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Le viol et l'histoire de la misogynie au cœur d'une exposition puissante signée Laia Abril

Publié le

par Lise Lanot

© Laia Abril/Galerie Les filles du Calvaire

Laia Abril interroge le traitement réservé aux violences faites aux femmes dans la société.

En 2018, Laia Abril lisait avec effroi le jugement de la cour espagnole concernant une affaire de viol en réunion de cinq hommes sur une femme de 18 ans, datant de 2016. Après la requalification du viol en "abus sexuel" par la cour, les cinq agresseurs étaient repartis libres. L’affaire avait choqué le pays et les Espagnol·e·s étaient descendu·e·s en masse dans les rues pour manifester leur désaccord. "Profondément choquée" par cette annonce, l’artiste ibérique a transformé sa colère en une série d’œuvres interrogeant les viols et, surtout, "les échecs de la justice" quant à ces crimes.

Abril s’est attelée à la façon dont le viol est traité de façon institutionnelle, sociale et culturelle. Sa série se présente sous la forme de témoignages, d’installations et de métaphores visuelles, comme des "portraits conceptuels", d’une ceinture de chasteté ou d’une robe blanche rappelant des pratiques de kidnapping de jeunes mariées.

"Ala Kachuu", 2019. (© Laia Abril/Galerie Les filles du Calvaire)

L’artiste souhaite ainsi retracer l’origine des lois et des croyances qui font du viol une violence systémique à travers différentes cultures. Elle s’est notamment intéressée "aux lois qui obligent la victime à épouser son violeur, au viol en tant qu’arme de guerre, à la fausse construction de la virginité".

Un long projet de recherche visuelle

Ce chapitre "Sur le viol" appartient à un projet de recherche visuelle plus large de Laia Abril, intitulé Une histoire de la misogynie, qu’elle a commencé en 2016. Elle y examine les violences faites aux femmes (qu’elles soient physiques ou psychologiques, du mépris au harcèlement) et ce que ces violences disent de la place accordée aux femmes dans la société.

En 2019, elle collaborait notamment avec Le Monde dans le cadre d’une investigation sur cinq féminicides perpétrés à La Réunion cette année-là. Sa série de clichés en noir et blanc, allant de la gendarmerie aux maisons des témoins, est empreinte de sensibilité et dénuée de voyeurisme. C’est en ce sens qu’elle privilégie souvent des natures mortes pour traiter de ces sujets lourds.

"Shrinky Recipe", 2019. (© Laia Abril/Galerie Les filles du Calvaire)

Après une série sur les mythes liés aux menstruations (et les façons dont "les méconnaissances du corps féminin façonnent leur position culturelle"), elle s’est attelée à un "Chapitre de la genèse" sur "l’hystérie de masse" et "le langage de la douleur provoquée par la répression des femmes à travers l’histoire". Son premier chapitre concernait l’avortement "et les répercussions liées à son inaccessibilité".

Ce deuxième volet, sur le viol, fait l’objet d’une exposition au musée Foam, à Amsterdam. Cette exposition invite le public à considérer l’histoire des violences faites aux femmes dans son ensemble, afin de rendre compte de leur enracinement dans les sociétés.

"Chastity Belt", 2019. (© Laia Abril/Galerie Les filles du Calvaire)

L’exposition de Laia Abril "On Rape: A History of Misogyny, Chapter Two" est visible au musée amstellodamois Foam jusqu’au 10 janvier 2021.

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