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Des dessins inédits révèlent à quoi aurait dû ressembler la statue de la Liberté

Des plans bousculent l'histoire de l'art et révèlent un sujet de désaccord entre Eiffel et Bartholdi.

À la fin de l’année 2018, un collectionneur californien du nom de Barry Lawrence Ruderman mettait la main sur des documents apparemment liés à la statue de la Liberté et provenant de l’atelier de Gustave Eiffel. L’achat lui-même constituait déjà une belle pêche, raconte le Smithsonian Magazine, puisque "seuls deux autres plans d’Eiffel ont survécu au temps" : l’un se trouve à la bibliothèque du Congrès, tandis que l’autre est en France, dans une collection privée.

De retour chez lui, le chanceux collectionneur découvre, à la fin du dossier acquis, une pile de papiers pliés apparemment "trop fragiles pour être ouverts". Avec l’aide d’un restaurateur d’œuvres d’art, Barry Lawrence Ruderman découvre 22 dessins originaux de la statue, annotés par Eiffel, responsable de l’ingénierie de sa structure.

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© Barry Lawrence Ruderman

L’intrigue s’intensifie lorsque Barry Lawrence Ruderman découvre que les plans font état de points de divergence entre Gustave Eiffel, l’ingénieur, et le sculpteur français Frédéric Auguste Bartholdi, créateur de la statue. Certain·e·s historien·ne·s s’en doutaient, c’est maintenant vérifié : Bartholdi n’a pas suivi les plans conçus par Gustave Eiffel.

L’esthète contre l’ingénieur

L’ingénieur, dont le travail consistait à trouver comment faire résister une statue haute de près de 93 mètres aux vents puissants de la baie, avait imaginé une épaule droite volumineuse, surmonté d’un bras à la verticale : "un arrangement structurel solide", assurant sa tenue. En effet, "Lady Liberty" peut osciller d’environ 8 centimètres – le double pour sa torche – lorsque le vent souffle à plus de 80 kilomètres/heure.

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Les plans retrouvés font état des corrections (marquées d’un trait rouge) apportées par Bartholdi ou, en tout cas, par quelqu’un travaillant pour lui. Le sculpteur souhaitait, pour des raisons purement esthétiques, que la statue ait un bras plus fin et davantage orienté vers l’extérieur.

© Barry Lawrence Ruderman

Selon l’historien Edward Berenson, Bartholdi se serait permis ces modifications parce que Gustave Eiffel commençait déjà à travailler sur d’autres projets. Les croquis datent de 1882 et l’ingénieur avait été mis à contribution trois ans plus tôt, en 1879.

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Les volontés esthétiques de Bartholdi, visant à augmenter l’aspect "dramatique" du monument, ont cependant eu des conséquences au fil du temps. Lorsqu’en 1916, un "saboteur allemand fait exploser un dépôt de munition aux alentours" par exemple, le bras droit de la Statue, plus faible, connaît d’importants dommages. L’actuel détenteur de ces plans, qui bousculent l’histoire de l’art, affirme souhaiter les exposer dans un lieu public.

© Barry Lawrence Ruderman

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© Barry Lawrence Ruderman

Par Lise Lanot, publié le 22/04/2020