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Instagram "désolé" après avoir censuré le téton d’une affiche d’Almodóvar

Publié le

par Lise Lanot

Affiche de « Madres Paralelas » de Pedro Almodóvar

Des excuses qui n’ont pas convaincu le réalisateur espagnol, qui a déploré le manque "de cœur et de bon sens" de l’algorithme.

Instagram s’est dit "désolé" mercredi 11 août par la voix de sa maison mère Facebook après le bref retrait de publications partageant l’affiche du prochain film de l’Espagnol Pedro Almodóvar, Madres paralelas, qui montre un mamelon duquel pend une goutte de lait. "Nous avions d’abord retiré plusieurs publications avec cette image pour violation de nos règles sur la nudité", a dit à l’AFP une porte-parole du groupe Facebook.

"Nous faisons toutefois des exceptions afin d’autoriser la nudité dans certains cas, comme lorsqu’il y a un contexte artistique clair. Nous avons donc rétabli les publications partageant l’affiche du film d’Almodóvar sur Instagram, et nous sommes vraiment désolés pour toute confusion", a-t-elle ajouté.

Le retrait des images avait fait polémique sur les réseaux sociaux et les médias en Espagne. "Honte à vous Instagram", avait dénoncé l’auteur de l’affiche, le graphiste espagnol Javier Jaen, en publiant une capture d’écran du réseau social expliquant le retrait de l’image lundi pour non-respect de ses "règles d’utilisation".

Aujourd’hui, jeudi 12 août, Pedro Almodóvar s’est également exprimé via le compte Instagram de l’actrice Penélope Cruz. En quelques lignes, il remercie les internautes et les médias pour avoir "réussi à faire en sorte que les esprits derrière l’algorithme qui décide de ce qui est ou n’est pas obscène et offensant aient fait marche arrière et permettent à l’affiche de circuler librement" :

"Nous devons être vigilants avant que les machines décident de ce que nous pouvons faire et de ce que nous ne pouvons pas faire", a mis en garde le réalisateur, estimant que "quelle que soit la quantité d’informations que possède l’algorithme, il n’aura jamais de cœur ni de bon sens", car "un algorithme n’est pas humain".

Deux poids, deux mesures

Instagram est régulièrement pointé du doigt pour le retrait automatique d’images en application de sa politique rigide concernant la nudité et la "lutte contre la pornographie". Cette politique ne vise que les tétons féminins ainsi que, parfois, les tétons de garçons aux cheveux longs, soit les sujets que l’algorithme considère comme étant féminins.

Si le réseau fait la guerre à la nudité, il encourage toutefois les images dénudées. En juin 2020, Mediapart révélait dans une grande enquête que l’algorithme d’Instagram montrait davantage les photos de personnes (plutôt des femmes, blanches et minces) dénudées :

"Nous avons demandé à 26 volontaires d’installer une extension sur leur navigateur et de suivre une sélection de 37 personnes (dont 14 hommes), issues de douze pays différents. Sur les 2 400 photos analysées entre février et mai, 362, soit 21 %, représentaient des corps dénudés.

Pourtant, ces photos représentaient 30 % de la masse totale des photos montrées. Instagram a refusé de commenter les résultats de notre étude, la jugeant 'imparfaite' ('flawed'). Un constat que nous partageons : à moins de réaliser un audit à grande échelle, toute recherche demeurera 'imparfaite'.

Nos résultats permettent toutefois d’affirmer qu’une photo de femme en sous-vêtements ou maillot de bain est montrée 1,6 fois plus qu’une photo d’elle habillée. Pour un homme, ce taux est de 1,3. Le détail de nos calculs, qui passent le test de signifiance statistique, est consultable sur une page dédiée (en anglais)", expliquaient la statisticienne Kira Schacht et le développeur Édouard Richard, en charge de l’étude.

Des avancées en dents de scie

L’application affirme aujourd’hui que ses règles ont évolué et sont devenues plus "nuancées" pour faire des exceptions en matière de nudité lorsqu’il s’agit par exemple d’allaitement, de nudité lors de manifestations ou dans l’art.

En octobre dernier, la plateforme avait annoncé mettre à jour sa politique sur la nudité, après le tollé suscité par la censure d’une photo dénudée de Nyome Nicholas-Williams, une mannequin noire grande taille. Des nuances bien spécifiques avaient alors été instaurées, telles que l’autorisation de montrer des seins enlacés mais pas "compressés" :

"Nous n’autorisons pas le fait de se compresser les seins car c’est souvent associé à du contenu pornographique, mais nous savons que nous avons commis des erreurs dans la manière dont cela a été appliqué, notamment à l’égard de la communauté grande taille", avait annoncé une porte-parole du réseau social à l’automne dernier.

Le rétablissement de l’affiche de Madres paralelas n’est intervenu qu’après l’exaspération affichée du créateur de l’affiche sur Instagram – ses publications récoltant des milliers de likes et de commentaires. Le téton d’Almodóvar a pu (re)voir la lumière des pixels parce qu’il a été adoubé comme étant "artistique" par l’équipe de la plateforme. Pour Instagram, c’est donc le contexte qui rend acceptable, ou non, la vision d’un téton de femme.

Madres paralelas de Pedro Almodóvar, qui doit sortir le 10 septembre dans les salles espagnoles, ouvrira la 78e édition de la Mostra de Venise (du 1er au 11 septembre 2021), où il sera en compétition.

Avec AFP.

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