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Un musée israélien dans la tourmente à cause de la censure d’une œuvre

Publié le

par Lise Lanot

En réaction à cette censure, une quarantaine des artistes exposés ont demandé le retrait de leurs œuvres.

Un musée israélien dans la tourmente à cause de la censure d’une œuvre

© Eric Park via Unsplash

Dans le cadre de sa nouvelle exposition "The Institution", le Ramat Gan Museum of Israeli Art présentait une soixantaine d’œuvres d’artistes israélien·ne·s. L’une d’elles, réalisée par David Reeb en 1997, est au cœur d’une affaire de censure qui a forcé le musée à fermer ses portes.

La peinture en question, intitulée Jérusalem, est une toile noire et blanche séparée en quatre parties rectangulaires. Sur deux d’entre elles figure un homme "ultraorthodoxe priant au Mur des Lamentations", tel que le décrit The Times of Israel. Sur les deux autres se répondent les expressions, écrites en hébreu : "Jérusalem d’or" ("une expression courante faisant référence à la capitale") et "Jérusalem de merde".

Carmel Shama-Hacohen, maire de la petite ville située dans la banlieue de Jérusalem, a jugé que l’œuvre n’avait pas sa place dans le musée et a demandé son retrait. Sur son profil Facebook, il a affirmé que "l’œuvre humiliante" et "injurieuse et raciste" ne serait plus exposée dans le musée.

La sentence aurait été approuvée par le tribunal de Tel-Aviv, qui aurait jugé qu’enlever l’œuvre "était totalement légal", selon les termes du maire. Il semblerait cependant que le tribunal ait également affirmé qu’il n’était pas nécessaire d’enlever la toile jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé, rapporte Hyperallergic.

David Reeb a regretté la décision du maire, qu’il voit comme un "coup politique". Auprès d’Hyperallergic, il a rappelé que la peinture ne faisait pas preuve d’irrespect envers les "Juifs religieux", mais qu’elle traitait de "l’instrumentalisation et la sentimentalisation de l’attachement juif au Mur des Lamentations dans le but de justifier l’occupation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie". David Reeb affirme ne pas avoir été prévenu du retrait de son œuvre par le musée.

Un boycott collectif

Contre cette censure et en soutien à David Reeb, les artistes exposé·e·s dans le musée ont commencé par dissimuler leurs œuvres derrière de grands tissus noirs. Dans une lettre commune envoyée au maire, 43 des cinquante artistes exposé·e·s ont ensuite "[exigé] le retrait immédiat de [leurs] œuvres de l’exposition". "Ce qui signifie que le musée resterait pratiquement vide", précise The Times of Israel.

"La liberté d’expression a été gravement atteinte, l’exposition est devenue fondamentalement défaillante et notre environnement de travail en tant qu’artistes est devenu dangereux et menacé", ont déclaré la quarantaine d’artistes.

Face au boycott des artistes, le directeur du musée a fini par fermer les portes du lieu. Il espère que les artistes acceptent de "continuer à exposer leurs œuvres tout en manifestant leur protestation, leur colère et leur volonté d’influencer l’opinion publique", sans boycott : "Cela ne nous aiderait pas, ni le monde de l’art."

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