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Une exposition dédiée à Georg Baselitz, "peintre monstrueux", a ouvert ses portes

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Czechatz/ullstein bild via Getty Images

Il est connu pour ses corps déchirés par la guerre, vibrant de présence amoureuse ou de vieillesse, et ses paysages torturés.

Gigantesque, déformée, à l’envers, et comme expulsée d’un sombre vortex de matière et de couleurs : l’œuvre de l’Allemand Georg Baselitz, artiste contemporain majeur, fait l’objet de la plus vaste rétrospective jamais organisée dans le monde à ce jour, au Centre Pompidou de Paris jusqu’au 7 mars 2022.

Six décennies de création d’un peintre, dessinateur, graveur, sculpteur, né en 1938 dans l’Allemagne nazie à la veille de la Seconde Guerre mondiale et qui a grandi au milieu des ruines, puis sous le régime totalitaire de la République démocratique allemande (RDA, ex-Allemagne de l’Est).

De son vrai nom Hans-Georg Kern, l’artiste a adopté en 1961 le pseudonyme qu’on lui connaît en référence à son village natal, et a développé, très jeune, "une résistance au monde", explique-t-il dans un entretien à l’AFP. Il "a lutté, sa vie durant, contre les idéologies en cherchant dans l’histoire de l’art et les lectures, des complices", ajoute Bernard Blistène, commissaire de l’exposition avec Pamela Sticht.

Oscillant entre figuration, abstraction et approche conceptuelle, remplies de rappels à Goya, Picabia, Cranach, Courbet ou encore Schiele, Nolde, Soutine, De Kooning, Georg Baselitz joue de toutes les techniques sur très grands formats.

"Je suis un peintre monstrueux"

Ses corps déchirés, déformés par la guerre, vibrant de présence amoureuse ou ceux, plus évanescents, de l’âge mûr, ses paysages torturés, ses dessins, gravures et imposantes sculptures, volontairement inachevées, frappent le public qui les observe comme un violent coup de poing en plein plexus.

"L’émotion est toujours la porte d’entrée", déclare Georg Baselitz. "Les artistes devraient […] détester tout ce qui est officiel, transgresser tous les interdits, être méfiants, incrédules", ajoute celui qui quitta Berlin-Est pour sa partie occidentale en 1957. Il avait été décrété "immature socio-culturel" par ses professeurs d’art pour s’être inspiré de Picasso.

"Je suis un peintre monstrueux", dit-il avec sincérité mêlée d’ironie, assis devant Les Filles d’Olmo II, à dominance jaune vif et turquoise, et représentant deux femmes nues à vélo, la tête en bas, sa marque de fabrique depuis 1969 qui vise à affirmer la primauté du regard sur le sujet.

"Il y a une peinture linéaire et des peintres avec des lignes multiples. Moi, j’ai suivi beaucoup de lignes parce que je n’étais pas certain d’être sur le bon chemin […]. Je continue, ça marche bien", poursuit l’artiste, qui se réjouit de pouvoir encore peindre "deux à trois heures par jour, seulement par terre, plus rapidement qu’avant et avec plus de précision".

Un parcours chronologique met en lumière les périodes les plus marquantes de son œuvre : de ses premières peintures, empreintes de sa passion pour Antonin Artaud ou Edvard Munch, dont certaines furent confisquées en 1963 à Berlin-Ouest pour leur "caractère pornographique", à son violent manifeste Pandemonium s’appuyant sur les Chants de Maldoror, de sa série Héros (à la fin des années 1960) à ses peintures au doigt (dans les années 1970), aux "tableaux-fractures" et "tableaux russes".

L’exposition retrace aussi les années 1980 et la notoriété qui s’envole avec sa première sculpture pour la Biennale de Venise : un immense personnage à moitié couché levant le bras et la paume de la main vers le ciel en référence à l’art du continent africain, immédiatement associé à l’époque par la presse et le public allemands au salut hitlérien.

Son couple et la vieillesse, une source d’inspiration

Après la chute du mur de Berlin, en 1989, Baselitz replonge dans ses souvenirs, revisite ses propres œuvres et sans cesse son couple, avec son épouse, Elke. Ses œuvres les plus récentes évoquent les corps qui vieillissent, avec une épure et un éclat rappelant celui des icônes orthodoxes, comme Or par-dessus-dessous.

"Et celui avec les bas ? J’en suis très fier !", lance-t-il : une toile dans les verts et bruns clairs, peinte à l’huile en 2020, représentant le couple, tête en bas et jambes recouvertes de vrais bas nylon collés sur la toile.

"C’est vraiment incroyable", dit-il, en évoquant la France qui lui a déjà consacré nombre d’expositions et lui offre cette rétrospective sans égale. "Je ne lui ai rien donné, je n’ai que reçu", ajoute-t-il avec émotion. Fait chevalier de la Légion d’honneur en 2012, il a été élu en 2019 membre associé étranger à l’Académie française des Beaux-Arts.

Konbini arts avec AFP

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