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À Paris, la Marianne peinte par Shepard "Obey" Fairey pleure désormais des larmes de sang

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Anonyme/Hiya!

Pour protester contre la politique de Macron, des graffeurs ont rajouté des larmes de sang à la Marianne du 13e arrondissement.

Quiconque passant dans le 13e arrondissement ou prenant la ligne 6 du métro parisien peut voir la Marianne que Shepard "Obey" Fairey a peinte en 2016 suite aux attentats du 13-Novembre, sur un bâtiment de dix mètres de haut.

Dans la nuit du dimanche 13 décembre au lundi 14, un commando de graffeurs a actualisé la fresque géante qui représente une femme sur fond de drapeau français avec la devise "Liberté, égalité, fraternité". Désormais, la Marianne du 186 rue Nationale pleure des larmes de sang et la devise républicaine a été barrée de traits blancs. Comme le rapporte Le Monde, cette dégradation a été révélée sur le média militant Hiya!.

Protester contre la politique gouvernementale

Si les auteur·rice·s de cette actualisation de la fresque restent encore anonymes, le média Hiya! a tout de même publié leur pamphlet grandiloquent, dont le destinataire n’est autre que le gouvernement de Macron :

"Ouvrez donc les yeux […]. Vous dérobez les mots brillants cachés derrière les vitrines de nos espoirs pour les remplacer par des signifiants creux, de la camelote lustrée, incrustée d’émeraudes réactionnaires en plastique […]. Vous êtes les maris violents des valeurs que vous prétendez défendre […]. Agitez vos drones, zappez entre vos caméras, la seule chose que vous verrez, c’est nos majeurs depuis les toits de la ville, de la peinture plein les fringues. […]

La liberté ? Qu’en avons-nous fait ? L’égalité, n’en parlons pas. Quant à la fraternité, c’est une vieille histoire qui n’existe plus que dans les livres. Toutes ces valeurs dont nous sommes si fiers, la liberté, l’égalité, la fraternité ; et aussi la laïcité, le droit du sol, le droit d’asile, sont jour après jour détricotées. […]

Artistes, intellectuel·le·s et citoyen·ne·s, toutes et tous créateurs et créatrices, redonnons sa fierté à notre pays et à ses habitants – quels que soient leurs origines, leurs confessions, leurs genres, leurs milieux sociaux ou toute autre barrière artificiellement dressée entre nous. Créer, c’est résister, résister, c’est créer. Cette injonction, lancée en son temps par le Conseil national de la résistance, n’aura jamais été aussi actuelle. Ceci est un appel aux armes de l’esprit : pensons, débattons et surtout, créons."

La motivation principale ? Protester contre la politique macroniste, les violences policières, la loi "sécurité globale", les répressions, l’expulsion des migrant·e·s ou encore la loi contre le "séparatisme". Cette action renvoie directement à la lettre pour "bâtir une nouvelle Concorde", signée par nombre d’artistes français·es comme Abd Al Malik et Bebar.

La mairie de Paris a crié au vandalisme, à une attaque contre un symbole parisien, et attend un retour de l’artiste pour voir comment gérer au mieux la restauration de son œuvre rebaptisée temporairement #MariannePleure.

Édit du 16/02/2021 : Obey a restauré sa fresque en y ajoutant une subtile larme bleue sous l'œil gauche de Marianne. L'artiste a commenté : "Je suis du côté des gens qui protestent contre les injustices, donc si l’intention était celle-ci, je la comprends. [...] Ce sont des principes que je mets clairement, et depuis longtemps, en avant, à travers mon travail et mon engagement avec des messages de paix et d’harmonie, mais aussi de respect pour la planète et pour les personnes de toutes origines."

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