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3 séries photo touchantes sur le deuil et la révolte de Samuel Fosso

Publié le

par Lise Lanot

© Samuel Fosso/Musée du quai Branly Jacques Chirac

Dans ses autoportraits, Samuel Fosso touche des cordes sensibles.

Le travail de Samuel Fosso est traversé par un élan vital introspectif et interrogatif vis-à-vis du monde. Celui qui a commencé la photographie à l’âge de 13 ans n’a cessé de se transformer face à son objectif afin de mettre en avant son histoire personnelle, celle de ses ancêtres et des figures sociales et politiques qui ont marqué le monde.

La Maison européenne de la photographie expose actuellement une grande rétrospective du travail de l’artiste camerouno-nigérian. S’y succèdent les multiples dimensions qui composent sa carrière, entamée en 1975, dédiée à l’art de l’autoportrait. Mêlant sans cesse la petite histoire et la grande, Samuel Fosso traite de sujets lourds, tels que le deuil et la révolte. La preuve par trois.

Samuel Fosso, Autoportrait tiré de la série <em>African Spirits</em>, 2008. (© Samuel Fosso/musée du Quai-Branly Jacques Chirac)

Mémoire d’un ami, 1997

En 1997, un ami de Samuel Fosso, Tala, se faisait assassiner par la milice armée centrafricaine de Bangui. Tala mourait lors d’une rafle, pendant que "Samuel Fosso se [cachait] chez lui pour [y] échapper", rapporte la MEP. Afin de rendre hommage à son ami et d’exorciser sa peine, le photographe réalise Mémoire d’un ami, série dans laquelle il imagine "ce qu’a pu être la dernière nuit de Tala".

Comme toujours avec le travail de Samuel Fosso, la série dépasse l’histoire personnelle pour traiter de problématiques plus larges, politiques et sociales. Les images mises en scène en noir et blanc, assez anxiogènes, lui permettent de révéler au monde les crimes commis en République centrafricaine dans les années 1990. "La guerre a été une constante dans ma vie, et la série Mémoire d’un ami est, d’une certaine façon, un moyen de ne jamais l’oublier", décrit le photographe.

Samuel Fosso, Autoportrait tiré de la série <em>Mémoire d’un ami</em>, 2000.<br>(© Samuel Fosso/Jean-Marc Patras)

Allonzenfans, 2013

En 2013, Samuel Fosso réalise Allonzenfans, un projet sur "une partie de l’histoire militaire de la France encore amplement méconnue : l’enrôlement d’hommes issus de ses colonies d’Afrique de l’ouest, pour combattre à ses côtés pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale".

Le photographe a choisi de présenter sa cinquantaine d’autoportraits sous forme de diptyques : à gauche, un uniforme de la Première guerre ; à droite, un uniforme de la Seconde. Sur chaque image, Samuel Fosso pose en pied, sur fond blanc, le regard fixe et l’expression grave. En soutenant ainsi le regard de son public, il met la France face à son passé colonial mais aussi son présent postcolonial. Il interroge les liens entre les continents africain et européen, entre diasporas et pays dits "d’accueil".

Samuel Fosso, Autoportrait tiré de la série <em>Allonzenfans</em>, 2013. (© Samuel Fosso/Jean-Marc Patras)

African Spirits, 2008

L’art de l’autoportrait permet à Samuel Fosso de faire dialoguer l’universel et le particulier. Dans African Spirits, il se transforme en "figures emblématiques du mouvement de décolonisation et d’indépendance sur le continent africain et du mouvement des droits civiques et de la lutte contre la discrimination aux États-Unis". On retrouve, entre autres, Martin Luther King, Malcolm X, Angela Davis, Patrice Lumumba et Mohamed Ali.

Ces mises en scène honorent ces quatorze grandes personnalités historiques tout en symbolisant l’importance qu’elles ont eue et continuent d’avoir à l’échelle du monde et de l’individu. Lorsqu’il se prend en photo, Samuel Fosso n’attire pas les projecteurs sur Samuel Fosso. Au contraire, il déconstruit la notion même d’identité : "La photo est pour moi une façon d’échapper à moi-même pour rejoindre les autres", affirme-t-il.

Samuel Fosso, Autoportrait tiré de la série <em>African Spirits</em>, 2008. (© Samuel Fosso/musée du Quai-Branly Jacques Chirac)

L'exposition sur le travail de Samuel Fosso est visible à la Maison européenne de la photographie (Paris) jusqu’au 13 mars 2022.

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