Un photographe afghan alerte sur la menace que représentent les talibans pour les médias

Un photographe afghan alerte sur la menace que représentent les talibans pour les médias

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© Marcus Yam/Getty Images

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Par Lise Lanot

Publié le

Massoud Hossaini a fui son pays à cause d’un reportage photo sur les mariages forcés avec des talibans.

Les talibans vont démanteler les médias en Afghanistan et mènent l’Occident en bateau lorsqu’ils promettent de laisser les journalistes travailler librement, estime Massoud Hossaini, un photographe afghan renommé qui a fui après des menaces des islamistes.

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Lauréat du prix Pulitzer en 2012 alors qu’il travaillait pour l’Agence France-Presse et aujourd’hui freelance, il explique dans un entretien à l’AFP que les nouveaux maîtres de l’Afghanistan verrouillent déjà la presse, ciblant en particulier les journalistes femmes.

Des combattants talibans sécurisent un périmètre le long d’une zone contrôlée par les soldats américains à l’aéroport Hamid Karzai à Kaboul, en Afghanistan, le dimanche 29 août 2021. (© Marcus Yam/Getty Images)

L’homme de 39 ans lance cet appel désespéré depuis les Pays-Bas où il s’est exilé, après sa fuite mouvementée sur le dernier vol commercial partant de Kaboul le jour où les talibans ont pris le pouvoir, le 15 août 2021. “Cela va être très, très mauvais. [Les talibans] essayent de tuer les médias mais ils le font doucement, juge-t-il. D’abord ils capturent quelqu’un, puis ils le tuent, et c’est ce qui est en train de se passer pour les médias.”

Après leur prise de Kaboul, des représentants talibans ont assuré que les médias – même les femmes y travaillant – pourraient continuer à travailler librement et ne seraient pas harcelés. Ils ont même organisé une conférence de presse formelle où un porte-parole a répondu aux questions de la presse.

“Nouvelle Corée du Nord”

Pour Massoud Hossaini, dont une photo de 2012 montrant une fillette habillée de vert et pleurant d’horreur après une attaque-suicide a également remporté une deuxième place au World Press Photo, les promesses des talibans sont une imposture : “Les talibans vont totalement liquider les médias, ils couperont aussi complètement Internet pour probablement devenir une nouvelle Corée du Nord de la région”, a-t-il déclaré lors d’une exposition du World Press Photo à Amsterdam.

“Aujourd’hui, ils dupent la communauté internationale, ils dupent les Occidentaux”, craint-il, qualifiant la conférence de presse de “stratagème”. Depuis longtemps dans le viseur des talibans, Massoud Hossaini a fui l’Afghanistan après avoir appris que les islamistes “détestaient vraiment” sa série sur les mariages forcés de femmes et jeunes filles avec des talibans.

Après avoir été menacés sur les réseaux sociaux, Hossaini et le journaliste avec qui il co-signe le reportage ont donc décidé de prendre un billet d’avion pour fuir Kaboul. Massoud Hossaini a décollé le matin du 15 août 2021, juste avant que les talibans n’entrent dans la capitale. “Lorsque l’avion a décollé, le dernier vol commercial avant la chute de Kaboul, nous avons pleuré, raconte-t-il. J’ai vu que beaucoup d’amis, même des étrangers, pleuraient, car tous sentaient que nous ne pourrons pas revenir à Kaboul.”

Des scènes d’horreur se sont produites depuis, comme ce double attentat-suicide à l’aéroport de Kaboul, survenu ce jeudi 26 août, qui a fait une centaine de morts, dont treize soldat·e·s américain·e·s. Des images qu’il juge “encore pires” que celle qui lui a permis de gagner le Pulitzer : “Les images de cette attaque sont vraiment horribles.”

“Ils nous ont déjà tués”

Aujourd’hui en exil, Massoud Hossaini assure avoir reçu beaucoup de messages d’autres journalistes qui expriment leur peur face à la menace des talibans. Alors que les présentateur·rice·s “les plus célèbres” de la télévision afghane étaient jusqu’à récemment des femmes, une journaliste célèbre lui a confié que les talibans ne la laissaient pas sortir de son bureau et qu’elle essayait également d’émigrer. “Il est clair qu’aucune femme ne peut marcher dans la rue”, selon lui.

Le plus grand dommage tient peut-être à la dispersion du dynamique écosystème médiatique afghan, construit pendant les vingt années de guerre ayant suivi le renversement du premier régime taliban, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. “Cela signifie qu’ils nous ont déjà tués”, déplore Massoud Hossaini, qui a passé l’essentiel des vingt premières années de sa vie en tant que réfugié en Iran et n’était retourné en Afghanistan que fin 2001.

“Je veux vraiment retourner en Afghanistan, mon foyer est là-bas, mes souvenirs sont là-bas. Je suis tombé amoureux de l’Afghanistan à travers la photo, je suis tombé amoureux de la photo grâce à l’Afghanistan, et j’ai fait de mon mieux”, explique-t-il.

Avec AFP.