AccueilInstagram

Des témoignages du racisme vécu dans les musées rassemblés dans un compte Instagram

Publié le

par Lise Lanot

© Kevin Dellandrea/Unsplash

Le compte Instagram Change the Museum veut faire bouger les lignes racistes des institutions muséales américaines.

Depuis sa création, le 16 juin dernier, le compte Instagram Change the Museum réunit près de 15 000 abonné·e·s autour de ses témoignages du racisme ambiant dans les musées et institutions culturelles américaines. Le compte a été créé après les meurtres de George Floyd, Breonna Taylor et Rayshard Brooks et la résurgence du mouvement Black Lives Matter à travers le monde, suivant l’impunité des policiers blancs ayant tué ces citoyen·ne·s noir·e·s.

Change the Museum est tenu par un·e employé·e de musée qui souhaite rester anonyme. Fatigué·e de voir nombre de musées afficher leur soutien au mouvement Black Lives Matter sur les réseaux sociaux sans pour autant concrètement prendre action à l’intérieur de leurs murs, l’auteur·rice du compte a décidé de rassembler des témoignages et de dévoiler le racisme persistant dans les musées.

"Notre équipe étudiante a toujours été le département où il y avait le plus de diversité et le musée adore utiliser ses membres comme des accessoires pour se montrer inclusif. On leur demande souvent de poser pour des photos officielles, mais lorsque l’administration n’est plus dans les parages, c’est comme s’ils étaient invisibles."

Les 160 déclarations publiées à date sur le compte ont été envoyées par des personnes travaillant ou ayant travaillé dans des musées et qui ont directement vécu ou ont été témoins de scènes racistes. D’une côte à l’autre du pays et à travers les musées cités, des points communs surgissent : l’habitude d’entendre des déclarations racistes (sur une texture de cheveux, des origines, etc.) ou cette façon de donner une voix aux personnes racisées seulement dans le cadre d’expositions dédiées aux artistes noir·e·s ou latinx notamment. Le compte a permis d’ouvrir la discussion :

"De multiples conversations avec des collègues à travers les États-Unis m’ont prouvé à quel point les administrations des musées façonnaient des cultures de travail et des lieux publics toxiques et racistes, sans le reconnaître. Il existe un refus d’accepter cette complicité et surtout, un sentiment d’urgence de développer des stratégies, des objectifs et des échéanciers pour combattre le racisme, les inégalités et le colonialisme inhérent aux récits d’histoire de l’art et aux collectionneurs", a déclaré la personne à l’origine de Change the Museum à Hyperallergic.

Le compte donne une voix à celles et ceux que l’on n’écoute pas et vise à modifier les choses à l’échelle même des musées, dans leurs coulisses et pas seulement sur leur devanture numérique. La diffusion de ces témoignages est un appel à plus de diversité dans les équipes hiérarchiques, davantage d’écoute et de personnes de couleur à des postes décisionnaires.

Selon la personne à l’origine du compte Instagram, les ressources humaines des musées "ne protègent pas des individus, mais protègent les institutions pour qui elles travaillent" et "les véritables dirigeants des institutions publiques" sont "les comités majoritairement blancs" qui les financent. Des manifestations physiques aux initiatives numériques, l’amplification des expériences de racisme est nécessaire, afin que pression soit faite sur des institutions parfois archaïques.

"Je suis en contrat dans l’un des plus gros musées d’art des États-Unis. Je travaillais avec une autre employée qui proférait des trucs racistes (et islamophobes) depuis des années, mais son programme éducatif reçoit toujours des financements supplémentaires et elle est renouvelée tous les ans, parce qu’elle s’est liée d’amitié avec certains des plus gros donateurs qui la défendent sans cesse."

"Un des directeurs des ressources humaines du Museum of Modern Art m’a dit un jour que le travail précaire est la seule façon de préserver la fraîcheur et la diversité de l’institution."

"La seule fois que le musée a essayé de faire de la publicité auprès de la communauté latino et a proposé des contenus traduits, c’est lorsqu’on a fait une exposition sur l’art latino… et ils se demandent pourquoi notre public n’est pas assez 'varié'."

"Un jour, j’ai laissé mes cheveux bouclés naturels et ma manager blanche m’a dit que j’étais vraiment une 'belle Latina'. Ensuite, elle et une autre collègue blanche se sont mises à toucher mes cheveux en balançant des mots espagnols au hasard."

À lire également -> La lettre ouverte de Louise Thurin appelle les musées français à s’engager

À voir aussi sur arts :