AccueilPeinture

On en sait plus sur l'homme qui a débusqué un trésor de 2 millions de dollars

Publié le

par Lise Lanot

© Forrest Fern

On connaît l’identité du chanceux et ce qu’il va faire de tout cet oseille.

Après plus de dix ans de recherches effrénées, de drames et de doutes quant à l’existence même du trésor de Forrest Fenn, celui-ci a été trouvé le 6 juin 2020 par un jeune homme qui a d'abord souhaité rester anonyme. Mais pour faire taire les sceptiques, ce dernier a fini par sortir de l’ombre et confirmer qu’il avait bien trouvé le trésor caché après la récession américaine de 2007 par un collectionneur d’art du Nouveau-Mexique plutôt excentrique, Forrest Fenn.

De nombreuses personnes s’étaient lancées dans cette chasse au trésor d’une valeur estimée entre un et deux millions de dollars. "Tout le monde perdait son travail et je voulais donner un peu d’espoir aux gens", expliquait Forrest Fern à la chaîne télé Denver7 en juin dernier. Le collectionneur a vécu juste assez longtemps pour voir son "jeu" prendre fin. En septembre dernier, Forrest Fern est décédé à l’âge de 90 ans, gardant le secret quant à l’identité de son grand gagnant.

Jack Stuef (à gauche) et Forrest Fern (à droite). (Via Jack Stuef)

Le vainqueur s’appelle Jonathan "Jack" Stuef, il est âgé de 32 ans et est originaire du Michigan, rapporte Artnet. Ancien étudiant en médecine, il a annoncé que le trésor allait lui servir à rembourser ses dettes étudiantes.

Jack Stuef ne souhaitait au départ pas communiquer son identité afin d’éviter des hordes de curieux·ses et de jaloux·ses. Forrest Fern lui-même et sa famille avaient subi "des menaces de mort, des violations de leur domicile, des procès frivoles et une tentative potentielle de kidnapping", précise Jack Stuef sur son blog.

Forrest Fenn. (© Forrest Fenn)

Son anonymat n’avait cependant pas protégé Jack Stuef de la déception de ses adversaires. Peu après l’annonce de sa victoire, une agente immobilière originaire de Chicago avait déposé plainte contre lui. Elle affirmait avoir déchiffré l’énigme la première : "Il a volé ma trouvaille. Il m’a suivie et a triché pour arriver au coffre avant moi." C’est semble-t-il à cause de ce procès "sans fondements", selon Jack Stuef, que ce dernier a décidé de sortir de l’anonymat. Depuis sa découverte, il a déclaré avoir "déménagé dans un bâtiment plus sécurisé, avec des gardes et plusieurs niveaux de sécurité". Le trésor serait quant à lui caché "dans un coffre au Nouveau-Mexique", en attendant d’être vendu.

La fin d’une obsession

"Je suis à moitié content, à moitié triste que la chasse soit terminée", avait commenté Forrest Fern lors de la découverte. "Je suis un peu choqué, parce que je l’avais vraiment bien caché et au fil des années, une multitude de gens n’ont jamais pu le trouver."

La cachette devait en effet être particulièrement bien trouvée. Jack Stuef a confié à quel point la quête avait été difficile : "Parfois épuisé, couvert d’égratignures, de morsures, de sueur et de sève, ma gourde vide, je m’asseyais au pied d’un arbre et pleurais de frustration, au milieu de la forêt." Il a avoué être devenu "un peu honteux de [son] obsession pour [le trésor]." "Si je ne l’avais pas trouvé, je me serais senti un peu bête. Peut-être que je ne voulais pas reconnaître l’emprise qu’il avait sur moi", confie-t-il.

Le mystère restera entier

L’heureux gagnant refuse de révéler l’endroit exact où il a trouvé le trésor, afin de préserver le mystère du collectionneur d’art mais aussi d'éviter que le lieu finisse rempli de touristes. Une bague en émeraude, qui manquerait du trésor, pourrait attirer des convoitises, certain·e·s s’imaginant qu’elle aurait été perdue en cours de route.

Le lac Shoshone, le long du chemin de randonnée DeLacey Creek près du parc de Yellowstone, dans le Wyoming. Le trésor de Forrest Fern aurait été caché dans ces environs. (© National Park Service)

Le trésor prend la forme d’un coffre de 19 kilogrammes. La caisse vide, un coffre roman en bronze, coûterait à elle seule 25 000 dollars. À l’intérieur se trouveraient des pièces d’or, "des centaines de pépites d’or, certaines aussi grosses que des œufs de poule, des figurines en pierre de jade, des statues d’animaux précolombiennes en or, des rubis, des émeraudes, des saphirs, des diamants et d’autres choses encore", affirmait le collectionneur d’art.

Après avoir caché son trésor, ce dernier avait partagé un poème de 24 vers, apportant prétendument des indices quant à la localisation du trésor. En 2010, il publiait The Thrill of the Chase, des mémoires contenant le poème et des indices. Bien que débarrassé d’un trésor, Forrest Fenn avait amassé un joli pactole grâce à la vente de ses ouvrages. De nombreuses personnes ont bien sûr douté de l’existence du trésor, imaginant que le vieil homme était un petit malin, qui gagnait de l’argent sur une chimère.

Le poème de Forrest Fenn. (© Forrest Fenn)

Des conséquences dramatiques

Tout le monde n’a pas interrogé avec autant de sang-froid la véracité des dires du vieil homme. Plus de 300 000 personnes auraient même pris part à sa chasse au trésor d’envergure ces dernières années. Celle-ci a tellement été prise au sérieux que certaines personnes auraient quitté leur travail pour se consacrer à sa quête et cinq personnes sont mortes en cherchant le trésor.

En 2017, après déjà deux décès, le chef de la police du Nouveau-Mexique avait supplié Forrest Fern de mettre un terme à cette chasse : "Cela met des vies en danger. Je l’implore d’arrêter cette hérésie. Évidemment, nous aussi, on veut que les gens profitent de la nature du Nouveau-Mexique, mais il faut le faire prudemment. Je pense qu’il a l’obligation de retrouver le trésor, si celui-ci existe."

© Forrest Fenn

"C’est sous la voûte étoilée, dans la végétation luxuriante et boisé des montagnes Rocheuses que je l’avais caché il y a dix ans sans jamais le bouger. Je ne connais pas la personne qui l’a trouvé, mais c’est le poème de mon livre qui l’a mené à l’endroit.

Je félicite les milliers de personnes qui ont participé à cette recherche et j’espère qu’elles continueront d’être attirées par la promesse d’autres découvertes. Donc la quête est terminée", avait écrit Forrest Fern sur son site Internet l’été dernier.

À voir aussi sur arts :