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Pourquoi les statues grecques ont-elles de si petits pénis ?

Publié le

par Anna Finot

© Eye Ubiquitous/Universal Images Group via Getty Images

Ce n’est pas la taille qui compte, de toute façon.

Musclées de la tête aux pieds, affichant des torses et abdos sculptés, les statues grecques ont nourri des idéaux de beauté et des imaginaires d’excellence qui ont perduré au fil des époques, jusqu’à aujourd’hui. Si les Grec·que·s de l’Antiquité accordaient beaucoup d’importance aux corps nus façonnés à la perfection, certain·e·s ont peut-être déjà remarqué la taille minuscule de leur pénis.

Les sculptures classiques de dieux, d’empereurs ou d’athlètes, adoptant toutes une posture d’Apollon viril, et soigneusement taillées dans le marbre, présentent paradoxalement une prédominance nettement moins impressionnante à l’entrejambe. Éloignons tout de suite l’hypothèse selon laquelle les Grecs auraient été moins bien dotés que nos Apollon modernes. Cette représentation d’un petit phallus est un choix esthétique réfléchi et analysé par plusieurs historien·ne·s contemporain·e·s.

Réplique de la statue du David de Michel-Ange, à Nice. (© Eye Ubiquitous/Universal Images Group via Getty Images)

Célébrée dans l’Antiquité, la nudité n’avait rien de sexuelle. Les larges pénis en érection étaient plutôt perçus comme le symbole d’une sexualité exacerbée et animale. Les organes génitaux étaient ainsi représentés en très petit afin de mettre en avant la retenue, la délicatesse et le contrôle de soi du modèle.

Les Grec·que·s voyaient en un petit phallus le signe de la domination de la raison sur le désir, détaille l’historien de l’art Andrew Lear auprès d’Artsy. Pour prouver cette chasteté, synonyme d’intelligence à l’époque, les dieux devaient notamment être représentés avec un sexe au repos et tout petit.

D’ailleurs, comme l’ajoute Andrew Lear, la représentation de gros pénis était réservée aux créatures monstrueuses, aux animaux, aux barbares ou aux esclaves, en d’autres termes, à tous ceux qui faisaient preuve de luxure. Représenter de gros sexes sert finalement à pointer du doigt ceux qui s’abandonnent à la chair et cèdent aux pulsions animales, tandis que les petits sexes appartiennent à ceux qui, illustres, intelligents, adulés, sont beaux comme des dieux…

Leur sex-appeal est ainsi incarné par un "petit pénis flasque qui représentait la maîtrise de soi", selon l’historien. Si cet idéal du petit sexe n’a pas survécu, la musculature de ces statues ressemble toujours aux canons de beauté des hommes tels qu’ils sont vendus dans nos publicités modernes.

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