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Un artiste choque en exposant des portraits de femmes à "détruire" dans un skatepark

Publié le

par Lise Lanot

© Eric Kessels

Son installation a suscité une vive polémique aux Pays-Bas.

Dans le cadre du festival Breda Photo, qui a lieu dans une ville éponyme des Pays-Bas, l’artiste Erik Kessels présente Destroy My Face ["Détruis mon visage", ndlr], une installation vivement critiquée par le public et un collectif d’artistes. L’œuvre en question est présentée dans le skatepark Pier15, au bord de l’eau : l’infrastructure et ses rampes ont été recouvertes de soixante portraits en papier de quatre mètres sur quatre chacun.

Les visages, tous féminins, ont été sélectionnés de façon aléatoire grâce à un algorithme parmi 800 portraits d’hommes et (en grande majorité) de femmes "ayant transformé leur visage avec des opérations de chirurgie […] esthétique", décrit le festival. Skateurs et skateuses étaient invité·e·s à rouler sur ces soixante visages féminins jusqu’à, comme le nom de l’œuvre l’indique, les "détruire". L’idée était d’établir une réflexion autour de la surconsommation d’images et de modifications de son apparence, précise l’artiste.

Une installation jugée misogyne

Après "une journée de skate", Eric Kessels a posté des gros plans de son "œuvre interactive", se réjouissant des multiples égratignures et rayures visibles sur les portraits. Sachant, comme le note le site Elephant, que les "actes de violence contre les femmes ont augmenté durant l’épidémie" et qu'"aux Pays-Bas, plus de 747 000 femmes âgées de 18 ans et plus ont déjà subi des formes de violence ou d’abus ces cinq dernières années", nombre de critiques se sont élevées contre cette installation jugée "misogyne", "violente" et bien mal à propos.

Un collectif d’artistes, de photographes, de designers et de créatifs a publié une lettre ouverte à Eric Kessels, affirmant sa "responsabilité de porter un regard critique à son œuvre et ce qui en résulte, et de penser au message qu’il transmet au monde".

En plus de la violence de Destroy My Face, la lettre ouverte note la facilité avec laquelle l’artiste tourne en ridicule ces femmes (puisqu’il n’y a pas d’images montrant des hommes, et c’est bien là le problème), les traitant de "monstres" à cause de leurs opérations de chirurgie esthétique.

© Eric Kessels

Face à cette lettre et le torrent de commentaires négatifs reçu sur son compte Instagram, Eric Kessels a présenté des excuses – en demi-teinte :

"L’intention de ce travail était ironique et visait à susciter un dialogue autour de l’acceptation de soi. Évidemment, il n’était pas question d’encourager la violence contre les femmes. Je ne voulais offenser personne avec ce travail mais en lisant certains commentaires en ligne, je me rends compte que c’est ce que j’ai fait et je m’en excuse. Selon moi, la fonction de l’art dans une société est de créer du dialogue et je le pense toujours."

© Eric Kessels

© Eric Kessels

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