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Un photographe avoue avoir harcelé une centaine de femmes

Publié le

par Lise Lanot

© Matthias Blonski/Unsplash

Grâce à un appel aux témoignages sur Instagram, le photographe australien a avoué tous les faits.

Le 10 juillet dernier, la musicienne Jaguar Jonze partageait sur son compte Instagram une publication, enjoignant les victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles à la contacter, si elles en ressentaient le besoin. Sans donner de nom, elle révélait qu’elle avait récemment "entendu de nombreuses histoires concernant un photographe travaillant dans l’industrie [musicale]".

Ayant elle-même été agressée sexuellement et après avoir "croisé le chemin de nombreux prédateurs qui profitent de leur position de pouvoir et de leur statut pour manipuler la confiance que les gens, notamment des jeunes musiciennes, leur ont donné", elle a souhaité donner la parole à celles et ceux qui restent muré·e·s dans la solitude et le silence.

"Il m’a dit que des gens paieraient très cher pour coucher avec moi. 'Je paierais 1 000 dollars pour coucher avec toi.' Comme si j’étais une prostituée."

24 heures plus tard, elle publie un nouveau message : plus de 20 personnes l’ont contactée à propos du photographe en question. Le surlendemain, elle commence à partager les témoignages anonymes de ces femmes (dont le nombre est monté à 26). Depuis ce 10 juillet, ce sont plus de 105 femmes qui ont rapporté leur expérience vécue avec ce même photographe australien spécialisé dans la musique.

Les déclarations peignent un portrait et des schémas similaires : l’homme insiste pour que les modèles acceptent de poser nues, leur rabâche qu’elles sont "bonnes", qu’il aimerait les "baiser", "de façon libre" ou contre de l’argent. Il leur envoie (sans leur consentement) des photos de ses parties génitales et n’hésite pas à faire planer l’ombre du chantage concernant sa possession de leurs photos dénudées.

"J’ai appris hier qu’il avait partagé avec quelqu’un que je connais des photos explicites, dont je ne connaissais pas l’existence, de mes parties intimes."

Le pouvoir de la parole

Avant que ne soit dévoilé son nom (il aurait utilisé deux identités différentes au cours de sa carrière), Jack Stafford s’est dénoncé dans une longue lettre publiée sur Medium. Face à l’abondance de témoignages et de preuves accablantes, il a avoué avoir commis toutes les actions rapportées, en confiant avoir toujours pensé qu’il était "quelqu’un de bien" : "Je suis la preuve que, même et surtout, les hommes qui se disent qu’ils sont des gars bien sont capables de l’exact contraire. J’en suis la preuve absolue et ce ne sera plus toléré."

Il a ajouté mettre un terme "pour toujours" à sa carrière dans la photographie et dans l’industrie musicale, ainsi que se "retirer de la société dans laquelle [il] se trouvai[t] le temps de mettre de l’ordre et de [se] faire aider" :

"Je voudrais aussi dire que j’ai commencé à vider mes disques durs et tous les dossiers Dropbox des séances que j’ai réalisées en tant que photographe et que tout cela sera supprimé de façon permanente, aucune photo ne sera utilisée à mauvais escient. Puisque cela m’a anéanti financièrement [sic], je vais vendre tout mon équipement et rembourser toutes les réservations de séances en cours à 50 %."

Trois jours après la première publication de Jaguar Jonze, 59 femmes avaient témoigné contre le photographe.

Dans sa longueur (treize minutes de lecture, selon Medium et 14 versions, selon Jack Stafford), la lettre fait état de contradictions. Il tient par exemple à souligner que "certains éléments de contexte [des témoignages] n’étaient pas entièrement véridiques", mais qu’il ne veut "rien défendre".

De plus, ses déclarations sont émaillées d’hypothèses et de conditionnel : "Si les choses que j’ai faites m’amènent à devoir m’excuser auprès de personnes ou auprès de plusieurs personnes même dans un tribunal ou bien si je dois répondre à une accusation, je le ferai."

Une lettre peu convaincante pour les victimes

Les excuses de l’agresseur semblent n’avoir convaincu ni les victimes ni Jaguar Jonze, tel qu’elle l’affirme au Guardian :

"Je trouve qu’il se met en avant comme un homme victime des réseaux sociaux, tandis qu’il ne donne pas l’impression de prendre le temps de comprendre ses actes ou même d’entreprendre la réflexion nécessaire pour tenter de devenir un modèle pour les hommes. […]

Il commence sa déclaration en disant qu’il doit désormais écouter. Puis il écrit une excuse longue de 3 000 mots… Je trouve que cela entre en contradiction avec le fait qu’il dise qu’il doit se mettre à écouter."

La chanteuse a affirmé qu’elle comptait "explorer les options juridiques" pour les femmes qui l’avaient contactée. En faisant de son compte Instagram un lieu sûr pour les victimes, elle a en tout cas contribué à faire sortir de l’ombre un prédateur.

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