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Pourquoi les hipsters finissent-ils par tous se ressembler ? La science a sa petite idée

Publié le

par Pierre Schneidermann

Quand les mathématiques s'intéressent au mainstream et à l'anticonformisme.

Détail de l’affiche du film <em>Dans la peau de John Malkovich. </em>(© United International Pictures)

Combo barbe de bûcheron-bonnet hier, doudoune The North Face mâtinée d’années 1990 : aujourd’hui, l’attirail des hipsters prête souvent le flanc à la caricature pour sa moutonnerie, si bien que le phénomène a retenu l’attention et servi de prétexte à un travail de recherche que l’on doit à Jonathan D. Touboul, professeur associé en mathématiques à l’Université de Brandeis (Massachusetts, États-Unis).

Sa démonstration, intitulée "L’effet hipster : quand les anticonformistes se ressemblent tous", vient d’être actualisée sur la plateforme de prépublication scientifique ArXiv. Le présupposé, un brin caricatural, est le suivant : dans la société humaine, il y a d’un côté les mainstreams, de l’autre, les anticonformistes, aka les hipsters. Utilisant les outils de la statistique mathématique appliqués initialement aux sciences dites "dures", il essaie de trouver des lois de l’un par rapport à l’autre.

On ne va pas se mentir : il faut un sérieux bagage en maths pour comprendre la démonstration agrémentée de dizaines de formules que seuls ses pairs pourront apprécier. Mais les conclusions synthétisées dans l’étude et les éclairages de l’article du MIT Technology Review, ayant repéré la publication, nous permettent d’en dire deux, trois mots compréhensibles.

Ce que dit Jonathan Touboul, avec ses modèles informatiques complexes, c’est que tous les phénomènes anticonformistes ont tendance à se synchroniser sur des échelles de temps variées (hétérogènes). Avec cette maxime principale : "Quand les hipsters sont trop lents à détecter les tendances, ils feront systématiquement le même choix, ils le réaliseront trop tard, et changeront tous en un autre état où ils seront encore tous les mêmes."

Évidemment, ce modèle à deux vitesses est grossier et ne correspond pas à la réalité. Mais l’auteur nous dit que même si l’on introduit des variables supplémentaires dans l’attirail des hipsters, la loi de la synchronisation est confirmée.

Cet acharnement scientifique sur les hipsters n’en est pas un. Cette mise en formule d’un phénomène sociologique pourrait, selon Jonathan Touboul, nous aider à mieux comprendre d’autres phénomènes plus quantifiables, comme les stratégies d’investissement dans la finance, faites elles aussi de mainstream et d’anticonformisme, ou encore même le comportement des cellules nerveuses. Cette étude résonne, de plus, avec une récente anecdote assez drôle.

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