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Le Vatican est poursuivi en justice par une street artiste italienne

Publié le

par Lise Lanot

© Mauro Pallotta/
Alessandra Benedetti/Getty Images

Un procès lourd pour une sombre histoire de timbres et d’infraction du droit d’auteur.

Quelle n’a pas été la surprise de la street artiste Alessia Babrow en découvrant une de ses œuvres sur des timbres vendus 1,15 euro l’unité par le Vatican pour Pâques 2020. L’image en question représente le Christ, un cœur stylisé sur la poitrine portant les initiales de l’artiste.

L’artiste romaine avait collé son Christ (réalisé d’après le travail du peintre allemand du XIXe siècle Heinrich Hofmann) sur un pont, non loin du Vatican, fin février 2019. Découvrant le vol de sa création, elle a intenté un procès à l’agence de télécommunications de l’État de la Cité : "Je n’y croyais pas. Honnêtement, j’ai cru que c’était une blague. Le vrai choc, c’est qu’on n’imagine pas certaines organisations faire certaines choses", a confié Alessia Barbrow à l’Associated Press.

Un message "irrévocablement déformé"

Affirmant que l’agence en question n’a jamais répondu à ses demandes de règlement à l’amiable, la street artiste demande près de 130 000 euros de dommages et intérêts au Vatican, citant des profits illicites sur le dos de sa créativité et une violation de l’intention de son œuvre.

Pour Alessia Barbrow, le graffiti n’est pas directement lié à la foi ou l’Église. La série dont est extraite l’œuvre en question s’intitule Just Use It et présente différentes figures spirituelles (telles que la divinité hindoue Ganesh, la Vierge Marie, Bouddha et Jésus Christ) un cœur barré de la mention "Just Use It" sur la poitrine. Son but est de "promouvoir l’intelligence de la tête et du cœur", affirme-t-elle. Son avocat, maître Mauro Lanfranconi, ajoute que le Vatican a "irrévocablement déformé" le message originel plutôt holistique d’Alessia Barbrow en l’associant à la promotion de l’Église catholique.

"La loi ne discrimine pas"

Associated Press souligne l’incongruité de la situation, sachant que le Vatican est plutôt à cheval sur les questions de droit d’auteur et de propriété intellectuelle tant il souhaite "tout protéger, des paroles du pape à ses vastes collections d’art". 

"Il y a quelques années, la maison d’édition du Vatican a demandé des royalties à des journalistes qui avaient écrit un livre en réimprimant des homélies du pape Benoît XVI. De même, les musées du Vatican exigent depuis bien longtemps de s’approprier le copyright des images prises par les médias couvrant des reportages dans leur musée, et il est impossible d’essayer de reproduire un Raphaël sans autorisation du pape."

Qu’importe que l’œuvre d’Alessia Barbrow ne se trouve pas dans un musée, elle devrait être protégée par les mêmes lois de droit d’auteur dont profite le Vatican : "La loi ne discrimine pas", conclut le professeur Enrico Bonadio, professeur de propriété intellectuelle à la City Law School de Londres.

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