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Des portraits de criminels revenant sur le lieu de leur délit pour affronter le passé

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© David Goldblatt/Steidl

Durant 8 ans, David Goldblatt a photographié des criminels pour tenter de comprendre pourquoi ils ont basculé.

De 2008 à 2016, au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, David Goldblatt a mené un projet auprès d’ex-délinquant·e·s. Confronté à la violence et aux inégalités dans son propre pays, le photographe sud-africain (décédé en 2018) a dédié une série à ces ex-criminel·le·s qui ont vu leur vie basculer du jour au lendemain. Cette série fait aujourd’hui l’objet d’un ouvrage en édition limitée, intitulé Ex Offenders at the Scene of Crime, publié par Steidl. 

L’envie de réaliser une série sur ce sujet complexe vient d’une "simple observation" de Goldblatt, détaille la maison d’édition, sur le fait "que la plupart de ses confrères sud-africains, peu importe leur race et leur milieu social, sont victimes de crime violent régulièrement". En rencontrant agresseur·se·s et délinquant·e·s, le photographe se posait les questions suivantes : "Qui es-tu ? Es-tu un monstre ? Es-tu une personne ordinaire – si cela existe ? Comment en es-tu venu à agir ainsi ? À quoi ressemble ta vie ? Est-ce que cela pourrait être mon enfant ? Ou moi ?" 

David Goldblatt, "Ex Offenders at the Scene of Crime", Afrique du Sud et Royaume-Uni, 2008-2016. (© 2018 The David Goldblatt Legacy Trust for the photographs/Steidl)

Derrière ses portraits brisant tous préjugés le photographe défend une volonté d’humanisation de ces personnes qui ont le droit à une seconde chance, celle de ne pas subir toute leur vie – pour certain·e·s – une erreur de jeunesse une fois leur peine purgée. Goldblatt les a donc photographié·e·s sur leur scène de crime ou d’arrestation, afin de leur faire revivre leur délit et affronter leur passé douloureux.

Comme souvent, quand vous écoutez l’histoire ou la vie de quelqu’un, cela approfondit votre empathie et votre compréhension. C’est comme ça que mon père abordait son travail : "J’ai besoin de comprendre ça", et il y allait et prenait des photos.

Pour la plupart, [Goldblatt] sentait qu’ils avaient saisi ou apprécié l’opportunité d’être écouté pour raconter leur histoire. Son processus n’était pas critique… Il était juste intéressé par ce que les gens lui disaient. [...] L’appareil photo est un outil physique et un processus psychologique et esthétique pour percer à jour ce qu’il cherchait à gratter", écrit Brenda, la fille du photographe, dans le livre, en précisant que les modèles étaient souvent très ému·e·s lors des entretiens. 

Chaque image s’accompagne d’un témoignage de la personne photographiée, comme une tribune cathartique pour raconter son expérience et ses remords, sans jugement. En échange de chaque portrait en noir et blanc, Goldblatt payait le modèle et une partie des bénéfices perçus dans le cadre de son projet allait à des associations de réinsertion sociale.

David Goldblatt, "Ex Offenders at the Scene of Crime", Afrique du Sud et Royaume-Uni, 2008-2016. (© 2018 The David Goldblatt Legacy Trust for the photographs/Steidl)

David Goldblatt, "Ex Offenders at the Scene of Crime", Afrique du Sud et Royaume-Uni, 2008-2016. (© 2018 The David Goldblatt Legacy Trust for the photographs/Steidl)

David Goldblatt, "Ex Offenders at the Scene of Crime", Afrique du Sud et Royaume-Uni, 2008-2016. (© 2018 The David Goldblatt Legacy Trust for the photographs/Steidl)

David Goldblatt, "Ex Offenders at the Scene of Crime", Afrique du Sud et Royaume-Uni, 2008-2016. (© 2018 The David Goldblatt Legacy Trust for the photographs/Steidl)

Couverture du livre "Ex Offenders at the Scene of Crime" de David Goldblatt, publié aux éditions Steidl.

L’ouvrage Ex Offenders at the Scene of Crime de David Goldblatt est disponible aux éditions Steidl.

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