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La culture grunge des 90’s célébrée dans un compte Instagram nostalgique

Publié le

par Lise Lanot

Via 1990archives

Pourquoi les jeunes générations exaltent-elles une époque, bien loin des réseaux sociaux, qu’elles n’ont pas connue ?

Sur son compte "1990 archives", Brandon Kent raconte une époque qu’il n’a pas vécue. Âgé de 26 ans, l’Américain a développé une "fascination" pour les années 1990. Fascination qui s’est orientée, au fil du temps, vers sa face grunge. Chaque jour, le jeune homme part à la recherche de photographies célébrant les scènes et coulisses rock et punk de la dernière décennie du XXe siècle.

Cet engouement pour les années 1990 est loin d’être anecdotique, et Brandon Kent n’est pas le seul à glorifier un passé qu’il a à peine connu. Cette nostalgie a permis à son compte de décoller, passant en quelques mois de centaines d’abonné·e·s à plus de 71 000 fans, rapporte Dazed.

L’intérêt pour les époques pré-Internet (les années 2000, 1990, 1980, 1970, 1960) est célébré avec vigueur sur les réseaux sociaux, des tendances mode affichées par Kylie Jenner aux comptes visuels d’artistes et curateur·rice·s tourné·e·s vers le passé. Un paradoxe, au premier abord, en ce qui concerne un mouvement tel que le grunge, qui fustigeait les apparences policées et standardisées prônées par Instagram.

Pour Brandon Kent, cette rencontre de deux mondes représente au contraire une bonne chose, lui qui estime qu'"Instagram permet d’élargir des audiences déjà conséquentes". Il se réjouit de "faire découvrir le grunge" à des générations qui ne le connaissent pas, et de partir en quête "des origines de tant de références actuelles", nous raconte-t-il.

Gare à la mystification à sens unique

Rassemblés, les clichés de Kurt Cobain, Björk ou Chi Cheng (du groupe Deftones) ajoutent une aura quasi mystique aux années 1990. "Quand on se sent attiré par une certaine époque, on a l’impression d’avoir manqué sa tribu, en regardant des photos et des vidéos, on a l’impression qu’on pourrait s’y voir, on se dit : 'Si j’avais été vivant, voilà où j’aurais été'", s’émeut Brandon Kent.

La curation du compte demande à Brandon Kent beaucoup de recherche, afin de poster des images peu connues d’une période aussi célébrée. "Je choisis des images que je vois pour la première fois, je me dis que si c’est nouveau pour moi, ça l’est sûrement pour de nombreuses autres personnes", nous confie-t-il.

Seul obstacle : "Trouver certaines images est très difficile parce qu’il n’y avait pas forcément quelqu’un de présent pour documenter l’instant, ou bien les photos ont été perdues parce qu’elles n’existaient qu’en version physique."

Cela pose forcément un problème de diversité dans les images postées : les mêmes visages (plutôt blancs et masculins) reviennent majoritairement. C’est sans doute pour cela que, s’il avait vécu dans les années 1990, Brandon Kent aime à s’imaginer en train de suivre et documenter le quotidien d’un·e artiste : "Je documenterais le milieu musical, des concerts aux festivals, jusqu’à des moments personnels de l’artiste." Gare cependant, avec ces comptes, à une réécriture de l’histoire au travers d’images.

Son travail quotidien de recherche a affiné son regard et ses goûts. Parmi ses photographes fétiches de l’époque, il cite Kevin Estrada, "une légende" qui lui a offert une photo signée des coulisses du clip "Smells Like Teen Spirit" ; Charles Peterson, "qui a documenté le pic du grunge à Seattle" ; Seana Gavin, connue pour ses photos de free parties ; ou encore Karen Mason, Michael Lavine et Chris Cuffaro. Une liste à rallonge afin d’éclairer sous un nouveau jour des visages qui n’imaginaient sans doute pas devenir les coqueluches des réseaux sociaux.

Vous pouvez retrouver "1990 archives" sur Instagram.

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