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Les "larmes de sirènes" des océans du monde entier documentées par Samuel Bollendorff

Publié le

par Lise Lanot

Samuel Bollendorff met en lumière les microparticules de plastique présentes dans les mers et océans qui nous entourent dans une série photo éprouvante.

Les "larmes de sirènes" des océans du monde entier documentées par Samuel Bollendorff

© Samuel Bollendorff/Agence Vu

Alors qu’il faisait le "tour de la Terre" pour Contaminations, un précédent projet consacré aux "lieux contaminés pour des siècles", Samuel Bollendorff rejoint l’équipage du navire Tara, embarqué pour une mission scientifique sur les océans. Traversant le "continent de plastique", situé dans l’océan Pacifique Nord, entre Hawaï et l’Oregon, il s’attend à découvrir "des tombereaux de plastique", mais, là-bas, la réalité est toute autre.

"Ces déchets, quand ils arrivent avec le courant, le soleil, le vent, les vagues, ils se fragmentent en des milliards et des milliards de petits morceaux microscopiques, pas plus grand qu’un grain de riz", décrit le photographe. Imperceptibles sur le calme des eaux, ces particules sont ingérées par les poissons qui les confondent avec du plancton. Leurs estomacs finissent gorgés de ce plastique qui les fait mourir de faim.

Les larmes de sirènes, océan Pacifique. (© Samuel Bollendorff/Agence Vu)

Face à ces catastrophes, Samuel Bollendorff a l’idée d’une nouvelle série, qu’il intitule Les larmes de sirènes, d’après une expression "d’une poésie catastrophique", qui fait référence aux "toutes petites billes de plastique qui servent de matière première pour produire le plastique […] et qu’on retrouve même en mer, alors qu’elles ne devraient se trouver qu’en tout début de production."

Le photographe est conscient qu’une énième série sur les animaux victimes du réchauffement climatique et de la pollution ne changera pas les consciences : "On connaît déjà les photos des tortues qui s’étouffent avec du plastique, des ours polaires sur leur petit bout de banquise, mais ça ne parle pas parce que ça paraît lointain. Il faut montrer que c’est aussi à côté de nous que ça se passe, dans les mers qu’on côtoie tous les jours."

Les larmes de sirènes, mer Méditerranée. (© Samuel Bollendorff/Agence Vu)

Samuel Bollendorff décide alors de "constituer un portrait des mers de notre planète" en montrant le désastre de la pollution plastique : "L’océan est merveilleux, magnifique à regarder, mais quand on passe un filet, on retrouve des particules de plastique absolument partout. Il n’y a pas eu un seul prélèvement [réalisé par l’équipe Tara] qui ne contenait pas de plastique."

Sidéré par ces "paysages magnifiques" qui ne paraissent pas "impropres à la vie humaine" au premier coup d’œil, il fait "dialoguer les images de la beauté ordinaire de paysages maritimes, l’océan Pacifique, la Méditerranée, l’Atlantique, la Manche avec les échantillons prélevés aux mêmes endroits par les scientifiques de la fondation Tara Océan".

Les larmes de sirènes. (© Samuel Bollendorff/Agence Vu)

L’enjeu, énonce Samuel Bollendorff, est de "prendre la mesure de l’immensité de cette pollution" : "Il faut agir de façon drastique, un mégot, c’est 500 litres d’eau contaminée. Nous déversons l'équivalent d'un camion benne par minute dans les océans. L’Europe est le deuxième continent le plus pollueur du monde, il ne faut pas croire que le problème, c’est les autres."

La solution, affirme l’artiste, est avant toute chose d'"arrêter le plastique à usage unique". "Il faut qu’on sache d’où vient le plastique qu’on utilise, qu’on sache où il va, qu’on le garde. Pour l’instant, on n’a pas de plastique biodégradable qui soit pérenne."

"Je fais ces expos pour sensibiliser l’opinion", ajoute Samuel Bollendorff. "Seule l’opinion fera plier les lobbys, les entreprises, les gouvernements. C’est un scandale, ces logos sur les canettes qui nous demandent de les jeter à la poubelle, comme si c’était de notre faute. Ce qu’il faut, c’est obliger les grosses entreprises à arrêter de nous emballer de plastique."

Les larmes de sirènes, mer du Nord. (© Samuel Bollendorff/Agence Vu)

Les larmes de sirènes, Océan Pacifique. (© Samuel Bollendorff/Agence Vu)

Jour 5 de la traversée du Pacifique Nord de Honolulu (Hawaï) à Portland (Oregon) à travers le Great Pacifique Garbage Patch, connu en Français sous le nom de Continent de plastique. Les larmes de sirènes, Océan Pacifique. (© Samuel Bollendorff/Agence Vu)

Vous pouvez retrouver le travail de Samuel Bollendorff sur son site. Sa série Les larmes de sirènes sera exposée à Banyuls-sur-Mer à partir du 25 juin et pendant tout l’été 2022.

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