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À Berlin, la mystérieuse dégradation de 70 œuvres d'art en plein jour fait spéculer

Publié le

par Lise Lanot

© Wikipedia Commons

Pour certains, l'attaque serait liée à un complotiste d'extrême droite persuadé qu'un des musées était un "temple satanique".

L’affaire a été tenue secrète pendant près de trois semaines "pour des raisons liées à l’enquête et par égard pour les collectionneurs qui ont prêté les œuvres" endommagées, selon les autorités. Elle n’a pourtant rien d’anodine, il s’agirait même, selon le journal allemand Die Zeit, de "l’une des attaques les plus importantes contre des œuvres d’art et des antiquités de l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre".

Les faits ont eu lieu le 3 octobre dernier, jour célébrant la réunification allemande, sur l’île aux musées de Berlin. Plus de 70 œuvres auraient été visées – dont des sarcophages égyptiens, des sculptures en pierre et des peintures datant du XIXe siècle –, dans trois établissements différents : le Pergamonmuseum, l’Alte Nationalgalerie et le Neues Museum.

Le Pergamonmuseum (ou musée de Pergame). (© Wikipeda Commons)

Une substance huileuse répandue en plein jour

"Des inconnus ont répandu une substance huileuse dans les musées pendant les heures d’ouverture sans que l’on sache encore comment ils s’y sont pris", a précisé un porte-parole de la police judiciaire de Berlin. La substance a laissé des taches visibles sur les œuvres, l’ampleur des dégradations étant variable selon les objets, certaines étant à peine clairement visibles, a expliqué Friederike Seyfried, directrice du département dédié à l’art égyptien au Neues Museum.

"Pour nous, c’est une expérience douloureuse à laquelle nous ne nous attendions pas", a-t-elle regretté, ajoutant qu’il n’était évidemment pas possible de "tout simplement enlever l’huile en l’essuyant" et que les travaux de restauration seraient considérables sans pouvoir pour le moment en chiffrer le coût.

Dans la nuit du vendredi 23 au samedi 24 octobre, une sculpture située sur l’île aux musées était endommagée, sans qu’on sache si les deux affaires étaient liées. L’œuvre, représentant un imposant bol en granit datant du XIXe siècle, a été recouverte de graffitis, certains faisant référence à une équipe de football de la ville, le Herta Berlin, ou au rappeur berlinois Ufo 361, a constaté un journaliste de l’AFP. Aucune de ces inscriptions n’a "de signification politique", selon les autorités. Selon certains journalistes, la piste des vandalismes du 3 octobre pourrait, elle, être plus facilement remontée.

Une attaque liée à un complotiste d’extrême droite ?

Le 20 octobre, le reporter Julius Geiler a partagé sur Twitter son hypothèse qu’Attila Hildmann (un auteur de livres de recettes vegan adepte de théories du complot et revendiqué d’extrême droite) pourrait être l’instigateur de ces attaques. Le conspirationniste, qui est aussi une figure de proue du mouvement "anti-corona" (contre les mesures restrictives prises face au Covid-19) en Allemagne, s’en était pris en septembre au Pergamonmuseum, le plus célèbre du lot, affirmant qu’il abritait "le trône de Satan".

Il aurait appelé à la destruction du musée sur Telegram, persuadé – dans la lignée du mouvement QAnon – que des rituels sataniques dirigés par Angela Merkel y avaient lieu pendant sa fermeture due à la pandémie. Le Guardian rapporte quant à lui qu’Attila Hildmann avait publié sur ses réseaux un article sur les dégradations, ajoutant : "Tout à fait ! C’est le trône de Baal (Satan)."

Carsten Pfohl, un responsable de la police judiciaire, a préféré se distancier des articles de presse suggérant un possible lien avec Attila Hildmann. "Nous ne voulons pas participer à de telles spéculations", a déclaré M. Pohl. "Nous enquêtons dans toutes les directions", a-t-il ajouté.

Konbini arts, avec AFP.

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