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Une cité des quartiers nord de Marseille documentée pendant quatre ans par Teddy Seguin

Publié le

par Sabyl Ghoussoub

© Teddy Seguin

"Je l’aime comme je la déteste, ma cité." Pendant quatre ans, le photographe marseillais a immortalisé la cité de la Castellane.

Édifiée entre 1969 et 1971 dans le nord de Marseille, la cité de la Castellane offre du haut de ses bâtiments une vue incroyable sur la Méditerranée et, en particulier, la baie de l’Estaque. Or, derrière ce panorama de rêve se cache l’un des grands ensembles les plus pauvres et les plus dégradés de la ville.

Considérée par certain·e·s comme l’une des cités les plus violentes en raison du trafic de drogue qui s’y joue et des gangs qui s’affrontent, elle est parfois surnommée "la cité interdite". Ses habitant·e·s l’appellent "la Casté" et c’est ici que le photographe marseillais Teddy Seguin a posé son appareil photo pendant quatre ans, en cherchant à montrer une autre réalité de ce lieu.

"Castellane". (© Teddy Seguin)

De Terre-Neuve à l’Isla de la Natividad au Mexique, en passant par la Castagniccia en Corse, Seguin mène depuis plus de dix ans un projet intitulé Insulae, pour lequel il se rend dans des lieux qu’il considère comme insulaires, dans ces espaces isolés de l’extérieur, qui protègent parfois et restent toujours foyers de résistance.

"[Ces] oasis, ghettos urbains ou villages isolés […] ont comme socle commun d’échapper à l’emprise de la société, de créer un rapport différent à l’espace et à l’autre", dit-il. Espaces qu’on isole et qui, devenus isolés, se forgent des identités atypiques.

"Castellane". (© Teddy Seguin)

Donner à voir une autre réalité

L’ouvrage Castellane, publié conjointement par les éditions Filigranes et Zoème, rassemble 58 photographies en noir et blanc réalisées par Seguin entre 2014 et 2018, période pendant laquelle ont eu lieu d’importants travaux de réaménagement dans la cité.

Des photos des appartements, où l’on peut voir la façon dont les intérieurs sont aménagés et décorés, des scènes de vie, comme celle où des enfants dorment à l’heure de la sieste, côtoient des photos d’extérieur, des grands ensembles à l’horizon parfois immense. À travers ses images teintées d’une certaine mélancolie, Seguin cherche à montrer la mutation du quartier, mais aussi à retranscrire le quotidien tout en nuances de ses habitant·e·s.

"Castellane". (© Teddy Seguin)

Dans ce premier livre, le photographe a collaboré avec l’auteur Youssouf Djibaba, qui est né et a grandi dans cette cité. Dans des textes courts, Djibaba revient sur son quotidien, son histoire et celle de sa famille venue de l’archipel des Comores. Ses mots accompagnent parfaitement la vision du photographe :

"Je suis l’habitant d’une île. Forteresse et prison, des gardiens nouvelle génération en baskets casquette gardant ses bords. Ici on est maître des lieux, ailleurs on n’existe pas. Loin de tout, perchés sur la colline, on voit la mer. On rêve d’autres rivages. Certains s’envoleront pour briller loin d’ici. Assignés à résidence, d’autres resteront. La cité me colle à la peau. Sans elle, je ne suis rien. Je l’aime comme je la déteste. Entre l’ombre et la lumière, coincé entre deux mondes, je cherche un moyen d’exister."

"Castellane". (© Teddy Seguin)

"Castellane". (© Teddy Seguin)

"Castellane". (© Teddy Seguin)

"Castellane". (© Teddy Seguin)

L’ouvrage Castellane, de Teddy Seguin, accompagné des textes de Youssouf Djibaba et coédité par Zoème et Filigranes, est disponible ici.

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