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Comment une écrivaine a retrouvé sa collection d’art familiale pillée par les nazis

Publié le

par Lise Lanot

Quatre années d’enquête ont permis à Pauline Baer de Perignon et sa famille de mettre en vente un tableau pillé pendant la guerre.

Comment une écrivaine a retrouvé sa collection d’art familiale pillée par les nazis

© Anna Stills/Getty Images

"Je ne suis pas historienne de l’art, j’ai simplement voulu mener une enquête, policière et sentimentale, sur les traces de ma famille, juive, spoliée", confie Pauline Baer de Perignon dans son premier livre, La Collection disparue. L’autrice y raconte comment elle s’est lancée, pendant près de quatre ans, sur "la trace de [ses] ancêtres" et de la collection de tableaux de son arrière-grand-père, Jules Strauss.

Tout commence lorsqu’un lointain cousin, employé au sein de la maison de vente Sotheby’s, lui indique, via "une liste de tableaux griffonnée", que des "chefs-d’œuvre impressionnistes […] exposés aujourd’hui dans les plus grands musées du monde" auraient un jour appartenu à leur aïeul avant d’être pillés par le régime nazi.

<em>La Collection disparue</em>, de Pauline Baer de Perignon, publié aux éditions Stock en 2021.

Pauline Baer de Perignon, sœur de l’acteur Édouard Baer, affirme que "ces quelques mots notés à la hâte" ont changé sa vie. Cette quête l’a conduite "du Louvre au musée de Dresde, des archives de la Gestapo au ministère de la Culture" afin de résoudre l’énigme de sa famille. Ce faisant, elle a également pris part à la problématique de la restitution des œuvres spoliées aux familles juives par les nazis pendant la guerre.

Son minutieux travail a porté ses fruits. En février 2021, les Collections nationales de Dresde ont restitué à la famille de Jules Strauss une toile signée Nicolas de Largillière, Portrait d’une dame en Pomone, pillée en 1941. Pauline Baer de Perignon était parvenue à "[retracer] précisément le chemin parcouru par le tableau pour prouver qu’il appartenait bien à son aïeul", rapportait alors Connaissance des arts.

Nicolas de Largillière, Portrait d’une dame en Pomone, date inconnue. (© Sotheby’s)

Un an plus tard, ce premier tableau restitué à la famille de Jules Strauss vient d’être vendu aux enchères par Sotheby’s. Estimé entre 1 et 1,5 million de dollars, le portrait est parti pour 1,230 million de dollars. Une somme à partager entre la vingtaine de descendant·e·s du collectionneur juif allemand, précise Artnet.

En moins d’une minute, le tableau était adjugé vendu : soixante secondes clôturant quatre années d’enquête. Pauline Baer de Perignon ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin étant donné l’ampleur de la collection de son arrière-grand-père. Cette restitution et la récente décision (unanime) de l’Assemblée nationale de "restituer quinze œuvres d’art aux ayants droit de familles juives spoliées par les nazis" ne devraient que pousser les musées à continuer de se pencher sur l’origine de leurs collections.

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