah Sze présente également
Night Vision 20/20, une œuvre réalité augmentée développée par l’artiste et disponible gratuitement sous la forme d’une application.

Konbini arts, partenaire de la Fondation Cartier.

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