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Visa pour l'image 2020 : le festival de photojournalisme a révélé ses lauréats

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Fabio Bucciarelli/The New York Times/Visa pour l’image 2020

Le gagnant de la 32e édition a été récompensé pour sa série réalisée à Bergame, en plein épicentre européen du Covid-19.

Le photographe italien Fabio Bucciarelli a remporté samedi le Visa d’or News, le prix le plus prestigieux du festival Visa pour l’image, pour son reportage à Bergame, ville italienne épicentre de la pandémie de Covid-19.

Visa pour l’image, principal festival de photojournalisme au monde, a également consacré l’Américain Bryan Denton, vainqueur du Visa d’or Magazine : durant six mois, il a saisi en Inde la perturbation du cycle de l’eau par le réchauffement climatique, entre sécheresses et inondations. Ces deux reportages ont été publiés par le New York Times.

Photo de Bryan Denton, lauréat du Visa d’or Magazine soutenu par la région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée. Des enfants jouent dans l’eau d’un puits foré privé. Le recours aux puits forés a augmenté il y a dix à quinze ans lorsque les pluies de mousson sont devenues moins régulières, entraînant une baisse significative du niveau des eaux souterraines dans la région, Lamheta, Uttar Pradesh, juin 2019. (© Bryan Denton/<em>The New York Times</em>/Visa pour l’image 2020)

Sur la première ligne de front face à la pandémie

Médaille d’or du prix Robert Capa en 2013 pour un reportage à Alep (Syrie), Fabio Bucciarelli, 40 ans, était aux premières loges quand son pays a été touché en Europe par la pandémie de Covid-19. À Bergame, dans le nord de l’Italie, il a photographié la souffrance des malades dans leur lit, entouré·e·s de soignant·e·s en combinaison blanche, des enterrements et des hôpitaux bondés durant les premières semaines de l’épidémie.

"Je ne voulais pas photographier des endroits vides, des gens avec des masques, je voulais entrer dans l’intimité des malades, aller dans leur maison", a expliqué à l’AFP le photojournaliste, "honoré" de recevoir la distinction d’un festival où il se rendait chaque année.

Photo de Fabio Bucciarelli, lauréat du Visa d’or News soutenu par le département des Pyrénées-Orientales. Des bénévoles de la Croix-Rouge sont venus voir Claudio Travelli (60 ans) mais celui-ci a souhaité rester chez lui. Le lendemain, son état s’est aggravé et l’équipe est revenue pour le conduire à l’hôpital, Cenate Sotto, Italie, 15 mars 2020. (© Fabio Bucciarelli/<em>The New York Times</em>/Visa pour l’image 2020)

Il a travaillé en immersion, au sein d’une équipe de la Croix-Rouge, vêtu de la même combinaison à capuche que les infirmier·ère·s et médecins. "C’est aussi un travail de mémoire", précise-t-il, "sur ce chapitre de notre histoire. J’ai gardé contact avec certains des malades. Ils ont été courageux". Pour la première fois, les "reporters de guerre, habitués à couvrir des conflits loin de chez eux, ont pu travailler dans leur propre pays".

"Virus de la solitude"

Ce qu’il a voulu capturer, "c’est le virus de la solitude, la pire facette de la maladie", souligne-t-il. "C’est un travail d’une puissance phénoménale", juge le directeur historique de Visa pour l’image Jean-François Leroy.

Photo de Rosem Morton, lauréate du Visa d’or Presse Quotidienne, soutenu par Perpignan Méditerranée Métropole. <em>"J’ai dit à mon mari que j’avais été agressée, ajoutant : 'Je ferai quelques mois de thérapie et ce sera du passé pour moi.'</em> <em>Au bout de quatre mois de thérapie, au mois de novembre, après la séance hebdomadaire, je me suis effondrée dans ma voiture. Je me suis rendu compte que le travail ne faisait que commencer", </em>Baltimore, 16 novembre 2018. (© Rosem Morton/CNN.com/Visa pour l’image 2020)

Dans la catégorie-reine du Visa d’or News, les photos de Nicolas Asfouri des manifestations à Hong Kong et celles de Peter Turnley sur Le Visage humain du Covid-19 à New York étaient également en lice. Primé pour Sécheresse et Déluge en Inde, Bryan Denton a été "surpris" qu’un sujet sur le réchauffement climatique soit mis à l’honneur en cette année de pandémie.

"Je suis touché. Le changement climatique est un sujet que je veux photographier depuis longtemps mais, jusqu’ici, mes missions m’ont plutôt conduit au Moyen-Orient", a confié à l’AFP ce Californien de 37 ans, blessé en Irak, en 2016, lors de l’offensive de Mossoul.

Photo de Jean-Pierre Laffont, lauréat du Visa d’or d’honneur du <em>Figaro Magazine.</em> Centre de détention pour hommes de "Tombs", Manhattan, New York, États-Unis, 28 septembre 1972. (© Jean-Pierre Laffont/Visa pour l’image 2020)

Une "édition particulière"

Pour cette édition, le directeur du festival a tenu à ce que les sujets autour du réchauffement climatique soient mis en lumière. "Je pense qu’on viendra à bout de cette épidémie, je ne suis pas sûr qu’il ne soit pas déjà trop tard pour sauver la planète", s’est-il inquiété auprès de l’AFP.

Le Visa d’or de la Presse Quotidienne a distingué Rosem Morton, une infirmière américaine qui s’est lancée dans la photographie après avoir été violée. Sa série se présente comme une sorte de photo-thérapie, "pour survivre", et fixe en blanc et noir des autoportraits sombres de son quotidien. 

Photo de Michaël Zumstein, lauréat de la Bourse Canon du documentaire vidéo court-métrage. En attendant l’élection de Miss Centrafrique, Charlène Sambo (23 ans), déjà couronnée Miss Bangui, pose dans les locaux de l’organisation situés dans le musée national de Bangui. (© Michaël Zumstein/Agence VU’/Visa pour l’image 2020)

Jadis rétif à la photographie, le journal Le Monde s’est vu décerner à Perpignan le Visa d’or de l’Information Numérique pour une enquête au long cours, Féminicides : mécanique d’un crime annoncé, ponctuée de photos de Camille Gharbi.

Le prix Rémi Ochlik a salué le travail du photographe de l’AFP Anthony Wallace sur la révolte populaire à Hong Kong. Covid-19 oblige, le festival, s’il a été maintenu, n’a pas connu l’effervescence des 31 éditions précédentes, en l’absence de nombre de professionnel·le·s et sans la traditionnelle cérémonie de remise des prix.

"C’est une édition particulière qui a eu le mérite d’exister. On avait fait le pari de tenir, on a tenu le pari", a confié Jean-François Leroy à l’AFP. L’édition, qui se poursuit jusqu’au 27 septembre, met aussi à l’honneur la Turque Sabiha Çimen, récompensée par la Bourse Canon de la femme photojournaliste, afin de compléter son documentaire Hafizas, les gardiennes du Coran.

Photo d'Alfredo Bosco, lauréat du Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Un jeune des environs de Centro, membre d’un groupe d’autodéfense, Rincon de Chautla, État de Guerrero, 12 janvier 2019. (© Alfredo Bosco/Luz avec le soutien du "Figaro Magazine"/Visa pour l’image 2020)

Photo de Sabiha Çimen, lauréate de la Bourse Canon de la femme photojournaliste. Elif (9 ans), coiffée d’un hijab pour la première fois, va commencer ses études dans une école coranique, Rize, Turquie, 4 août 2018. (© Sabiha Çimen/Magnum Photos/Visa pour l’image 2020)

Photo d'Aïda Dahmani, lauréate de la Bourse de la nouvelle photographie urbaine, soutenue par Google. (© Aïda Dahmani/Visa pour l’image 2020)

Photo de Jérôme Gence, lauréat du prix Pierre et Alexandra Boulat, soutenu par la Scam. Jeje, nomade numérique, travaille seule au Dojo Bali, un espace de co-working à Canggu, en Indonésie. Elle était hôtesse de l’air mais supportait mal la pression du métier, aussi a-t-elle décidé de se lancer dans une carrière de nomade numérique. <em>"Au début, les espaces de co-working sont formidables, mais dès qu’on commence à faire partie d’une communauté et à se faire des amis, c’est difficile de rester concentré et productif. Aujourd’hui, je préfère travailler seule dans un café."</em> (© Jérôme Gence/Visa pour l’image 2020)

Photo d'Olivier Jobard, lauréat du prix Camille Lepage soutenu par la SAIF. Une raffinerie de l’Impériale près d’Aamjiwnaang dans la "vallée de la chimie", une zone de 39 kilomètres carrés qui concentre 40 % de l’industrie de Galafi, à Djibouti, l’une des régions les plus chaudes du monde. Venus d’Éthiopie, des centaines de migrants oromos franchissent clandestinement les montagnes qui marquent la frontière avec Djibouti. (© Olivier Jobard/Myop/Visa pour l’image 2020)

Photo de Mathias Depardon, lauréat du prix photo de la Fondation Yves Rocher. À Bassora, la deuxième plus grande ville d’Irak, l’eau est un problème pour ses 3 millions d’habitants.<em> "Nous ne pouvons plus abreuver notre bétail ni nous laver sans tomber malades. Plus de 100 000 personnes se sont retrouvées à l’hôpital, empoisonnées",</em> affirme Hashim, un habitant d’Al-Tannuma, quartier populaire situé sur la rive orientale du Chatt al-Arab. (© Mathias Depardon/Visa pour l’image 2020)

Un employé funéraire de la Croix-Rouge montre comment mettre des gants de protection avant l’examen du corps d’une enfant de 11 mois victime de l’épidémie d’Ebola, Rutshuru, province du Nord-Kivu, février 2020. (© Finbarr O’Reilly pour la Fondation Carmignac/Visa pour l’image 2020)

Photo d'Anthony Wallace, lauréat du prix de la ville de Perpignan Rémi Ochlik. Dans le hall des arrivées de l’aéroport international de Hong Kong, une chaîne humaine a été formée pour manifester contre le projet de loi d’extradition, 26 juillet 2019. (© Anthony Wallace/AFP/Visa pour l’image 2020)

© Odhràn Dunne/Visa pour l’image 2020

L’enquête récompensée en 2020 est "Féminicides – Mécanique d’un crime annoncé", réalisée par le journal <em>Le Monde</em>, accompagnée des photographies de Camille Gharbi. Ce prix est doté de 8 000 euros qui seront remis à La Maison des femmes de Saint-Denis, dirigée par Ghada Hatem.

Avec AFP.

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