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3 policiers virés pour leur photo imitant la mort d’un homme noir par étranglement

Publié le

par Lise Lanot

© Aurora Police Department

L'image recrée l'étranglement d'Elijah McClain, jeune homme noir tué à 23 ans par des policiers blancs.

Le 30 août 2019 à Aurora, dans un hôpital du Colorado, le jeune Elijah McClain succombait à ses blessures infligées par trois policiers blancs sept jours auparavant. Le jeune homme noir avait été étranglé et maintenu à terre par les policiers avant que ne lui soient administrés par un secouriste 500 mg de kétamine, une dose bien trop importante pour son poids.

En même temps que tant d’autres cas de personnes noires tuées par des policier·e·s blanc·he·s, le mouvement Black Lives Matter réclame toujours que justice soit faite. Près d’un an après les faits, aucun des trois policiers n’a été inquiété pour meurtre ; ils ont simplement été affectés à un autre secteur.

Si l’affaire a récemment connu un sursaut, c’est parce que des photos de policier·e·s, du même commissariat, parodiant l’étranglement en question ont été rendues publiques. Les images ont été prises alors qu’un service mémoriel avait lieu en l’honneur d’Elijah McClain, le 20 octobre dernier. On y voit trois officiers de police d’Aurora, tout sourire, simulant la technique d’étranglement infligée au jeune homme deux mois auparavant.

Erica Marrero, Jaron Jones et Kyle Dittrich se sont pris en photo le 20 octobre 2019, lors d’une cérémonie en l’honneur d’Elijah McClain, rapporte le département de police d’Aurora. (© Aurora Police Department)

Selon USA Today, les auteur·rice·s de la photo avaient envoyé cette dernière à un groupe de collègues, dont Jason Rosenblatt, un des responsables de la mort d’Elijah McClain. Jason Rosenblatt aurait répondu "HaHa" à la réception de la photo, rapporte Vanessa Wilson, qui assure l’intérim de la direction du département de police d’Aurora.

La directrice a annoncé il y a quelques jours que deux des officiers à l’origine de l’image (qu’elle qualifie de "dérangeante") venaient d’être viré·e·s. Le troisième a démissionné de lui-même et il semble que Jason Rosenblatt ait également été viré pour sa réponse – mais pas pour avoir été impliqué dans la mort du jeune homme, soulignons-le. La justice a donc mieux été rendue pour des images que pour la mort d’un homme.

"Un crime contre l’humanité et la décence"

Au nom de son département, Vanessa Wilson a déclaré : "Nous avons honte, nous sommes écœurés et nous sommes en colère. Ces officiers n’ont peut-être pas commis de crimes mais ces photos sont un crime contre l’humanité et la décence."

Bien que les images aient été prises à l’automne, la policière a affirmé n’en avoir pris connaissance que le 25 juin dernier lorsqu’un officier s’en est plaint auprès d’elle. "Une enquête a rapidement été lancée" une fois les images rendues publiques, précise USA Today – notamment après qu’une pétition en la mémoire d’Elijah McClain a rassemblé plus de 3 millions de signatures.

"Le fait que trois officiers, en service et en uniforme, aient pensé qu’il était convenable de rejouer un meurtre sous forme de blague prouve que le département est pourri jusqu’à la moelle", a déclaré Mari Newman, l’avocate de la famille McClain. La durée de l’enquête, neuf jours, a suscité l’indignation du syndicat des officiers, habitué aux mois que prennent habituellement ces affaires internes.

Pour rappel des faits, Elijah McClain a subi un étranglement de la part des policiers à cause d’un coup de téléphone passé par un voisin qui le trouvait "suspect" à cause de la cagoule qu’il portait, bien qu’il ait précisé que le jeune homme ne semblait pas porter d’arme. Il a plus tard été affirmé que le jeune homme portait souvent des cagoules parce qu’il avait constamment froid à cause de son anémie.

Les caméras des policiers montrent "plus de trois heures pendant lesquelles Elijah McClain est maintenu au sol, en train de vomir, de hoqueter et de répéter qu’il ne peut pas respirer". Les secours ont été appelés pour le "calmer". C’est là que 500 mg de kétamine lui ont été administrés. Dans l’ambulance, Elijah McClain ne respirait déjà plus et n’avait plus de pouls. Sa mort cérébrale a été déclarée trois jours plus tard et il a été débranché des machines qui le maintenaient en vie le 30 août. C’est avec une impunité totale que, deux mois plus tard, les trois officiers riaient de cette mort prématurée et causée par leurs collègues.

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