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Un ballet en réalité virtuelle célèbre les œuvres du peintre Toulouse-Lautrec

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Henri de Toulouse-Lautrec

Casque de réalité virtuelle sur la tête, le public est invité à chavirer avec des danseuses étoiles.

"On va vous donner la possibilité de vous immerger au milieu de l’action, pour quelque chose que vous n’avez jamais vu !" Le chorégraphe Kader Belarbi s’offre "une première mondiale" en introduisant la réalité virtuelle dans Toulouse-Lautrec, son nouveau ballet.

Avec ce spectacle d’ouverture de saison au théâtre du Capitole de Toulouse, ayant lieu jusqu’au 23 octobre 2021, l’ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris innove avec une technologie de pointe "qui permettra au [public] de se projeter sur scène" en coiffant un casque.

"On rajoute une 'annexe' au spectacle. C’est un surplus qui apporte un nouveau regard. Celui du peintre", explique Kader Belarbi, qui dirige le Ballet de l’Opéra de Toulouse depuis une dizaine d’années. "Toulouse-Lautrec, c’est une création qui a été repoussée au premier confinement, puis au deuxième confinement. Mais ces reports ont permis de poser quelque chose de plus consistant."

Kader Belarbi confesse qu’avant la danse, la peinture est sa première passion. Durant le temps suspendu par la pandémie, il a beaucoup dessiné pour peaufiner sa création sur la vie et l’œuvre du peintre albigeois, qui incarnait "l’âme de Montmartre".

Immersion dans l’intime

"La peinture et la danse sont deux arts reliés. Le parti pris, c’est de dire la couleur, c’est la femme, le noir et blanc, c’est le cercle des hommes", explique-t-il. À chacune des six représentations prévues au Capitole, une cinquantaine de spectateur·rice·s peuvent visionner une dizaine de scènes de deux minutes en 3D au moyen de casques de réalité virtuelle, "où c’est Lautrec qui regarde".

Le public peut ainsi bondir "au milieu de la scène", parmi les danseuses, croisant leur regard, s’illusionnant d’une complicité inédite. "La proximité offerte avec la réalité virtuelle est vraiment parallèle à ce qu’a vécu le peintre", souligne le chef de ballet.

Trois scènes de VR "se détachent du spectacle" et proposent "une immersion" dans les coulisses avec les danseuses, ou dans le décor feutré d’une maison close. "Nous avons capté une image à 360 degrés avec huit caméras plus une au 'ciel'. Ensuite, on fait de la 'couture' [en postproduction, ndlr] de façon que chaque séquence de VR crée une 'sphère' [d’images] autour du [public]", explique Luc Riolon, l’un des maîtres français du documentaire sur la danse.

L’euphorie du cancan

"Quand on filme la danse, on a toujours envie d’aller au plus près des danseurs. Ici, on transforme le [public] en voyeur exactement comme l’était Toulouse-Lautrec", lance le réalisateur. Cette complexité technologique n’a pas déstabilisé la danseuse étoile Natalia de Froberville : "Avec la réalité virtuelle, on fait juste plus attention à l’espace", dit-elle, expliquant qu’il faut veiller à ne pas sortir du champ de chacune des caméras.

"Le cancan, c’est nouveau pour moi. C’est le feu ! C’est champagne !", dit l’étoile russe qui joue Jane Avril, icône du cancan et du Moulin rouge "que l’on appelait encore 'Jane la Folle' ou 'La Mélinite'", s’amuse-t-elle. De cette expérience, la danseuse classique retient "l’émotion du spectacle vivant", évoque l’univers de Lautrec, les couleurs fauves des perruques, l’érotisme des robes de cabarets et des dessous chics magnifiés par le costumier Olivier Bériot.

Ce spectacle plonge le ballet dans l’énergie de la Belle Époque sur les rythmes endiablés du cancan et de la java. Avec cette technologie de l’image au service de l’émotion, quelques spectateur·rice·s peuvent entrer dans l’intimité du peintre. Une prouesse rendue possible grâce à "la caméra Z CAM V1, la seule en Europe. Une autre est dans la station spatiale avec Thomas Pesquet", précise le réalisateur Luc Riolon.

Konbini arts avec AFP

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