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Du street style à la haute couture, Alex Très Cool fait de la photo son terrain de jeu

Publié le

par Lise Lanot

© Alex Très Cool

Rencontre avec le photographe autodidacte, tombé dans la photo "par hasard" pour notre plus grand plaisir.

À 27 ans, Alex Très Cool s’est taillé une belle place dans la scène photographique française contemporaine, baladant son appareil photo des trottoirs parisiens aux studios de Yard, en passant par les abords des fashion weeks européennes.

Avouant être "tombé dans la photo un peu par hasard", celui qui ne se voyait "pas spécialement comme une personne créative" livre une esthétique léchée, mariant l’amour du style et de l’instinct au souci du détail et de l’émotion. "J’étais à l’anniversaire d’une amie de mon cousin, et elle m’a demandé de prendre la photo de groupe. J’ai direct kiffé et, quelques semaines plus tard, je me suis acheté mon propre appareil."

Fashion Week de Paris. (© Alex Très Cool)

Nous avons eu la chance de poser quelques questions à Alex Dobé (dans le civil) pour un échange décomplexant et serein. Rares sont les personnes qui portent aussi bien leur pseudonyme.

Konbini arts | Salut Alex, peux-tu nous raconter comment tu t’es mis à la photo de mode ?

Alex Très Cool | Au tout début, c’est parti de Tumblr, j’étais tombé sur le travail d’un photographe new-yorkais qui prenait des photos des habitants de la ville qu’il trouvait stylés. Je me suis dit que j’allais faire la même chose à Paris.

C’est comme ça que j’ai lancé mon blog "Paris Street Style" : je me baladais dans les rues parisiennes et je prenais en photos les gens dont j’aimais bien le style. J’ai rencontré tellement de gens avec qui je suis toujours en contact aujourd’hui comme ça. Je trouve ça fou, quand j’y pense.

© Alex Très Cool

"C’est un enchaînement de rencontres et de circonstances qui ont fait que je travaille dans la mode aujourd’hui, et maintenant, je ne me verrais pas faire autre chose."

Comment as-tu commencé à photographier les abords des défilés ?

J’ai commencé (et je continue toujours) en tant que photographe street style. Un jour, et alors que je ne connaissais pas vraiment cet univers, j’ai pris en photo quelqu’un qui m’a parlé de la Fashion Week. Depuis, je vais à la sortie des défilés et je prends en photo les gens que je trouve stylés. En soi, c’est exactement ce que je faisais hors Fashion Week, sauf que là, ce sont des gens qui font partie de ce milieu, donc les tenues sont plus pointues et intéressantes.

Ce n’était pas forcément un milieu qui me passionnait ou dont je rêvais, avant de tomber dedans, pour être honnête. En y réfléchissant, c’est un enchaînement de rencontres et de circonstances qui ont fait que je travaille dans la mode aujourd’hui, et maintenant, je ne me verrais pas faire autre chose.

© Alex Très Cool

"Soit t’es alerte et tu réussis à avoir la bonne photo, soit t’es cuit !"

Comment ça se passe concrètement quand tu prends ce genre d’images ?

En général, dans une configuration street style, tu n’as pas beaucoup de temps pour shooter et les conditions ne sont pas les meilleures : il y a beaucoup d’autres photographes, tu n’as parfois que quelques secondes pour prendre la bonne photo, et la météo peut être capricieuse. Je ne demande que très rarement aux gens de poser pour moi, j’aime bien le naturel et le rush du street style. Soit t’es alerte et tu réussis à avoir la bonne photo, soit t’es cuit !

Au final, mes photos préférées sont celles qui ont été prises à l’instinct, quand je n’ai pas trop réfléchi à la composition, ou que ça se fait en quelques secondes dans ma tête. Je pense que c’est le cas pour la plupart des photographes street style, on n’a pas trop le temps de réfléchir. Les meilleurs, dans cet exercice, sont ceux qui te donnent l’impression que la photo sort d’un shoot éditorial (donc préparé en amont) alors que c’est du street style.

Fashion Week de Milan. (© Alex Très Cool)

As-tu des souvenirs particulièrement marquants de fashion weeks ?

Ce que j’aime le plus dans la Fashion Week, c’est vraiment le rush et l’adrénaline qui va avec. De courir dans tous les sens pour réussir à photographier le beau look. Un souvenir me vient tout de suite : c’est la saison printemps-été 2019 au défilé Chanel, quand on a croisé Jorja Smith. Elle est sortie par un endroit un peu caché, mais on y était déjà. Quand elle est arrivée, mon pote Marc-Henri Ngandu [dont on vous a déjà parlé ici, ndlr] a commencé à lui chanter une de ses chansons et elle s’est mise à rire, ça a donné des photos vraiment cool !

"Un bon portrait te fait ressentir quelque chose quand tu le regardes."

Le choix de l’appareil photo importe-t-il beaucoup pour toi ?

Pas du tout. J’ai vu des gens faire des choses incroyables avec des appareils amateurs ou, au contraire, des gens avec des appareils à 3 000 euros faire des choses vraiment mauvaises. Avoir l’œil est la seule chose qui importe vraiment.

Fashion Week de Paris. (© Alex Très Cool)

Qu’il s’agisse de portraits ou de paysages, qu’est-ce qui accroche ton œil ?

J’ai beaucoup de mal à définir ce que je trouve beau. Pour moi, ça touche beaucoup à l’affect, à ce qu’une photo peut me faire ressentir. En portrait, ça peut être le regard d’une personne ou le set-up entier qui a servi à créer une ambiance, un univers. En ce moment, j’ai une énorme fascination pour le travail de la photographe Zhong Lin. C’est de l’art, à ce niveau.

C’est quoi, pour toi, un bon portrait ?

Un bon portrait (ou même une bonne photo, d’une manière plus générale) te fait ressentir quelque chose quand tu le regardes, te fait te poser des questions sur le contexte ou la manière dont il a été pris. Une bonne photo ou un bon portrait ne te laisse pas indifférent.

Miranda. (© Alex Très Cool)

Tu sembles porter une attention toute particulière aux détails, te concentrant sur des parties de visages, de tenues, etc. Tu peux nous en dire plus là-dessus ?

Oui, c’est une petite lubie que j’ai découverte récemment, je trouve ça super intéressant ce que tu peux faire en recadrant une photo. En faisant un zoom dans une photo, tu peux en découvrir trois autres. Une expression du visage va devenir plus forte si elle prend tout le cadre de l’image, un zoom sur un œil va donner un côté assez étrange, presque oppressant. Je trouve ça fort.

De même, tu sembles te détacher des règles, jouer avec le mouvement et la lumière, notamment.

Totalement. Le fait de jouer avec la vitesse d’obturation vient de mon collègue photographe Lubaki, qui fait ça depuis un moment. Ça ajoute vraiment une dimension assez artistique à une photo. D’une manière générale, j’aime beaucoup expérimenter, jouer avec le flou, les couleurs, un instrument optique, le noir et blanc, etc. J’essaie de ne pas me mettre de limites du tout, d’explorer et de tester différentes choses.

© Alex Très Cool

Que veux-tu transmettre à travers tes images ?

Cette question est assez drôle, pour moi, parce que ma réponse est vraiment différente de celle des autres photographes. Je ne cherche pas forcément à transmettre quelque chose avec mes images. Quand j’ai commencé la photo, je ne pensais pas du tout être une personne créative, du coup, ça représentait plutôt un moyen pour moi de voir comment je pouvais faire pour le devenir.

Disons que le message n’est pas orienté vers les gens, mais plus vers moi, dans l’idée de : "Regarde ce que tu peux faire. Tu peux être créatif !" Après, je reçois pas mal de messages de gens qui me disent que ce que je fais les inspire et je n’aurais jamais pensé qu’on me dise ça un jour. Et ça, ça fait vraiment plaisir !

© Alex Très Cool

© Alex Très Cool

© Alex Très Cool

© Alex Très Cool

© Alex Très Cool

Fashion Week de Milan. (© Alex Très Cool)

© Alex Très Cool

Miranda. (© Alex Très Cool)

Miranda. (© Alex Très Cool)

Robin. (© Alex Très Cool)

Vous pouvez retrouver le travail d’Alex Très Cool sur son compte Instagram et sur son site.

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