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Lisa Murray documente les effets du changement climatique à travers le monde

Publié le

par Lise Lanot

La photographe britannique Lisa Murray a documenté les effets du changement climatique à travers le globe, afin de mettre les climatosceptiques devant leurs incohérences.

Des fermiers récoltent des piments dans leur ferme en Éthiopie, 2013. (© Lisa Murray)

Depuis 2011, la jeune photographe Lisa Murray partage son temps entre l’Asie du Sud-Est et l’est de l’Afrique. Si son approche photographique est différente d’un pays à l’autre (le Viêt Nam, les Philippines, l’Indonésie, l’Inde, l’Éthiopie, le Soudan du Sud ou le Kenya aujourd’hui, entre autres), puisque la jeune femme passe du temps avec les populations locales afin de comprendre leurs problématiques, il y a bien une constante. Celle de s’intéresser à la façon dont les changements climatiques impactent leurs modes de vie.

À l’heure où Donald Trump, tout de même le président d’un des pays les plus influents du monde, nie l’importance des bouleversements climatiques que connaît notre planète, il est apparu primordial à Lisa Murray d'en témoigner visuellement. C’est pourquoi depuis six ans, elle embarque son objectif dans plusieurs pays dont les populations souffrent d’extrêmes sécheresses ou d’inondations erratiques. Cet intérêt pour le voyage et la volonté d’aider au développement de diverses régions du monde semble avoir toujours fait partie de sa vie :

"Quand j’étais petite, mes parents ont beaucoup travaillé dans des projets au Ghana, créant des ponts entre des écoles ghanéennes et britanniques et je suis souvent allée là-bas. J’ai toujours voulu travailler dans le développement et c’est donc le domaine que j’ai étudié et au sein duquel j’ai effectué des stages. Je suis partie en Éthiopie et j’ai commencé à étudier les effets du réchauffement climatique."

Elle écrit des rapports sur le sujet pour des organisations jusqu’à ce qu’elle se rende compte que ce qu’elle préfère, c’est bien de s’intéresser directement aux gens qu’elle côtoie et d’apprendre à les connaître. Elle décide de devenir photographe indépendante et de travailler pour diverses organisations, telles la Rockefeller Foundation ou Oxfam, afin de raconter au plus grand nombre ce que vivent certaines personnes à d’autres endroits du monde et de faire de la communication visuelle un véritable outil pour "parler du nombre incroyable de gens qui souffrent".

Un lien entre ceux qui vivent le changement climatique et ceux qui le nient

Récemment, Lisa et son équipe, composée de deux auteurs et d’un autre photographe, ont décidé d’ouvrir un blog, nommé Faces of Change, qui permet de montrer de façon directe les effets du changement climatique, comme un pied de nez à ces fameux climatosceptiques. Ce blog est directement destiné à ceux qui méprisent ou rejettent l’idée que l’action humaine épuise les ressources de notre planète et a pour but de donner une voix à ceux qui n’en ont pas à l’échelle internationale.

Lisa Murray insiste aussi particulièrement sur l’empathie qu’elle espère voir émaner en réaction aux images de son site : "Nous souhaitons sensibiliser les gens et leur montrer ce à quoi ressemble une vie altérée par les changements climatiques. C’est une autre vie là-bas". Pour raconter ces histoires, la photographe passe beaucoup de temps avec ses modèles, elle vit avec eux pendant plusieurs semaines afin de faire partie de leur quotidien et de voir ce qui lui paraît intéressant à photographier :

"Dans un village à l’ouest du Kenya, j’ai commencé par aller me présenter puis j’ai passé de plus en plus de temps avec les habitants, je suis allée leur rendre visite dans leur maison, j’ai passé la nuit chez eux. Souvent, je me suis rendu compte que mon appareil photo était un bon moyen de faire connaissance, notamment lorsque nous ne parlions pas de langue commune."

La photo comme médium artistique et humain

Son appareil devient un véritable outil d’apprivoisement puisqu’elle laisse par exemple les modèles la prendre en photo, afin de créer un lien entre eux. Elle affirme que la plupart des gens acceptent d’être photographiés parce qu’ils veulent que leur histoire soit racontée, même si les conditions dans lesquelles ils vivent leur paraissent normales. Certains refusent, lorsqu’ils sont trop occupés et ne voient vraiment pas en quoi leur histoire est intéressante.

Étant donné que Lisa Murray passe beaucoup de temps avec ses modèles et qu’elle souhaite raconter leur vie au quotidien, elle admet qu’elle ne se pose pas trop de questions quant à la composition de ses photographies et que ce qui l’intéresse est de "transmettre une humanité". Elle est partisane de l’idée de mitrailler afin d’avoir du choix : "Parfois une image qu’on pensait complètement ratée est géniale". Cependant, elle assure que la retouche est un aspect fondamental de son travail puisque c’est un "outil très pratique et sympa" qui permet d’embellir les photos qu’elle prend et de mettre à l’honneur ses modèles.

Le plus important pour la photographe est bien sûr de ne pas trop sentimentaliser ses images, de montrer les gens dans toute leur dignité, sans pathos, et pas comme des victimes. Elle souligne que "le changement climatique est une partie de leur vie, pas toute leur vie" et ses images valent davantage comme un message d’humanité, sans misérabilisme. Chaque photo porte en elle une histoire particulière, qui nous rapproche de personnes dont les vies sont à des milliers de kilomètres des nôtres, au sens propre comme au sens figuré.

Garang se tient dans un champ de sorgho, sa source principale de nourriture. <em>"Quand on arrive à ce moment du mois d’août, le sorgho du jardin devrait pouvoir être récolté et pourtant, tandis que vous m’écoutez, voyez-vous du sorgho dans ce jardin ? Il n’a pas plu en juillet et maintenant en septembre, on n’a toujours rien à manger qui vienne du jardin."</em> Il devait recevoir des vaches grâce aux mariages de ses quatre filles mais elles sont parties à Khartoum pour fuir la famine. Comme il a utilisé le reste de son bétail pour épouser sa seconde épouse et qu’il est trop fragile pour entreprendre n’importe quel type d’emploi : <em>"Cela fait huit jours que je mange la même nourriture. Ma femme va dans les hauteurs pour ramasser les feuilles d’un arbre appelé aram, elle les broie, les cuisine puis on les mange. Si vous n’avez pas de vaches ou pas d’enfants qui peuvent aller chercher de la nourriture, il faut attendre qu’il pleuve pour aller ramasser des feuilles. Si vous êtes chanceux, Dieu vous aide."</em> Soudan du Sud, 2016. (© Lisa Murray)

Dinh Cam Hong et sa sœur vivent dans une zone inondable dans le delta du Mékong. Quand les terres sont inondées, il est très difficile d’aller à l’école et d’en revenir, et Hong et ses frères et ses sœurs doivent souvent rester à la maison. À An Binh Ward, Can Tho, au Vietnam, 2014. (© Lisa Muray/Fondation Rockefeller/Communication pour le développement)

Sugeng pêche des poissons et des crabes dans son village de Tapak, en Indonésie. Comme de nombreux autres fermiers locaux, sa famille compte beaucoup sur ses revenus. Dès que les terres sont inondées, ses pertes financières sont énormes et il doit se trouver un travail salarié. 2015. (© Lisa Muray/Fondation Rockefeller/Communication pour le développement)

Les éleveurs ramènent leur bétail chez eux après les avoir fait paître sur les pâturages qui diminuent de plus en plus dans la région d’Afar, en Éthiopie. Au premier plan, les chameaux tentent de brouter le prosopis qui y pousse, une espèce de plantes envahissantes. Ces arbres épineux empiètent sur ces pâturages dont la taille réduit, font diminuer la nappe phréatique et constituent un obstacle pour les éleveurs souhaitant atteindre ces pâturages. Les pluies irrégulières et la sécheresse fréquente altèrent la viabilité des moyens de subsistance des éleveurs des environs, endommagent les ressources déjà maigres et exacerbent les conflits entre les tribus d’Afar et de Somalie. 2013. (© Lisa Murray)

Dans les collines de Nilgiri, Tamil Nadu, Inde, 2011. Photo prise pendant les recherches concernant l’impact du changement climatique sur les communautés vivant sur les collines de Nilgiri. (© Lisa Murray)

Veronica prépare du thé devant sa maison à Tonj, au Soudan du Sud. D’importantes inondations ont détruit sa maison l’année dernière, elle a décidé de la reconstruire avec des briques, espérant que des matériaux plus solides résisteraient aux prochaines inondations. Elle n’a pas eu les moyens d’acheter du béton et elle a peur que des fissures commencent à apparaître sur les murs. Son mari est soldat, il rentre peu à la maison et lui envoie rarement de l’argent. Elle doit s’occuper de ses trois enfants en bas âge. Elle a un petit lopin de terre mais cela ne lui procure pas assez d’argent (cette année, des voleurs sont venus et se sont emparés des arachides qu’elle faisait pousser), donc elle va travailler dans un restaurant dans la ville voisine. Son salaire est très bas et elle n’a aucune sécurité de l’emploi. Si un de ses enfants tombe malade, elle doit rester chez elle pour s’occuper de lui au lieu d’aller au travail. 2016. (© Lisa Murray)

Vous pouvez retrouver le travail de Lisa Murray sur son site et son compte Instagram ainsi que sur le blog Faces of Change.

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