© @BroodjeKaasMetSambal

Une école belge épinglée pour une photo raciste liée au coronavirus

Le collège a présenté des excuses qui ne semblent pas mesurer la portée de l'acte commis.

Début mars, l’épidémie due au Covid-19 semblait n’être qu’une menace fumeuse pour certain·e·s et l’occasion d’une "blague" pour d’autres. C’était apparemment le cas d’une école belge, qui avait publié sur son compte Instagram la photo (supprimée depuis) d’un groupe d’élèves vêtus de ce qui semblent être des habits traditionnels chinois : tuniques en soie et chapeaux coniques tissés. Deux élèves portent des costumes de panda et, si l’allusion n’était pas encore assez claire, une étudiante se bride les yeux avec les doigts.

Horreur sur le gâteau, le groupe pose avec un morceau de carton sur lequel sont inscrits les mots "Corona Time" (soit : "Le temps du Corona") afin d’explicitement lier l’épidémie du Covid-19 à toute une population qui n’a rien demandé.

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Le compte Instagram @BroodjeKaasMetSambal, dont le but est de "susciter une prise de conscience et de montrer le racisme que subit la communauté asiatique aux Pays-Bas", a partagé son indignation face à la publication de cette image raciste par une institution scolaire (dont le slogan est tout de même "Cœur généreux, regard nouveau, esprit ouvert") :

"Cher collège de Waregem, vous vous présentez comme une institution qui 'aide les jeunes à devenir des adultes sages : respectueux, […] engagés et sociables'. Voyant la photo ci-contre, beaucoup d’entre nous se demandent ce que vous entendez par là ?

Vos élèves, qui se déguisent en ce qui est supposé représenter des 'Chinois' vêtus de costumes 'orientaux' […] en faisant le lien avec le coronavirus, semblent être l’opposé de respectueux. Vous vous dites engagés socialement dans les problèmes de notre temps. Mais pour être honnête, je ne pense pas que vous ayez conscience des problèmes de notre société, telle que la question du racisme envers les Asiatiques […].

En tant qu’établissement d’enseignement, vous avez une très grande influence sur la génération future. Le fait que vous approuviez ce type de comportement et que vous en fassiez la promotion vous-mêmes sur vos réseaux est la preuve que quelque chose cloche. Peut-être est-il temps de prendre ses responsabilités ? "

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Des excuses inadaptées

L’école, d’abord silencieuse, a fini par supprimer la photo, puis son compte Instagram, et s’est fendue d’un communiqué de presse, diffusé entre autres au média britannique The Independent. Le collège s’est défendu en expliquant que les classes de 3e avaient choisi leur costume longtemps à l’avance et se déguisaient à l’occasion de la "célébration des 100 jours", une sorte de carnaval, le 6 mars dernier :

"Les élèves ont fait allusion aux récents événements de façon ludique, en ajoutant un panneau. Ni l’équipe enseignante, ni les élèves n’avaient pour intention d’adopter une attitude condescendante ou offensante.

Cependant, l’école voudrait exprimer publiquement et explicitement ses excuses. Nous ne nous rendions pas compte des conséquences engendrées par la publication de l’image et nous regrettons d’avoir offensé certains groupes de la population."

Comme d’habitude, les excuses sont tapissées du sempiternel "pardon d’avoir offensé", sans directement s’excuser ou prendre conscience des actes commis.

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Le yellowface et le blackface, des actes encore sous-estimés ?

Comme le rappelait en 2016 un article de Buzzfeed : "La yellowface est, de même que le blackface, encore étrangère à la France. Plutôt, l’idée qu’on puisse heurter quelqu’un en transformant sa couleur de peau (et la culture fantasmée qu’on lui associe) en un déguisement est encore étrangère à la France" – et, semble-t-il, à d’autres pays européens.

Quatre ans après la publication de cet article, les choses ne semblent pas avoir beaucoup évolué, puisqu’aucune mention n’est faite des déguisements racistes des élèves dans les excuses de l’école. Pour celles et ceux qui n’y voient qu’une "blague de potache", lisez justement les mots de l’auteur de l’article susmentionné concernant le blackface et le grimage en une autre culture :

"Je ne saurais identifier précisément le moment où j’ai compris que se permettre de se 'déguiser en Noir', c’était aussi avoir le privilège de ne pas l’être au quotidien. Quand vous êtes noir·e le temps d’une soirée, vous ne l’êtes pas à un entretien d’embauche, quand vous cherchez à louer un appart', ou quand vous faites vos courses, suivi·e par un vigile."

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Par Lise Lanot, publié le 01/04/2020