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La révolution soudanaise explorée dans une expo photo coup de poing

Publié le

par Lise Lanot

© Muhammad Salah

L’expo collective présente la jeune génération de photographes qui a documenté et résisté lors du soulèvement de Khartoum.

Aux Rencontres photographiques d’Arles, l’exposition "Thawra ! ثورة Révolution ! Soudan, histoire d’un soulèvement" s’ouvre sur une chronologie de l’histoire du pays, avant de mettre en images l’année 2019 et le soulèvement qui tint la nation debout à Khartoum, la capitale, et dans le reste du pays. Les travaux de huit photographes âgé·e·s de 19 à 30 ans (Ahmed Ano, Suha Barakat, Saad Eltinay, Eythar Gubara, Metche Jaafar, Duha Mohammed, Ula Osman, Muhammad Salah) et d’une cinéaste (Hind Meddeb) sont rassemblés afin de montrer, de l’intérieur, l’histoire d’une révolte jeune, populaire et endurante.

Les images exposées montrent la révolution sous des angles variés. D’abord, les premières manifestations, commencées le 19 décembre 2018, contre la vie chère et la crise économique du pays, suivies par des mois de l'"un des plus grands sit-in démocratiques de l’histoire" et de désobéissance civile demandant le départ d’Omar el-Béchir, au pouvoir depuis trente ans. Le 11 avril 2019, enfin, l’ancien militaire se faisait renverser par l’armée lors d’un coup d’État.

Des civils escaladent d’énormes panneaux publicitaires pour crier : "Liberté, paix et justice." Sit-in, quartier général militaire, Khartoum, le 19 avril 2019. (© Ahmed Ano)

C’est l’effervescence de ces jeunes générations de Soudanaises et Soudanais exigeant justice et liberté qui est célébrée par les artistes exposé·e·s. Est notamment mise en avant la "ville dans la ville", formée le long du quartier général des forces armées et baptisée Al Qiyadah ("le commandement", en version francophone), où avait lieu le sit-in, ses débats et l’explosion d’une scène artistique nouvelle.

"Malgré le risque de se faire arrêter et torturer par la police politique du régime, pendant cinq mois, les Soudanais descendent par milliers dans la rue. Portée par le désir de documenter la résistance et la répression, une nouvelle génération de photographes se distingue. Ils ont entre 19 et 30 ans, diffusent leurs images sur les réseaux sociaux, et sont à la fois acteurs et observateurs de ce moment historique", précise Hind Meddeb aux côtés des commissaires de l’exposition, Duha Mohammed et Juliette Agnel.

Qu’il s’agisse de photos de foules ou de portraits individuels, les images rassemblées témoignent de la force inébranlable du collectif réuni à Khartoum en 2019. La photographie y est montrée comme un acte puissant, documentaire, politique et résistant.

Un manifestant dont l’inscription au dos de la chemise signifie : "Un révolutionnaire de Kalakla, que la dictature tombe !" Il se tient sur la ligne ferroviaire centrale de Khartoum, qui faisait partie de la zone de sit-in du QG de l’armée. Khartoum, Soudan, 13 avril 2019. (© Muhammad Salah)

Une jeune fille regarde si la route est dégagée par la police et les services secrets afin que les manifestants puissent quitter sa maison en toute sécurité. El-Abaseya, Omdurman, février 2019. (© Metche Jaafar)

"Les martyrs ne sont pas morts, ils vivent dans le cœur des révolutionnaires !"(Photogramme du film de Hind Meddeb)

Sit-in à Khartoum, 14 avril 2019. (© Muhammad Salah)

Les Rencontres photographiques d’Arles, où est présentée l’exposition "Thawra ! ثورة Révolution ! Soudan, histoire d’un soulèvement", ont lieu jusqu’au 26 septembre 2021.

Konbini arts, partenaire des Rencontres photographiques d’Arles 2021.

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