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Comment cette image a fait passer un simple photographe pour un supporter de Donald Trump

Publié le

par Lise Lanot

Capture d’écran CNN (© Win McNamee)

Plus qu'une erreur sur la personne, l'image raconte les dessous du rallye de Donald Trump et du monde politique.

Le photographe indépendant Mike Brooks a eu la surprise de voir son visage illustrer nombre d’articles sur le premier rallye de campagne organisé par Donald Trump depuis le début de l’épidémie du Covid-19. La photo donnait l’impression qu’il était supporter alors qu’il venait simplement documenter l’événement pour un journal texan. Cette erreur sur la personne illustre le déroulement du rallye et la volonté de l’équipe présidentielle de ne pas montrer toute la vérité.

Ce rallye avait lieu samedi 20 juin, à Tulsa, dans l’Oklahoma. Il a fait couler beaucoup d’encre à cause du très faible nombre de personnes présentes. L’équipe du président s’était préparée à faire salle comble (avec plus de 19 000 participant·e·s). Pourtant, seules 6 200 personnes y auraient assisté, cela notamment grâce à une action menée par les utilisateur·rice·s de TikTok, qui se sont mis·es d’accord pour acheter le plus de places possible sans y aller.

La photo de Mike Brooks, prise par Win McNamee, a illustré de nombreux articles rapportant la maigre foule du rallye présidentiel : <em>"Une foule plus petite que prévu arrive au compte-gouttes au premier rallye de Trump depuis le début de la pandémie"</em>, décrit <em>CNN</em>. Un ami lui envoie la capture d’écran en lui demandant : "C’est toi ?" (Capture d’écran de Mike Brooks)

Pour illustrer ce maigre public, de nombreux sites ont choisi d’illustrer leurs articles avec des images de supporters entouré·e·s de sièges vides. Une fois rentré chez lui, Mike Brooks a eu la surprise de voir une photographie de lui proliférer sur les médias. L’image a été prise alors qu’il attendait que le rallye commence, assis seul dans une tribune haute. En légende de l’image prise par Win McNamee apparaissait la phrase suivante : "Un supporter de Trump assis seul." Mensonge.

De son côté, Mike Brooks immortalisait un homme, plus ou moins dans la même situation, sauf que celui-ci avait une casquette rouge "Make America Great Again" vissée sur le crâne. Win McNamee aurait également pris cet homme en photo, pourtant, c’est celle montrant le photographe qui s’est retrouvée en une de nombreux journaux nationaux.

Le supporter à la casquette rouge immortalisé par Mike Brooks – ainsi que par Win McNamee. (© Mike Brooks)

Le pouvoir des images : une menace

Plus le temps passait, rapporte Mike Brooks sur PetaPixel, plus il devenait évident que l’information principale à retenir du rallye était le faible nombre de ses participant·e·s. C’est pour cela qu’une femme de l’équipe de communication du président guettait les potentiel·le·s photographes. Elle est venue le voir pour lui demander s’il faisait partie de la presse : "Comme je n’étais pas accrédité, j’ai répondu que non. Il est clair qu’ils étaient déçus et s’attendaient à une assistance plus large."

L’équipe a interdit au photographe d’accéder au parterre de la salle, là où un plan d’ensemble de tous les sièges vides était possible : "Il y avait pourtant plein de places mais on m’a répondu qu’ils ne laissaient plus personne passer." Dans l’impossibilité de documenter avec justesse le vide de ce rallye, les deux photographes ont fait le même choix de s’intéresser aux tribunes hautes, moins remplies.

Forcé de contourner l’interdiction de l’équipe présidentielle, Win McNamee a transformé un simple photographe en supporter de Trump. Cette interdiction illustre bien la façon dont le pouvoir peut se sentir menacé par la force de portée des images – prouvant ainsi la nécessité d’une documentation juste. Mike Brooks confie avoir raconté cette erreur sur la personne, non pas pour s’en plaindre, mais pour raconter les dessous de la photographie politique.

Captures d’écran de Mike Brooks.

L’image de Mike Brooks prise par Win McNamee a été utilisée par de nombreux sites d’informations américains. (Capture d’écran de Mike Brooks)

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