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Oups : un musée serait-il en train d’exposer de faux tableaux de Basquiat ?

Publié le

par Lise Lanot

25 tableaux retrouvés en 2012 en Californie créent des émules dans le petit monde de l’art contemporain.

Oups : un musée serait-il en train d’exposer de faux tableaux de Basquiat ?

© Zak Hussein/Corbis via Getty Images

C’est l’histoire de 25 toiles de Jean-Michel Basquiat gardées cachées pendant une trentaine d’années et aujourd’hui exposées dans un musée floridien, l’Orlando Museum of Art. Les toiles auraient été trouvées en 2012 dans un espace de stockage de Los Angeles appartenant au scénariste, décédé en 2018, Thaddeus Mumford.

Ce dernier les aurait achetées pour 5 000 dollars (soit environ 14 000 dollars aujourd’hui, une somme infime comparée aux montants exorbitants auxquels s’arrachent désormais les œuvres de Basquiat), avant de devoir s’en séparer pour éponger ses dettes, rapporte Hyperallergic.

Sans titre (Autoportrait ou Crown Face II), 1982. (© Orlando Museum of Art)

En 2012, le duo de "chasseurs de trésors" William Force et Lee Mangin serait tombé sur ces œuvres jamais exposées du peintre new-yorkais et les aurait achetées pour 15 000 dollars. Réalisés sur des morceaux de carton de différentes tailles, les travaux dateraient de 1982, lorsque Basquiat vivait chez son ami, le collectionneur et galeriste Larry Gagosian.

L’artiste aurait peint et vendu les œuvres en secret, alors qu’il était supposé les dédier à une exposition organisée par Gagosian. Désormais exposées à Orlando, les peintures font l’objet de débats houleux, certaines voix affirmant qu’elles sont fausses.

Un "scénario hautement improbable" ?

Plusieurs facteurs viennent interroger l’authenticité des œuvres. En premier lieu, le scepticisme de Larry Gagosian lui-même, qui estime que "le scénario de cette histoire [paraît] hautement improbable", tel que le rapporte le New York Times.

De plus, Lindon Leader, un expert interrogé par le Times, affirme que l’un des cartons FedEx utilisé en support n’aurait été commercialisé par l’entreprise états-unienne qu’en 1994 : "[La police du logo] semble être en Univers 67 Bold Condensed. [FedEx] n’utilisait pas Univers en 1982", affirme celui qui a travaillé pour l’identité visuelle de FedEx dans les années 1990.

Ces doutes n’atteignent pas Aaron De Groft, doctorant en histoire de l’art et directeur du musée d’Orlando, qui présente les œuvres dans le cadre de l’exposition "Heroes and Monsters: The Thaddeus Mumford, Jr. Venice Collection".

"Ma réputation est en jeu. Et je n’ai absolument aucun doute sur le fait que ce sont des Basquiat." Des certificats d’authenticité ont été délivrés ces dernières années, par des graphologues notamment, qui affirment que les signatures correspondent bien à celle du peintre.

Pour le moment, et malgré le vent qui gronde, les œuvres sont toujours exposées à Orlando et l’équipe du musée aurait reçu pour ordre de ne pas s’exprimer sur le sujet. En attendant qu’un statu quo finisse peut-être par être émis, la cote de Jean-Michel Basquiat n’en finit pas de s’alourdir sur le marché de l’art.

Fin mai, l’AFP rapportait que le collectionneur d’art et milliardaire japonais Yusaku Maezawa s’était séparé d’un "tableau monumental de l’Américain Jean-Michel Basquiat pour 85 millions de dollars, raflant une plus-value de près de 28 millions de dollars". Pas étonnant qu’autant de personnes s’attachent à l’espoir que les 25 tableaux d’Orlando soient vrais.

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