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Sueur et pogos : immersion dans les foules en liesse des plus grands festivals du monde

Publié le

par Lise Lanot

© James Marcus Haney

Comme des reliques du monde d’avant, les photos de concerts endiablés de Marcus Haney font un bien fou.

James Marcus Haney a commencé à shooter des concerts grâce à une petite manigance qui a changé le cours de sa vie. Pour voir jouer son groupe préféré, il s’est créé un faux pass de presse et a embarqué son appareil photo, comme un "accessoire" censé appuyer son histoire et l’aider à accéder aux coulisses. Une fois sa mission réussie et son appareil en main, il en a profité pour prendre des images – photos et vidéos – du concert. Le petit film qu’il a monté sur le groupe a convaincu l’équipe de l’emmener en tournée.

Ni une, ni deux, Marcus Haney a quitté ses études de cinéma pour vivre de tournées et de musique live. Ses dix années passées au milieu de foules en liesse font désormais l’objet d’un livre (rafraîchissant en cette période) qui met à l’honneur les fans de concerts. Nous avons eu la chance de poser quelques questions au photographe, à l’occasion de la sortie de Fanatics.

"Fanatics". (© Marcus Haney)

Konbini arts | Salut Marcus ! Trouvera-t-on dans ton livre seulement des foules de concerts que tu aimes, ou assistes-tu également à des concerts d’artistes que tu aimes moins, juste pour photographier leurs fans ?

Marcus Haney | Le temps passé sur Terre est bien trop précieux ! Je ne voudrais pas en gâcher une minute pour aller voir un artiste que je n’aime pas ! J’aime tous les genres de musique, donc les publics du livre sont de toute façon diversifiés. Mais aller à des concerts que je n’aime pas ? Non, merci !

Quels festivals t’ont particulièrement marqué ?

Oh, chaque festival que j’ai fait m’a marqué à sa façon. Il y en a tant ! J’ai peut-être un souvenir spécial concernant cette fois où mon meilleur pote Ryan Chen a slamé sur la foule. C’est clairement une de mes images préférées du livre.

"Fanatics". (© Marcus Haney)

Quels sont les obstacles à surmonter quand on photographie des concerts ?

Je suis toujours partagé entre l’envie de prendre en photo la foule, et celle de photographier l’artiste – surtout quand il se passe un truc incroyable sur scène. En même temps, mieux c’est sur scène, mieux ce sera dans la foule ! En général, je cours beaucoup pendant les concerts : des coulisses à la fosse, à la foule, à la scène, à la structure qui surplombe la scène… J’essaie de tout avoir ! Mais les meilleures photos viennent souvent quand on laisse le concert prendre le dessus, on finit alors exactement là où il faut.

Tu demandes la permission aux gens que tu prends en photo ?

Non ! Enfin, pas au début. Sinon, il n’y aurait pas de photos. La plupart du temps, je prends le moment, gardé intact, puis je reste aux alentours, je reprends quelques images et je montre des photos aux gens que je suis en train de prendre. J’essaie de capter leur regard et je mime un "merci" silencieux… Parfois, il est clair que certains préfèrent ne pas être photographiés, donc je n’utilise pas leurs images.

"Fanatics". (© Marcus Haney)

Comment tu choisis ce que tu prends en photo ?

Je shoote majoritairement à l’argentique, donc je dois être précautionneux. La question qui m’obnubile quand j’ai mon œil collé au viseur, c’est : "Est-ce que ça m’émeut ?" Si oui, j’appuie. Si non, je bouge.

Que veux-tu montrer de cet univers parallèle que représentent les concerts ?

C’est vraiment quelque chose d’unique de voir une foule d’inconnus se presser les uns contre les autres, chanter ensemble et se donner au moment présent et à la musique. Ailleurs en public, aucune de ces personnes ne se montrerait si vulnérable et ne s’ouvrirait de façon aussi intime. Pourtant, là, au milieu d’une foule, ils dansent, chantent, pleurent et s’abandonnent dans un autre monde devant et parmi d’autres personnes. C’est un moment où on peut être profondément humain, ensemble. Je ne pouvais pas m’empêcher d’essayer de capturer certains de ces instants avec mon appareil.

"Fanatics". (© Marcus Haney)

As-tu décidé de sortir ton livre en 2020 à cause du Covid-19 ?

Ce n’était pas le plan, mais ça a carrément changé la façon dont ces photos sont perçues maintenant. Elles sont beaucoup plus poignantes. "Don’t it always seem to go… That you don’t know what you got, 'til it’s gone" ["Ne croirait-on pas… Qu’on ne se rend pas compte de ce qu’on a, jusqu’à ce qu’on ne l’ait plus", paroles de la chanson "Big Yellow Taxi", ndlr]. C’est fou de voir ces images et de se sentir tellement éloigné de cette époque où tu pouvais embrasser un inconnu au milieu d’une foule en sueur – et pourtant, ce n’est pas si loin. C’était l’année dernière.

On prenait pour acquises les notions de communauté et d’être ensemble. En même temps, pourquoi ne l’aurions-nous pas fait ? C’était normal. Personnellement, je suis nostalgique face à ces photos, mais je suis aussi plein d’espoir. Elles permettent de se rendre compte de ce qu’on vit et de se préparer à la suite. Sauf qu’à ce moment-là, ce sera encore mieux, parce qu’on saura à quel point la camaraderie et le fait d’être ensemble sont quelque chose de précieux.

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

"Fanatics". (© Marcus Haney)

Couverture de "Fanatics". (© Marcus Haney)

Vous pouvez retrouver le travail de Marcus Haney sur son site et sur son compte Instagram. Son livre Fanatics est disponible ici.

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