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Une galerie dans la tourmente pour avoir exposé de potentiels faux tableaux de Basquiat

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

La galerie nie les accusations portées à son égard.

Le 17 septembre dernier ouvrait la galerie Volcano à Nuits-Saint-Georges, en Bourgogne. Elle inaugurait son lancement avec une exposition présentant 35 peintures "inédites" (mais non signées) de Jean-Michel Basquiat. Suite à la médiatisation autour de cet événement, un internaute s’est manifesté pour émettre un doute concernant l’authenticité des œuvres.

"Tous les dessins sont faux. J’ai prévenu l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC), j’ai fait un signalement à la gendarmerie de Nuits-Saint-Georges ainsi qu’à la famille de Jean-Michel Basquiat. Ce sont de grossières imitations, j’ai envoyé un mail à la galerie Volcano, ils ont pris les choses à la légère", a raconté Richard Rodriguez, le collectionneur qui a lancé l’alerte. En effet, le trait semble plus "maladroit" et les œuvres exposées ont été réalisées sur du papier à carreaux arraché d’un carnet alors que l’artiste créait toujours sur des papiers plus épais afin d’éviter de les déchirer.

© André Morin

Selon France 3, Rodriguez a également précisé que cette exposition portait un "grave préjudice" à l’artiste et qu’il était peu probable que ces œuvres – même si elles s’avèrent authentiques – soient inédites : "On ne peut pas imaginer qu’une enveloppe d’une trentaine de dessins ait pu être retrouvée comme ça !"

Le lanceur d’alerte est connu du milieu de l’art : en 1994, il doutait de l’authenticité de trois œuvres du roi de New York, présentées par la galerie Templon à la Fiac. Templon le poursuit alors en justice pour diffamation mais perd son propre procès puisque les tableaux se sont avérés faux.

La galerie réfute

L’association Artefact Mundi (co-organisatrice de l’exposition) et la galerie réfutent le doute émis par le collectionneur d’art. Les deux considèrent que Rodriguez n’est pas "représentatif d’une autorité compétente […] et ne cherche qu’à attirer l’attention", à "alimenter une polémique". Ces tableaux proviendraient à l’origine de la collection privée de Danny Rosen, ami new-yorkais du peintre underground, dont certains auraient été vendus à un collectionneur de Bourgogne et à un autre de New York. Artefact Mundi en aurait acquis entre-temps.

© Nordine Zidoun

Artefact Mundi assure qu’elle a fait toutes les démarches nécessaires pour s’assurer du caractère inédit et authentique des peintures exposées. L’organisme cite entre autres l’expert Enrico Navarra, qui aurait validé les tableaux de Basquiat avant son décès, en juin dernier.

De son côté, le fils d’Enrico Navarra, Doriano, a été contacté par France 3 pour vérifier cette information. Sa réponse conteste la version des faits donnée par la galerie : "Nous nous sommes toujours refusés à expertiser ou authentifier une œuvre de Jean-Michel Basquiat. Ce n’est pas la vocation de notre galerie. C’est du ressort du comité Basquiat et de ses héritiers. Il est notoire que nous ne donnons jamais d’avis sur ces questions."

La galerie Volcano n’a pas voulu donner suite aux appels et relances d’expert·e·s du monde de l’art (comme Nordine Zidoun, à qui on aurait raccroché au nez) ou de spécialistes de Basquiat. Le doute continue donc de planer jusqu’à ce que l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels termine son enquête. 

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