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Les œuvres mystérieuses de Verena Loewensberg, figure de l’art concret, sont exposées

Publié le

par Pauline Allione

Le MAMCO de Genève met à l’honneur la peintre zurichoise dont les toiles chromatiques restent entourées de mystère.

Les œuvres mystérieuses de Verena Loewensberg, figure de l’art concret, sont exposées

© Verena Loewensberg

Figure incontournable de l’art concret en Suisse, Verena Loewensberg est l’autrice d’une œuvre aussi prolifique qu’énigmatique. Ce printemps, une centaine des quelque 630 tableaux qu’elle a signés est exposée au MAMCO, le musée d’art moderne et contemporain de Genève.

Dans l’enceinte des murs de cette ancienne usine désaffectée, rien ne reste figé. Le musée, ouvert en 1994 à la demande d’un groupe de collectionneurs, mise sur un renouveau à chaque saison, avec des expositions temporaires liées par un thème global. Jusqu’au 19 juin 2022, c’est donc l’art concret, dernier mouvement moderne en Suisse, qui occupe l’ancien espace industriel.

Verena Loewensberg. (© Annik Wetter)

Éléments plastiques et géométrie

Apparu en Europe dans l’entre-deux-guerres, l’art concret a dominé le paysage artistique suisse jusque dans les années 1960, où il s’est progressivement fait plus discret au profit d’autres courants internationaux, dont le pop art et l’art conceptuel. Ses caractéristiques : un langage géométrique, fait de formes, de surfaces et de couleurs, et organisé sur le motif de la grille. Autant d’éléments bien connus de l’artiste zurichoise Verena Loewensberg, qui s’illustre comme une figure du mouvement en Suisse.

Née en 1912 et disparue en 1986, la peintre suit un cursus à la Gewerbeschule de Bâle, l’école des arts et métiers où elle étudie le dessin, le textile et la théorie des couleurs, avant de se faire une place dans l’avant-garde artistique nationale et d’intégrer le très privé cercle des Concrets zurichois. Aux côtés de l’artiste Max Bill dont elle est l’amie proche, de Camille Graeser et de Richard-Paul Lohse, Verena Loewensberg se trouve être la seule femme à porter ce langage moderne.

Verena Loewensberg. (©Annik Wetter)

De la structuration à l’éclatement de la grille

La partie de l’exposition qui lui est consacrée, et qui s’étale sur un étage, se veut un panorama non exhaustif de son œuvre. Verena Loewensberg s’éloigne progressivement des tableaux clairement concrets du début de sa carrière pour prendre des libertés. Inspirée de Mondrian et de Georges Vantongerloo, qu’elle rencontre via le groupe Abstraction-Création à Paris, l’artiste éclate petit à petit les canons esthétiques de l’art concret pour s’approprier cet héritage moderne.

Elle joue avec les couleurs, atomise la linéarité des formes géométriques et explore la répétition. Pour autant, impossible de connaître les intentions de l’artiste : très discrète au cours de sa carrière, son œuvre ne reste interprétable qu’au travers des hypothèses d’historien·ne·s de l’art.

Verena Loewensberg. (© Annik Wetter)

Comme de nombreux⸱ses artistes concrets, Verena Loewensberg fait un passage dans le milieu du graphisme, où elle vend des motifs à l’industrie textile locale. Autant de trésors de l’époque dont il est aujourd’hui difficile de retrouver la trace, puisque les compagnies industrielles achetaient la propriété des motifs aux artistes.

Organisée autour de l’évolution de la peintre, l’exposition n’omet pas la musique, qui a tenu une large place dans sa vie, et dont l’influence se retrouve jusque dans ses toiles structurées et chromatiques. Verena Loewensberg a en effet tenu un magasin de disques dans les années 1960, à Zurich, avant de se consacrer pleinement à ses toiles. Spoiler : un jukebox central permet de regarder ses tableaux sur un fond de jazz.

Verena Loewensberg. (© Annik Wetter)

Verena Loewensberg. (© Annik Wetter)

L’exposition du MAMCO, visible jusqu’au 19 juin 2022, fait également un focus sur le pionnier brésilien de l’art concret Geraldo de Barros, la minimaliste états-unienne Jo Baer et la sculptrice Jackie Winsor. On y retrouve aussi l’artiste Dennis Oppenheim et le sculpteur espagnol Ángeles Marco.

Konbini arts, partenaire du MAMCO.

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