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L’Assemblée nationale examine la restitution d’œuvres d’art pillées par les nazis

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

L’examen porte sur quinze œuvres dont des peintures de Gustav Klimt et Marc Chagall.

L’Assemblée nationale examine la restitution d’œuvres d’art pillées par les nazis

© Grant Faint/The Image Bank via Getty Images

Un projet de loi portant sur la restitution de quinze œuvres d’art, dont un tableau de Gustav Klimt et un autre de Marc Chagall, aux ayants droit de familles juives spoliées par les nazis sera examiné par l’Assemblée nationale ce 25 janvier. Entrées légalement dans les collections publiques nationales françaises par acquisition, elles relèvent du domaine public mobilier protégé par le principe de l’imprescriptibilité et d’inaliénabilité.

Leur restitution nécessite donc une loi, à la différence des œuvres confiées à la garde des musées nationaux, qui sont restituées par simple décret. Parmi les quinze œuvres se trouve Rosiers sous les arbres de Gustav Klimt, conservée au Musée d’Orsay.

Acquis en 1980 par l’État chez un marchand, ce tableau est le seul du peintre autrichien à appartenir aux collections nationales françaises. Des recherches ont permis de remonter jusqu’à sa propriétaire : l’Autrichienne Eleonore Stiasny, qui l’a cédé lors d’une vente forcée à Vienne en 1938, avant d’être déportée et assassinée.

Onze dessins et une cire conservés au musée du Louvre, au musée d’Orsay et au musée du château de Compiègne, ainsi qu’un tableau d’Utrillo (Carrefour à Sannois) conservé au musée Utrillo-Valadon, font également partie des restitutions envisagées. Un amendement du 13 janvier a ajouté à cette liste un tableau de Chagall, intitulé Le Père, conservé au centre Pompidou de Paris et entré dans les collections nationales en 1988.

L’artiste l’aurait peint entre 1911 et 1912 et s’en serait dessaisi avant la Seconde Guerre mondiale. Le tableau aurait ensuite circulé en Pologne lors du transfert des Juif·ve·s vers le ghetto de Lodz en 1940. Il a été reconnu propriété de David Cender, musicien et luthier polonais juif, immigré en France en 1958.

Le projet de loi a été adopté à l’unanimité en commission des affaires culturelles. S’il est adopté par le Parlement, "il s’agira d’une première étape importante qui amène à réfléchir aux futures restitutions et à l’éventualité d’une loi-cadre", a dit à l’AFP Fabienne Colboc (LREM), sa rapporteure.

Comme pour la restitution des œuvres d’art en provenance du continent africain, une future loi-cadre est difficile à établir en raison de la multiplicité des critères de spoliation, comme leur champ géographique et la période concernée (entre 1933 et 1945).

Ventes forcées, peu de traces

"Beaucoup de familles juives, victimes de mesures antisémites, ont été forcées de vendre leurs biens dès la fin de 1933, en Allemagne. En France, quand la vente a été organisée par le régime de Vichy, beaucoup d’archives demeurent, mais quand il s’agissait de ventes privées, il n’y a pas de traces, les œuvres se sont retrouvées sur le marché de l’art", a souligné David Zivie, responsable de la mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés du ministère de la Culture, lors d’une audition par les sénateur·rice·s.

Cette mission a été créée en 2019 afin d’accélérer les recherches et d’identifier la provenance des œuvres spoliées pour faciliter leur restitution. Depuis 1990, les recherches de ces œuvres se sont beaucoup développées, notamment après le discours de Jacques Chirac en 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv, qui reconnaissait la participation de la France dans l’extermination des Juif·ve·s par les nazis, puis l’accord de Washington en 1998 lorsque 44 pays se sont engagés sur les réparations et la restitution des biens aux familles juives spoliées.

Quelque 100 000 œuvres d’art auraient été saisies en France durant la Seconde Guerre mondiale, selon le ministère de la Culture. 60 000 biens – comprenant des œuvres spoliées mais aussi vendues en France pendant la guerre par des personnes qui n’étaient pas persécutées – ont été retrouvés en Allemagne à la Libération et renvoyés en France. Parmi eux, 45 000 ont été restitués à leurs propriétaires entre 1945 et 1950.

Environ 2 200 ont été sélectionnés et confiés à la garde des musées nationaux et le reste (environ 13 000 objets) a été vendu par l’administration des Domaines au début des années 1950. Les recherches concernant les œuvres spoliées qui appartiendraient aux collections nationales sont en cours.

Konbini arts avec AFP

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