© Masha Ivashintsova

20 ans après sa mort, une photographe russe accède à la célébrité grâce à ses monochromes

Pendant des années, Masha Ivashintsova a immortalisé l'Union soviétique sous toutes les coutures, et ce dans le plus grand secret.

En 2017, une femme russe nommée Asya Ivashintsova-Melkumyan découvrait dans un grenier un trésor. Ni or, ni bijoux dans les caisses retrouvées par Asya mais des milliers de négatifs (30 000, selon PetaPixel) prises par sa mère, Masha Ivashintsova.

Entre les années 1960 et 1980, cette dernière était particulièrement impliquée dans la scène artistique underground de la capitale russe, qu’elle immortalisait sous toutes les coutures. Paysages en friche, manifestations communistes et visages d’enfants, tout semblait intéresser l’artiste qui gardait pourtant son talent caché.

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Asya Ivashintsova-Melkumyan à Léningrad, 1978. (© Masha Ivashintsova)

Ce n’est donc que vingt ans après sa mort (survenue alors qu’elle n’était âgée que de 58 ans, en 2000) que l’étendue de son travail fut révélée. La découverte de ses monochromes racontant la vie dans l’Union soviétique, la poésie de l’anonymat et le plaisir de la création n’ayant nul autre but que d’exister ont fasciné collectionneur·se·s et aficionados de l’image.

L’histoire est d’autant plus passionnante qu’elle rappelle celle de Vivian Maier, une nourrice américaine qui a fini sa vie dans le dénuement et dont l’œuvre photo est tombée entre les mains d’un collectionneur nommé John Maloof en 2007. En quelques années, Vivian Maier a acquis une grande renommée internationale : un documentaire lui a été consacré et des galeries présentent désormais son travail à travers le monde.

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Autoportrait. (© Masha Ivashintsova)

Suivant, peut-être, les traces du succès des images de Vivian Maier, les clichés de Masha Ivashintsova sont actuellement exposées au Centre de photo documentaire Juhan Kuus, en Estonie. Pour Asya Ivashintsova-Melkumyan, les images de sa mère prouvent qu'"on n’a pas besoin d’être compris, qu’on peut être lyrique, vague, ne pas connaître le succès et ne même pas être photographe pour créer quelque chose de beau".

Les images de la photographe russe agissent comme une percée dans une intimité d’un autre temps. Le trésor est autant artistique que politique, poétique et humain. Pour le moment, seule la moitié des photographies est numérisée, mais une chose semble certaine : la légende est en marche.

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Des déchets en feu dans une rue de Léningrad, 1978. (© Masha Ivashintsova)

Une sculpture de Sénèque à Léningrad, 1977. (© Masha Ivashintsova)

Léningrad, 1980. (© Masha Ivashintsova)

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Un garçon sourit timidement à l’appareil à Orekhovo près de Léningrad, 1978. (© Masha Ivashintsova)

Un bébé aux grands yeux à Leningrad, 1981. (© Masha Ivashintsova)

Une écolière à Léningrad, 1978. (© Masha Ivashintsova)

Un homme assoiffé vide son verre à Léningrad, 1974. (© Masha Ivashintsova)

Un parc inondé à Léningrad, 1983. (© Masha Ivashintsova)

Une parade communiste dans les rues de Léningrad, 1974. (© Masha Ivashintsova)

Le poète Viktor Krivulin assis dans une cuisine de Léningrad, 1978. (© Masha Ivashintsova)

Des enfants à Vologda, 1979. (© Masha Ivashintsova)

Les images de Masha Ivashintsova sont exposées au Centre de photo documentaire Juhan Kuus jusqu’au 1er mars 2020.

Par Lise Lanot, publié le 17/12/2019