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L’histoire vraie du faussaire ayant dupé un nazi proche d’Hitler a été adaptée en film

Publié le

par Lise Lanot

© Sony Pictures Classics

Retour sur le procès abracadabrantesque d'un faussaire de génie passé à deux doigts de la condamnation à mort.

Après un long procès où il encourait la peine de mort, le néerlandais Han van Meegeren est devenu l’un des faussaires les plus célèbres du XXe siècle. 73 ans après sa mort, sa folle histoire est racontée sur grand écran. Dans The Last Vermeer (réalisé par Dan Friedkin), l’acteur Guy Pearce prête ses traits à cet artiste qui, déçu des mauvaises critiques concernant ses travaux, décida de copier en secret ceux des grands maîtres et de duper expert·e·s et passionné·e·s d’art.

Tout commence pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque Hermann Göring croit faire une bonne affaire. Le Reichsmarschall (le grade le plus élevé du régime nazi), proche d’Hitler, tombe un jour en pâmoison devant une toile de Johannes Vermeer, Le Christ et la parabole de la femme adultère, appartenant à un inconnu, Han van Meegeren. Pour l’acquérir, il se débarrasse d’œuvres pillées faisant partie de sa collection (137 tableaux selon certaines sources, 1 650 000 florins pour d’autres).

Faux créé pour "The Last Vermeer" par James Gemmill, 2020. (© Sony Pictures Classics)

Après 1945, les forces alliées partent à la recherche des criminels de guerre – et des vols qu’ils ont commis – et de quiconque ayant collaboré avec eux. Tombant sur l’énorme collection d’œuvres spoliées d’Hermann Görring, elles ne peuvent passer à côté de la toile du maître néerlandais. Elles parviennent rapidement à remonter jusqu’au vendeur de l’œuvre, Han van Meegeren, accusé de trahison pour avoir vendu un bijou national à un nazi.

Prêt à être condamné à mort, l’homme se défend : il affirme avoir vendu un faux à Göring, l’escroquant lui et, par la même occasion, le régime nazi. Mieux, il rapporte même être l’auteur de cette œuvre – pourtant examinée par des expert·e·s qui en ont attesté l'authenticité.

"The Last Vermeer", de Dan Friedkin, 2020. (© Jack English/Sony Pictures Classics)

Secrets de faussaires d’un siècle à l’autre

Face à la méfiance du tribunal, Han van Meegeren propose de prouver ses dires par la pratique, en créant une nouvelle reproduction devant les yeux du jury – pendant cinq mois – tout en détaillant son mode opératoire :

"Il choisissait pour support de vrais tableaux du XVIIe siècle, dont il nettoyait la surface avec une pierre ponce et de l’eau, en veillant à ne pas en effacer les craquelures, pour déjouer ainsi les pièges de la datation, écarter d’emblée des indices trop immédiatement visibles pour des experts.

Il les bernait ensuite en utilisant les mêmes pigments que Vermeer, le jaune de plomb, par exemple, ou le lapis-lazuli que son prédécesseur employait avec plus de générosité que ses confrères, en dépit de son coût, un excès connu des seuls spécialistes et qui les confondit. Le plus ardu était de faire sécher sa peinture à l’huile, un processus lent qui s’effectue normalement en cinquante ans. Pour l’accélérer, Van Meegeren avait mélangé ses pigments en remplaçant l’huile par de la résine synthétique et avait mis ses toiles à cuire au four, comme des tartes…", rapportait Le Monde en 2005.

"The Last Vermeer", de Dan Friedkin, 2020. (© Jack English/Sony Pictures Classics)

Le film s’attache à mettre en images les talents du faussaire. Pour ce faire, Artnet rapporte qu’une cinquantaine de faux tableaux ont été réalisés par le peintre James Gemmill (habitué aux grandes productions puisqu’il a, entre autres, travaillé sur le film Da Vinci Code) pour donner de la consistance au personnage.

Il ne restait plus qu’à faire croire que ce dernier les peignait devant la caméra. Les secrets du film n’ont rien à envier aux ficelles utilisées par le faussaire au siècle précédent : James Gemmill explique avoir recouvert ses œuvres de peinture à base de craie blanche pour qu’elles aient l’air d’être de simples toiles vierges. En passant un pinceau recouvert d’une substance huileuse, Guy Pierce effaçait cette couche blanche, révélant ainsi le tableau et donnant l’illusion qu’il peignait les tableaux, le tout sans effets spéciaux numériques.

Faux créé pour "The Last Vermeer" par James Gemmill, 2020. (© Sony Pictures Classics)

Des centaines de milliers d’œuvres spoliées

Le long-métrage porte l’attention sur la spoliation massive d’œuvres d’art par le régime nazi, dont les conséquences sont toujours d’actualité. De l’accès au pouvoir d’Hitler en 1933 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont pillé plusieurs centaines de milliers d’œuvres d’art à travers le monde. On estime que ce nombre s’élèverait à au moins 100 000 œuvres, rien qu’en France. Aujourd’hui, certains tableaux retrouvent le chemin de leurs propriétaires, mais un grand nombre est toujours perdu dans la nature.

"The Last Vermeer", de Dan Friedkin, 2020. (© Jack English/Sony Pictures Classics)

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