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La photo du "policier en flammes" était en réalité une illusion

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Anne-Christine Poujoulat/AFP

Tout est une question d'angle. Retour sur une photo qui a fait couler beaucoup d'encre ce week-end.

Lors de la manifestation parisienne contre la loi "sécurité globale", une photo a largement été diffusée samedi sur les réseaux sociaux et dans les médias. Elle montre un policier derrière une boule de flammes, donnant lieu à des interprétations contradictoires. Travaillant pour l’AFP, la photographe Anne-Christine Poujoulat explique que l’image a été saisie lors d’une scène "extrêmement furtive".

La photo a été prise sur l’avenue Gambetta, où se sont déroulées certaines des échauffourées ayant eu lieu à la manifestation. Elle montre des "membres des brigades de répression de l’action violente" (BRAV), repliés contre un mur sur un trottoir et "encerclés par un feu", tel que l’indiquait la légende qui l’accompagnait.

Le souci de l’angle

L’un des policiers a la moitié de son corps cachée par une boule de flammes, à travers laquelle on distingue son bouclier. Les interprétations vont bon train et les médias relayent alors l’image d’un "policier en feu". "Il n’est pas en feu, il a reçu un projectile qui s’est enflammé, et dont il s’est protégé", se remémore l’autrice du cliché, Anne-Christine Poujoulat.

"Cela a été extrêmement furtif. J’ai eu l’impression qu’il y avait quelque chose qui arrivait des airs au niveau de leurs jambes (des policiers), c’est pour cela que j’ai pris la photo. J’ai vu des flammes très furtivement, je ne pensais même pas les avoir à l’image", ajoute la photographe.

Une vidéo publiée sur Twitter par le journaliste indépendant Clément Lanot illustre la même scène sous un autre angle pour démentir les spéculations : on y voit un projectile exploser devant les forces de l’ordre, les flammes apparaissant brièvement à l’image.

Peu après 16 heures, l’AFP a envoyé une alerte sur les "sérieux incidents" constatés par ses journalistes sur place : voitures incendiées, vitrines endommagées par des casseurs… Dans la foulée, la cellule réseaux sociaux de l’agence a tweeté cette alerte, l’illustrant de trois photos, dont le cliché controversé, qui peut donner l’impression que le policier est la proie de flammes.

Des internautes ont alors accusé l’AFP de minimiser la portée des "incidents" ou au contraire de chercher à manipuler l’opinion. D’autres encore, comme le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI), se sont indigné·e·s de voir un "policier en feu".

Le député et le sénateur Les Républicains, Éric Ciotti et Bruno Retailleau, ont quant à eux fait part de la "honte" qu’ils avaient éprouvée à la vue de cette image. "On n’aurait pas dû diffuser sur Twitter cette photo sans sa légende", sans "la contextualiser davantage", regrette le rédacteur en chef investigation numérique de l’AFP, Grégoire Lemarchand, récusant toute volonté de "manipulation". "Quand on fait une erreur [factuelle], on fait une correction, mais là il n’y en avait pas", note-t-il toutefois, l’AFP n’ayant pas écrit que ce policier était la proie de flammes.

Avec AFP.

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