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Les photos de tournage du film La Haine font l’objet d’un beau livre

Publié le

par Sabyl Ghoussoub

© Gilles Favier

25 ans après La Haine, le photographe Gilles Favier publie ses souvenirs de tournage aux côtés de Vinz et Saïd.

1993. Makomé M’Bowolé, Zaïrois de 17 ans, est tué d’une balle dans la tête par un policier lors de sa garde à vue dans le 18e arrondissement de Paris. C’est de cette affaire que Mathieu Kassovitz va s’inspirer pour écrire son deuxième long-métrage La Haine, sorti en 1995, qu’on ne se lasse pas de regarder plus de vingt ans après. Le film en noir et blanc fait toujours référence avec ses plans, ses dialogues, ses scènes cultes, comme celle de Vincent Cassel, le crâne rasé, face à son miroir imitant Robert De Niro dans Taxi Driver.

À la demande de Mathieu Kassovitz, le photographe Gilles Favier – qui venait de passer une année entière à photographier les quartiers nord de Marseille – part faire du repérage pour le réalisateur, arpenter les rues du quartier de la Noé. Le film avait été d’ailleurs initialement appelé Droit de cité, pour convaincre les mairies d’autoriser le tournage. Après un an de recherche, une vingtaine de cités potentielles avaient été sélectionnées mais aucune commune n’avait accepté, hormis Chanteloup-les-Vignes (dans le 78) et sa cité de la Noé, où le tournage a finalement eu lieu.

© Gilles Favier

Dès le RER direction Chanteloup-les-Vignes, "ce lieu si spécifique situé entre les vignes et un petit village des Yvelines", comme le décrit Kassovitz, Favier commence à photographier son trajet comme cette inscription marquée sur un siège : "Arabes et Noirs, la France en a marre de payer pour vous."

Une fois arrivé sur place, le photographe capture les coins de rue, les bâtiments délaissés, il tire le portrait des habitant·e·s. Ses images en noir et blanc, prises avant la fabrication du film, posent une ambiance, un climat. Kassovitz laissera ensuite Favier documenter le tournage librement ; on voit alors le réalisateur en action diriger les acteurs, prendre des notes, faire la moue mais aussi l’équipe de tournage et les acteurs se mêler aux habitant·e·s.

© Gilles Favier

Des images qui prolongent le film

Feuilleter l’ouvrage Jusqu’ici tout va bien, paru aux éditions Maison CF, 25 ans après le film La Haine, qui alterne entre les pages du premier scénario et les photographies de Favier, c’est une façon de découvrir le film autrement, voir de nouvelles scènes, de nouveaux visages, de nouvelles situations.

"Les images qui en résultent ne sont pas un décalque de celles du film. Elles s’affranchissent de la direction donnée par la caméra, aspirée vers un hors champ dans lequel se révèlent la cité, ses habitants et, au milieu de tout cela, le cinéma se faisant. J’y vois un moyen de (re)politiser le film en l’inscrivant dans un cadre plus large, en ramenant la fiction à ses conditions de production", écrit le photographe.

La Haine reste un film qui n’a pas pris une ride tant sur le plan cinématographique que sur les thèmes traités : bavures policières, inégalités sociales, quartiers abandonnés… Il est à revoir, à faire voir, et ce livre est là pour nous le rappeler.

© Gilles Favier

© Gilles Favier

© Gilles Favier/Pacrot/Maison CF

© Gilles Favier/Pacrot/Maison CF

© Gilles Favier/Pacrot/Maison CF

© Gilles Favier/Pacrot/Maison CF

© Gilles Favier/Pacrot/Maison CF

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