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Un photographe menacé de mort à cause de ses clichés du "monolithe" mystérieux de l'Utah

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Ross Bernards

Ross Bernards a assisté au retrait du "monolithe" par 4 hommes. Suite à son témoignage photographique, il a été menacé de mort.

Quand il a entendu parler de l’apparition mystérieuse d’un "monolithe" dans l’Utah, aux États-Unis, le mois dernier, le photographe Ross Bernards a pris ses cliques et ses claques pour aller visiter le monument éphémère, quelques jours après son éruption, le 27 novembre.

Après un trajet de six heures en plein désert de l’Utah, le photographe et trois de ses amis arrivent devant la sculpture énigmatique et ont une idée en tête : expérimenter un peu de light painting et un drone, pour mettre en valeur l’objet non identifié au cœur du site naturel.

PetaPixel rapporte que le photographe ne comptait initialement pas partager ses clichés réalisés sur place mais un événement s’est produit et a remis en question son intention :

"Quand je prenais ces photos, honnêtement, je ne pensais pas les partager. Puis, trente minutes plus tard, quatre hommes sont venus démanteler la statue devant moi. Il y avait des petits détails que je n’aimais pas sur mes photos mais, pour moi, l’histoire était plus importante que mon perfectionnisme. Je voulais montrer ce qu’il s’était passé et pourquoi le retrait de la sculpture était une bonne chose."

Le photographe a été témoin du démantèlement du "monolithe"

Au New York Times, Bernards détaille la scène qui s’est produite à 20 h 48 : les hommes ont commencé à faire tanguer le "monolithe", à pousser fort jusqu’à ce qu’il s’effondre et s’ouvre en deux. "C’est la raison pour laquelle on ne jette pas de déchets dans un désert, j’espère que tu as pris tes photos avant", aurait dit l’un des quatre hommes venus déboulonner la sculpture, sous-entendant que celle-ci était un "déchet" pour la nature.

Bernards était donc la dernière personne à avoir shooté le "monolithe" de l’Utah avant sa disparition. Cet événement fortuit l’a amené à se questionner sur le danger que représentait son périple de six heures au beau milieu de nulle part. Selon lui, ces hommes ont eu raison de retirer la statue, puisqu’elle attirait irrésistiblement instagrameur·se·s, touristes et photographes (comme lui et ses amis) dans l’exploration d’une zone désertique dangereuse pour quiconque ne la connaît pas et s’y aventure sans guide.

"Je ressentais de la culpabilité. Je n’aurais jamais dû être là en premier lieu. Même si je sais comment me repérer dans un désert et que je respecte la nature, [la sculpture] a été retirée à cause de gens comme moi, des photographes et des gens des réseaux sociaux qui s’aventurent dans des zones sensibles juste pour une image", a confié l’artiste.

Menaces de mort

Les hommes ayant retiré la statue auraient reçu des menaces de mort sur les réseaux sociaux, pour avoir démantelé l’œuvre au lieu de la laisser au cœur du paysage. L’équipe assumait son choix, disant que la nature doit être respectée et l’intervention humaine ne doit pas venir la polluer.

En effet, malgré le fait que les autorités locales aient tenu confidentielle la localisation exacte du "monolithe", des hordes de visiteur·se·s partaient tout de même en quête de ce dernier, "en voiture, en bus, en van, en hélicoptère, en avion, en train, en moto, en vélo électrique". "Il n’y a pas de toilettes – et oui, chier dans le désert est un délit", précise l’une des personnes du commando. "Ce terrain n’était pas prêt à recevoir autant de gens" et leurs déchets.

Par extension, comme le rapporte PetaPixel qui s’est entretenu avec Ross Bernards, ce dernier atteste avoir également reçu de vives critiques et des menaces de mort de la part d’internautes après avoir posté son cliché et témoigné pour le New York Times. Les internautes lui reprochent son hypocrisie et sa culpabilité indécente : critiquer les autres d’avoir fait exactement ce qu’il a fait avec ses amis, c’est-à-dire venir souiller ce paysage reculé pour un simple cliché.

"Si vous vous demandez pourquoi je ne les ai pas arrêtés, [je pense qu']ils avaient raison de la retirer. On est restés toute la nuit là-bas et nous avons fait de l’escalade le lendemain […], nous avons vu au moins 70 voitures différentes (et un avion) faire des allers-retours. Les voitures étaient garées n’importe comment dans cette zone délicate du désert. Personne ne suivait un chemin précis […]. On pouvait voir des gens tenter d’accéder au site de tous les côtés, altérant le paysage naturel."

Suite à ces menaces, le photographe a avoué comprendre le reproche sur son opinion quelque peu paradoxale, et précisé qu’il ne dit pas que les gens ne devraient pas aller visiter ce genre de régions incroyables, mais qu’ils devraient le faire avec respect et connaissance du terrain.

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