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Des déplacés de Syrie aux Ouïghours, le Prix Bayeux a révélé ses photos gagnantes de 2020

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Anas Alkharboutli/DPA

Des reportages photo bouleversants ont été récompensés par ce prix consacré au photojournalisme.

La 27e édition du Prix Bayeux des correspondant·e·s de guerre a récompensé, ce week-end, un reportage sur les civil·e·s déplacé·e·s de Syrie, réalisé pour Arte, en catégorie Grand format, et un sujet sur les Ouïghour·e·s, en Chine, pour la BBC, primé en Télévision format court.

Le Grand prix, toutes catégories confondues, a été attribué à un reportage sur les millions de civil·e·s syrien·ne·s venant d’anciens bastions de l’opposition et coincé·e·s dans la région d’Idlib, au nord-ouest du pays, entre la frontière turque fermée et les offensives du régime et de son allié russe, a estimé le président du jury international Ed Vulliamy, grand reporter irlandais pour le Guardian et The Observer, interrogé par l’AFP.

Lauréat du prix du jury international. Province de Nangarhar, Afghanistan, 11 décembre 2019. Un groupe de combattants talibans déjeune dans une cachette dans une partie reculée du district de Khogiani. (© Lorenzo Tugnoli/The Washington Post/Contrasto)

"C’est traité à travers le regard d’un journaliste syrien qui revient dans son pays et celui d’une femme musulmane", une humanitaire, a-t-il précisé. Ce reporter syrien "parle pour les centaines de millions de personnes dans le monde qui ne savent pas si elles vont un jour revoir leur famille, leur maison", a-t-il insisté pendant la cérémonie de remise des prix.

Dans la région d’Idlib, "il y a quatre millions de civils aujourd’hui", a précisé à l’AFP Suzanne Allant, qui signe avec Yamaan Khatib et Fadi Al-Halabi ce reportage intitulé Syrie, dans le piège d’Idlib. "Ils manquent de tout, de logements, de nourriture, de soins car les hôpitaux ont été bombardés", a-t-elle ajouté lors de la cérémonie.

Lauréat du prix Jeune reporter. 11 janvier 2020, Syrie, Idlib. Kenana Yassin, 6 ans, reçoit des soins après avoir été blessée avec trois membres de sa famille, lors d'une frappe aérienne du gouvernement syrien sur la province d'Idlib, tenue par les rebelles. (© Anas Alkharboutli/DPA)

Particularité : Suzanne Allant ne s’est pas rendue en Syrie, mais a piloté à distance les prises de vue et les interviews sur le terrain. C’est la première fois qu’un film réalisé dans ces conditions est ainsi récompensé en 27 ans d’existence du Prix, a-t-il été souligné lors de la cérémonie. "Dans le film, on voit que dans une guerre, il se passe plein de choses qui n’ont rien à voir avec la guerre, comme se mettre à chanter" par exemple, a souligné Ed Vulliamy.

Le jury était partagé à parité entre ce reportage et Yémen : à marche forcée d’Olivier Jobard (Magnéto Presse) pour Arte et France24, qui remporte finalement le prix de l’image vidéo. Ed Vulliamy a tranché, après avoir consulté de grands noms du reportage international, et voté une seconde fois pour Dans le piège d’Idlib, a-t-il expliqué lors de la cérémonie.

Lauréat du prix "Regard des jeunes de 15 ans". Suzane Valverde prend dans ses bras sa mère âgée de 85 ans, Carmelita Valverde, à travers un rideau en plastique transparent, dans une maison de retraite de São Paulo, au Brésil, le 13 juin 2020, en pleine nouvelle épidémie de Covid-19. (© Nelson Almeida/AFP)

L’autre reportage majeur de ce palmarès s’intitule Les Familles ouïghoures, signé John Sudworth et Wang Xiping pour la BBC. Il décroche le prix en Télévision format court. "C’est un reportage fantastique, très coûteux, réalisé à la fois depuis la Turquie, le Kazakhstan et la Chine [...] sur l’abomination" d’enfants ouïghour·e·s privé·e·s de leurs parents par la Chine, a expliqué le président du jury à l’AFP.

"Éradication de l’identité"

"C’est un des sujets majeurs de notre siècle, avec les atteintes à l’environnement, à savoir l’éradication des populations indigènes. Ici, l’éradication par la Chine de l’identité d’enfants [ouïghour·e·s] remplacée par une identité repoussante monoculturelle, marxiste-léniniste", poursuit-il. Cela montre "une Chine qui est le pire du capitalisme et le pire du communisme, et qu’on n’aurait pas laissé faire sous la guerre froide. Mais aujourd’hui, c’est l’argent qui compte et rien n’est fait", déplore Ed Vulliamy.

Finaliste. Des manifestants pro-démocratie confrontent la police tandis qu'elle leur lance des canons à eau et du gaz lacrymogène, devant le siège du gouvernement de Hong Kong, le 15 septembre 2019. (© Isaac Lawrence/AFP)

En radio, le prix consacre Sonia Ghezali et Wahlah Shahzaïb, pour leur reportage pour RFI, Afghanistan : après l’attaque de la maternité de MSF. "C’est un reportage magnifique, avec un réel sentiment d’être sur place et une vraie bande son d’ambiance", a souligné Ed Vulliamy.

En photo, le prix du jury international récompense The Longuest War ("La guerre la plus longue"), consacré aux Talibans en Afghanistan, de Lorenzo Tugnoli de l’agence italienne Contrasto, pour le Washington Post. "Avoir accès aux Talibans est incroyablement difficile. Et esthétiquement", le reportage évoque Le Caravage, a encore souligné le président du jury.

Finaliste. Des feuilles recouvrent le visage d'un réfugié rohingya âgé de 11 mois, Abdul Aziz, après que son corps a été amené à sa famille au camp de Balukhali, à côté de Cox's Bazar, au Bangladesh. L'enfant est décédé quelques heures avant cette photo, le 4 décembre 2017. Adbul Aziz, dont la famille a migré en Birmanie deux mois avant, est mort dans une clinique locale après avoir souffert d'une toux sévère et de fièvre pendant dix jours, d'après sa mère. (© Damir Sagolj/Reuters)

En presse écrite, le prix est attribué à Allan Kaval, du Monde, pour Dans le nord-est de la Syrie, la mort lente des prisonniers djihadistes. Ce reportage remporte également le prix presse écrite Ouest-France. Le journaliste était samedi hospitalisé, à Paris, après avoir été assez grièvement blessé au Haut-Karabakh.

Le prix du public a été attribué à Anthony Wallace de l’AFP pour un reportage photo intitulé Hong Kong, une révolte populaire. L’autre point d’orgue de cette 27e édition a été, selon Ed Vulliamy, l’hommage rendu jeudi au Mémorial des reporters de guerre de Bayeux par la directrice de la photo de l’AFP, Marielle Eudes, au vidéaste yéménite qui collaborait avec l’Agence, Nabil Hasan al-Quaety, 34 ans. Ce père de jeunes enfants a été tué en juin dernier.

Finaliste. Notre escorte, bienvenue en territoire taliban. Une partie du Wardak au sud de Kaboul est totalement administrée par les Talibans. (© Véronique de Viguerie)

Finaliste. Une foule scande des slogans ("Révolution civile !") tandis qu'un jeune homme récite un poème sur la révolution, illuminé par des smartphones, avant que l'opposition ouvre un dialogue avec les gens de Khartoum, le 19 juin 2019. (© Yasuyoshi Chiba/AFP)

Lauréat du prix du public. Des manifestants pro-démocratie déploient des lettres éclairées par LED disant "Libérez Hong Kong", tandis qu’ils forment une chaîne humaine en brandissant la torche de leur téléphone et des lasers sur le site de Lion Rock qui surplombe la ville, le 13 septembre 2019. (© Anthony Wallace/AFP)

Finaliste. Une enfant au milieu de femmes de djihadistes rassemblées dans le désert par les Kurdes. (© Don McCullin)

Finaliste. Un soldat du gouvernement tire avec sa carabine M1 datée, contre les Khmers rouges, depuis un "trou de renard", Kien Svay, route 1, août 1973. (© Roland Neveu/VII)

Finaliste. Alep, Syrie, novembre 2012. Des combattants de la Free Syrian Army sur le front. Avec un accès limité aux armes, les rebelles de la FSA produisent leurs propres armes. (© Nicole Tung)

Finaliste. À l'ouest de Mossoul, Irak, novembre 2018. Des écolières arrivent dans leur nouvelle école, récemment construite. Comme beaucoup d'étudiantes, c'est la première fois depuis plusieurs années qu'elles peuvent retourner à l'école. (© Nicole Tung)

Finaliste. Tripoli, Libye, 17 février 2020. Un combattant du Government of National Accord (GNA) cherche de quoi se protéger des snipers de la LNA. Les Libyens célèbrent le 9e anniversaire de la révolution contre le leader libyen Muammar Kadhafi qui a éclaté le 17 février 2011. La Libye souffre depuis de guerres civiles et de conflits armés. (© Amru Salahuddien)

Finaliste. Libye, Tripoli, 17 janvier 2020. Mohammed, venant du Mali, vit en Libye depuis 2015 et veut retourner dans son pays, mais pour le moment, il n'a pas assez d'argent. Il est arrivé en Libye dans l'espoir d'échapper à la guerre et de trouver du travail pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Depuis qu'il est en Libye, il a trouvé du travail auprès de la municipalité, mais à cause de son salaire bas, il est contraint de ramasser des métaux dans une déchèterie à l'entrée de la ville pour se faire un peu d'argent. Un kilogramme de métal vaut un dinar. (© Giulio Piscitelli)

Finaliste. Irak. (© Damir Sagolj/Reuters)

Avec AFP.

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