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#MeToo : accusé de harcèlement sexuel, l’artiste belge Jan Fabre sera bientôt jugé

Publié le

par Konbini arts

© Aditya Joshi/Unsplash

"Son principe, c’était 'pas de sexe, pas de solo'."

C’est l’un des grands noms de l’art contemporain : le sculpteur et chorégraphe belge Jan Fabre, soupçonné de "harcèlement sexuel" au sein de sa compagnie de danse et d’un "attentat à la pudeur", sera jugé au printemps 2022 par le tribunal correctionnel d’Anvers.

En septembre 2021, une audience dite d’introduction a fixé les dates du procès, prévu sur deux jours les 25 mars et 1er avril 2022, a annoncé le président du tribunal. Éline Tritsmans, qui défend Jan Fabre, a justifié l’absence de son client, qui attend de pouvoir s’expliquer devant la justice, "pas dans les médias".

"L’image donnée de lui dans les médias ne correspond pas à la réalité, on l’a caricaturé de manière grossière, on s’en expliquera devant le tribunal", a affirmé l’avocate devant des journalistes. L’artiste flamand de 62 ans encourt une peine maximale de cinq ans de prison.

En septembre 2018, dans le sillage du mouvement #MeToo, une vingtaine d’ancien·ne·s collaborateur·rice·s du chorégraphe au sein de sa compagnie Troubleyn, établie à Anvers, s’étaient plaint·e·s d’avoir subi pressions psychologiques, humiliations et même chantage à caractère sexuel.

"Son principe, c’était 'pas de sexe, pas de solo'", avait résumé l’une des cosignataires (des femmes en grande majorité), dans une lettre ouverte publiée par la revue néerlandophone spécialisée rekto:verso. Dans un droit de réponse, l’intéressé avait réfuté en bloc.

"Nous ne forçons personne ici à faire des choses qui sont considérées pour l’un, l’une ou l’autre comme au-delà de ses limites. Je n’ai jamais eu l’intention d’intimider ou de blesser les gens psychologiquement ou sexuellement", avait-il plaidé. Mais trois années d’investigations sous l’autorité de l’Auditorat du travail d’Anvers, une section du parquet spécialisée dans les conflits au travail, ont abouti en juin 2021 à son renvoi devant la justice pénale.

Il sera jugé pour "violence, harcèlement ou harcèlement sexuel au travail" à l’égard de "douze employé·e·s". L’accusation, sans préciser aucune identité, a également retenu l'"attentat à la pudeur" à l’encontre d’une de ces douze personnes. Toutes ces victimes déclarées seront représentées au procès par Christine Mussche.

Parmi les douze personnes figurent les danseuses Geneviève Lagravière et Erna Omarsdottir, des anciennes de Troubleyn. Il y a trois ans, dans la foulée de la lettre ouverte, elles avaient témoigné dans le New York Times sur leurs expériences traumatisantes vécues avec Jan Fabre.

Spectacle annulé

Né à Anvers en décembre 1958, Jan Fabre, à la fois auteur, plasticien et metteur en scène de théâtre, a la réputation depuis les années 1980 d’être un des artistes les plus protéiformes et avant-gardistes de son époque. Célèbre pour ses élytres de scarabées (il en a revêtu tout le plafond de la salle des glaces du Palais royal à Bruxelles), il est aussi connu pour son art de provoquer – des provocations parfois jugées gratuites par le public.

En 2012, il a dû s’excuser à la suite d’une performance montrant un "lancer de chats" à Anvers, qui lui a valu d’être physiquement agressé. Depuis que se profile un procès public, rares sont ceux qui continuent à saluer son travail. Un spectacle de Troubleyn prévu à Charleroi (Belgique francophone) a été annulé après des "pressions et invectives", selon le programmateur.

En outre, un musée anversois a retiré une sculpture de Fabre qu’il exposait depuis vingt ans. Cette affaire rappelle d’autres scandales dans le monde culturel. Un galeriste belge, qui l’expose depuis 1988, continue toutefois de voir en lui "un artiste extraordinaire", "à fond dans son époque".

"Il y a de la violence et de la provocation dans l’œuvre de Fabre, ce sont des moyens, pas des buts en soi. Cet élan vital se retrouve chez Jérôme Bosch et James Ensor", a souligné auprès de l’AFP l’un de ses éditeurs. Seule personne morale, l’Institut belge pour l’égalité des femmes et des hommes est également partie civile dans le dossier.

Konbini arts avec AFP

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