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Une œuvre qui classait des étudiantes selon leur physique retirée d’un musée à Shanghai

Publié le

par Pauline Allione

© Song Ta

Le projet, qui objectifie le corps féminin, a fait scandale.

Faire un classement des filles en fonction de leur physique, ça nous rappelle nos pires années au collège. Sauf que cette fois, c’est un artiste contemporain, Song Ta, qui s’est lancé dans une telle entreprise. Dans sa vidéo intitulée Campus Flower en chinois et Uglier and Uglier en anglais ("de plus en plus laides"), ce dernier classe pas moins de 5 000 jeunes femmes selon leur physique. Après avoir suscité de vives réactions, le film a finalement été retiré de l’OCT Contemporary Art Terminal (OCAT) de Shanghai, où il était exposé.

Réalisé en 2012, le projet fait défiler durant sept heures les images de milliers d’étudiantes capturées sur un campus universitaire, vraisemblablement à leur insu. Toutes ont été notées, numérotées puis classées "de la plus belle à la plus laide", selon les critères évidemment purement objectifs de l’homme qui les a photographiées.

"Uglier and Uglier", 2012. (© Song Ta)

Ce dernier se serait toutefois fait épauler de trois assistants dans ce vaste projet, qui l’auraient aidé à classer les femmes jugées "moches" selon qu’elles étaient "raisonnablement moches" ou "impardonnablement moches". "Si vous voulez voir la reine du campus, il faudra aller au musée le plus tôt possible. Autrement, à la tombée de la nuit, cet endroit devient un enfer" concluait Song Ta.

L’artiste, qui avait déjà exposé ce même projet en 2013 au Centre d’art contemporain UCCA de Pékin, avait à l’époque déclaré à l’ancienne édition chinoise de Vice : "À la fin, c’était effrayant… C’était des personnes normales, il ne leur manquait pas de bras, d’oreille ou d’œil, mais elles étaient tellement moches que ça mettait les gens mal à l’aise."

"Uglier and Uglier", 2012. (© Song Ta)

Derrière "l’art", le sexisme

Les réactions indignées d’internautes ne se sont pas fait attendre. Face aux commentaires pointant le sexisme et le caractère insultant d’un tel projet et de son exposition dans une prestigieuse institution artistique, l’OCAT a finalement décidé de retirer l’installation de Song Ta et de présenter ses excuses.

"Après avoir reçu des critiques, nous avons réévalué le contenu de cette œuvre ainsi que l’explication de l’artiste. Nous avons trouvé qu’elle était irrespectueuse envers les femmes, et que la façon dont elle avait été tournée présentait des problèmes de violation du droit à l’image", a expliqué l’OCAT sur Weibo, un réseau social chinois.

La galerie, qu’un internaute a accusée de ne "pas savoir discerner l’art moderne de la merde", aurait pourtant pu anticiper les réactions du public. D’autant qu’en 2013, à Pékin, le film avait déjà suscité de vives critiques. Depuis Uglier and Uglier, l’artiste contemporain a néanmoins récidivé avec son projet One Worse Than the Other, dans lequel il faisait défiler une quarantaine de femmes sur un podium à Wuhan, encore une fois par ordre de beauté.

"Uglier and Uglier", 2012. (© Song Ta)

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